Francine Dupéré aimerait bien devenir une sentinelle du troisième âge, un type de bénévole qui cherche à déceler et à prévenir les abus chez les personnes âgées.

Situation des aînés: des sentinelles pour contrer les abus

À la banque où elle travaille, Francine Dupéré a déjà eu à quelques reprises cette triste intuition qu'une personne âgée venue retirer de l'argent ne le faisait pas tout à fait de son plein gré. Qu'elle allait rendre la somme à la personne qui l'accompagne. Des sommes parfois importantes.  
Dans ces cas, qui demeurent rares, Mme Dupéré pose alors des questions, essaie de comprendre la situation, de voir la réaction pour détecter s'il y a abus. Il faut dire que les clients aux comptoirs des banques et des caisses sont aujourd'hui en majorité des aînés, parfois vulnérables. Sans le faire consciemment, Mme Dupéré agit comme une sentinelle auprès de ces personnes âgées. «J'ai eu connaissance de certains cas d'abus. Mon intuition était bonne», affirme la femme, rencontrée au Centre Mgr-Laval mercredi. Elle venait assister à une rencontre organisée par l'Association des grands-parents du Québec (AGPQ), qui lance son projet-pilote Les sentinelles du troisième âge.
La ligne d'écoute de l'AGPQ a permis de constater qu'il existe de nombreuses situations d'abus, indique le président, Henri Lafrance, et qu'ils sont la plupart du temps commis par des membres de la famille. Un enfant peut par exemple demander de l'argent à son parent aîné, en le menaçant de ne plus lui permettre de voir ces petits-enfants s'il refuse, explique M. Lafrance. Les abus peuvent être physiques comme psychologiques.
Selon des statistiques données par l'organisme mercredi, de 4 à 15 % des personnes âgées ont été ou seront victimes d'abus dans leur vie.
«Et 80 % de ces cas ne sont pas détectés, de là l'idée des sentinelles du troisième âge», fait valoir Robert Trudel, le responsable du projet. Il veut que les sentinelles soient «les yeux et les oreilles» de l'organisme, un réseau informel pour déceler les abus.
Ces bénévoles sont des personnes de différents horizons qui sont en relation avec des aînés : des pharmaciens, des coiffeurs ou des employés de la banque, comme Mme Dupéré.
Les sentinelles seront formées pour reconnaître les signes d'abus et vérifier l'urgence de la situation. Le bénévole pourra fournir de l'information à la personne victime d'abus, mais il n'est pas intervenant. Il sera la courroie de transmission entre l'aîné et l'AGPQ, qui prendra le cas en charge. Le projet-pilote, financé par le gouvernement fédéral, se concentre surtout à Beauport et dans ses environs. Mais les portes ne seront pas fermées aux bénévoles d'autres quartiers.
Pour info : www.les-sentinelles.ca ou 418 529-2355