Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-aide de Québec, indique que les sites pornographiques amènent les jeunes à avoir des pensées erronées, souvent dès l'âge de 10 à 12 ans.

Sites pornos: les fantasmes déformés des préados

Les sites pornographiques ont une mauvaise influence sur des jeunes âgés souvent de 10 à 12 ans, voire des enfants, selon une experte d'une utilisation saine et sécuritaire d'Internet.
«On a constaté dans les écoles que ça amène les jeunes à avoir des pensées erronées, à banaliser des gestes sexuels comme ceux qu'ils ont vus sur des sites pornos. Ils n'ont pas encore un sens critique», a déploré, au cours d'une entrevue au Soleil, la directrice générale du Centre Cyber-aide de Québec, Cathy Tétreault.
«Des filles de 11-12 ans vont se demander ce qu'elles doivent faire et ce qu'elles ne doivent pas faire, comment faire une bonne fellation, comment faire plaisir à son chum. Elles vont demander si c'est correct de le faire anal pour ne pas tomber enceinte», a-t-elle poursuivi.
Les propos de Mme Tétreault font suite au forum sur l'hypersexualisation tenu la semaine dernière à Québec. Elle a lancé une pétition pour demander le retour de cours d'éducation à la sexualité adaptés toutefois pour contrer les effets des sites pornos.
L'influence des sites pornographiques a été validée en décembre dernier à la polyvalente de Charlesbourg. «On a fait des enquêtes dans sept classes de secondaire trois auprès d'environ 200 élèves de 13 et 14 ans. On voulait connaître leurs préjugés, leurs stéréotypes, la pression qu'ils se donnent pour la beauté, les relations sexuelles», a-t-elle indiqué.
Il en est ressorti que bien des jeunes moulaient leur comportement sur ce qu'ils avaient vu sur des sites pornos. «Pour répondre à leurs questions, plusieurs nous ont dit qu'ils demandaient à leurs amis. Mais si les amis sont allés sur des sites pornos, ils vont amener les réponses qu'ils ont vues sur Internet, ce qui n'est pas la réalité», a dit Mme Tétreault.
À son avis, les fantasmes sur Internet risquent de créer beaucoup de déception, voire du désarroi. «Les jeunes voient un homme qui fournit quatre, cinq femmes pendant quatre heures et qu'elles sont vraiment contentes. Mais quand arrive la première relation amoureuse, ça dure 15-20 secondes. Les deux sont déçus.»
Expliquer au lieu d'interdire
Elle ne voit pas l'utilité pour les parents d'interdire l'accès à certains sites sur Internet à leurs jeunes. «Les parents ont beau couper ça à la maison, mettre un cadenas sur le routeur, les enfants vont aller ailleurs. Il faut plutôt expliquer la porno et dire que ce n'est pas représentatif d'une relation homme-femme. Ce sont des fantasmes pour vendre de la porno», a-t-elle fait valoir.
Elle se défend de vouloir faire une bataille contre Internet. «On ne veut pas démoniser Internet. C'est tellement le fun, utile. Ça donne de l'accès à de bien belles choses et à plein de mauvaises choses. On ne peut pas prendre juste le bon et faire semblant que le mauvais n'est pas là», a soutenu Mme Tétreault.
Elle ne s'offusque pas que des adultes se rendent sur des sites pornos. «Ce n'est pas mal de l'utiliser quand tu as 18 ans et plus. Si ça nuit à ta vie de couple, tu es conscient de ça. Si tu restes là-dedans, c'est ton choix. Chez les jeunes, ils ne sont pas conscients qu'ils sont en train de se former des valeurs au niveau du couple.»
D'autre part, la directrice générale du Centre Cyber-aide déplore la banalisation de la violence sur les sites pornos pouvant mener à des agressions sexuelles. Dans ces vidéos, la femme est souvent soumise et l'homme est dominant.
«Si vous donnez une tape sur la fesse à une fille ou à un gars qui ne veut pas, ça peut devenir un acte criminel. Ce sont des gestes qui peuvent paraître banals à des jeunes mais qui maintenant sont criminels à partir de l'âge de 12 ans au lieu de 14. Il y a un risque d'avoir un dossier criminel en bas âge», a-t-elle souligné.
La pétition pour demander le retour des cours d'éducation sexuelle qui a été placée sur le site de l'Assemblée nationale a été suspendue pour la durée de la campagne électorale comme le prévoit le règlement de l'institution.