La candidate conservatrice Bianca Boutin souhaite «écouter la communauté». Mais celle qui avance avoir «cogné à 15 000 portes» dans sa circonscription au cours des derniers mois n’a pas identifié une quelconque inquiétude au sujet d’un site d’injection supervisée chez les électeurs.

Site d’injection supervisée: les conservateurs «attendent la suite» avant de se prononcer

Alors que libéraux et bloquistes se prononcent en faveur d’un site d’injection supervisée de drogues près du parc Victoria, la candidate du Parti conservateur dans la circonscription de Québec préfère plutôt «attendre la suite» avant de se prononcer.

En début d’été, le directeur général de l’organisme Point de repères, qui pilote le dossier, disait craindre l’élection d’un gouvernement conservateur au fédéral, cet automne. Mario Gagnon voyait dans la venue d’Andrew Scheer au poste de premier ministre un danger pour la réalisation du projet.

«On n’est pas rendu là. Le projet est toujours en développement, à ce que je comprends, alors je veux attendre la suite», a commenté la candidate conservatrice Bianca Boutin au Soleil, mercredi.

«Je vais écouter la communauté et attendre qu’on me présente le projet. Je veux avoir une bonne idée du projet, rencontrer l’organisme, visiter les lieux, entendre ce que la communauté a à dire. Je veux voir les consultations s’il y en a eu et y assister, s’il y en a [d’autres]. Moi, je n’ai pas pu entendre tout ça. Je vais suivre le dossier de près avant de me prononcer», indique Mme Boutin.

Si la création d’un site d’injection supervisée relève en majeure partie du gouvernement du Québec, l’organisme responsable doit obtenir un permis de Santé Canada pour aller de l’avant. Le gouvernement fédéral n’est donc pas dénué de pouvoir, avec la possibilité de compliquer ou de simplifier la réglementation administrative, selon l’orientation politique.

«J’ai parlé avec Mario [Gagnon] au cours des dernières semaines, j’ai donc une sensibilité pour cette préoccupation, assure Mme Boutin. [Le site d’injection supervisée] est un outil disponible et chaque communauté a des projets différents. C’est sûr que je vais suivre le dossier de près.»

La candidate conservatrice souhaite «écouter de la communauté». Mais celle qui avance avoir «cogné à 15 000 portes» dans son comté au cours des derniers mois n’a pas identifié une quelconque inquiétude à ce sujet chez les électeurs.

«On ne m’en a jamais parlé jusqu’à présent. Je ne dis pas que ça n’arrivera pas d’ici la fin de la campagne, mais à ce jour, le sujet n’a pas été soulevé.»

Duclos appuie le projet

Le député sortant et candidat libéral dans la circonscription de Québec, Jean-Yves Duclos, a pour sa part transmis une déclaration par courriel, où il réitère son appui à ce genre de projet.

«Les sites d’injection supervisée sauvent des vies et accroissent la sécurité publique. La crise des opioïdes a fait 10 000 morts aux pays dans les trois dernières années. Nous avons le devoir d’agir, affirme M. Duclos.

«Avant de procéder à l’ouverture d’un site d’injection supervisée, un processus rigoureux est mené en partenariat avec la communauté, la ville, le gouvernement du Québec et le gouvernement canadien. Partout au Canada, depuis leur ouverture, les sites d’injection supervisée ont permis de sauver des milliers de vies.

«Contrairement aux conservateurs, les libéraux continueront à soutenir une approche humaniste en appui à la santé et à la sécurité publique», dit celui qui était ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social dans le gouvernement de Justin Trudeau.

Indexation

Quant au Bloc québécois, la candidate Christiane Gagnon a été députée de cette circonscription durant 18 ans. Elle a «toujours appuyé cette initiative». «Il s’agit d’une aide aux citoyens qui ont besoin d’accompagnement, si ça peut leur permettre de laisser les drogues.»

Mme Gagnon insiste que «si le gouvernement provincial interpelle le fédéral, ce n’est pas pour qu’il investisse dans un programme. L’argent doit revenir au Québec sans condition pour que le Québec puisse intervenir comme il l’entend».

Dans la foulée, elle rappelle qu’«autant les libéraux que les conservateurs ont coupé l’indexation [annuelle] des transferts en santé aux provinces de 6 % à 3 %. Un centre [d’injection supervisée] comme celui-là va demander l’aide du gouvernement du Québec et le Bloc va réclamer que l’indexation des transferts en santé revienne à 6 %, au lieu de donner seulement 3 %, qui est beaucoup moins que l’augmentation des dépenses en santé», conclut Mme Gagnon.

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Changement de lieu

Le Soleil rapportait mercredi que les futurs services d’injection supervisés verront vraisemblablement le jour à mi-chemin entre les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, près de l’Hôpital Général et du parc Victoria, sur un terrain appartenant au CIUSSS et qui sert actuellement de stationnement pour les employés de l’établissement. Le site initialement choisi, soit celui situé à l’angle des rues Sainte-Marguerite et Monseigneur-Gauvreau, près des piliers de l’autoroute Dufferin-Montmorency, ne serait plus dans les plans.

Les services seraient installés dans un bâtiment neuf qui pourrait aussi accueillir l’organisme Point de repères, dont les locaux sont situés dans le même secteur, sur Dorchester. D’autres services reliés aux besoins des personnes utilisatrices de drogues par injection y seraient offerts. En attendant la construction de ce bâtiment, qui ne verrait pas le jour avant au moins deux ans, un site d’injection supervisée temporaire pourrait être mis en place.

Le CIUSSS n’a pas confirmé ces informations. Selon une porte-parole, Mélanie Otis, il resterait encore «des choses à mettre en place avec la Ville, Point de repères et le Service de police avant d’annoncer quoi que ce soit». Cette annonce serait toutefois imminente. Si le site privilégié se confirme, les résidents et commerces voisins seront consultés, a assuré Mélanie Otis.  Avec Élisabeth Fleury