Le nombre de personnes de 85 ans et plus pourrait quadrupler d’ici 2066 et le Québec pourrait alors compter 45 000 centenaires (il y en avait 2000 en 2016).

Si la tendance se maintient

CHRONIQUE / Croissance de population au ralenti dans la Capitale-Nationale et en Chaudière-Appalaches; déclin annoncé dans les régions de l’Est soit la Côte-Nord, la Gaspésie le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay–Lac Saint-Jean. Les plus récentes projections démographiques de l’Institut de la statistique du Québec pour les 25 prochaines années donnent à réfléchir.

Il faudra se poser la question des besoins au moment où les pouvoirs publics planchent sur de grands projets d’infrastructures comme le troisième lien ou un pont à l’embouchure du Saguenay.

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Ces faibles projections de croissance (ou le déclin) seront accompagnées d’un vieillissement de la population. Il ne s’agit pas cette fois d’une projection mais d’une certitude.

Il peut être hasardeux d’essayer de prédire le nombre des naissances futures ou des immigrants à venir sur la base des tendances actuelles. Des événements ou des choix politiques aujourd’hui inconnus peuvent venir bouleverser ces tendances.

Mais ce qu’on peut prédire avec certitude, c’est que les citoyens qui vivent aujourd’hui vont vieillir et vont vivre plus longtemps qu’avant. C’est vrai au Québec comme partout dans les sociétés occidentales. 

La proportion des 20-64 ans, généralement considérée comme la population active, va ainsi diminuer partout, à Québec comme ailleurs au Québec. Rien pour simplifier les problèmes de rareté de main-d’œuvre.

Le nombre de personnes de 85 ans et plus pourrait quadrupler d’ici 2066 et le Québec pourrait alors compter 45 000 centenaires. (Il y en avait 2000 en 2016).

L’espérance de vie des hommes pourrait ainsi passer de 80,7 ans aujourd’hui à 88,1 ans en 2066 et celle des femmes de 84,2 ans à 89,6 ans. 

L’écart entre les hommes et les femmes tend donc à s’atténuer. Je suis heureux de l’apprendre, mais revenons à notre sujet du jour.

La population de la Capitale-Nationale (de Portneuf à Charlevoix) pourrait passer de 734 000 en 2016 à 820 000 en 2041. Une hausse modeste de 12 % (0,5 % par année).

La projection précédente pour une période similaire (2011-2036) était de 16 %. Le rythme de croissance tend donc à ralentir.

Le rythme s’annonce encore plus discret en Chaudière-Appalaches avec une hausse projetée de 5 % d’ici 2041. 

Il s’agit de rythmes inférieurs à la moyenne du Québec (14 %), ce qui signifie que le poids démographique de la grande région de Québec va tranquillement diminuer.

La menace d’un «choc» démographique qui avait pesé sur Québec au tournant des années 2000, semble «définitivement» écartée aujourd’hui. On se croise les doigts.

Ce n’est cependant pas le cas des régions de l’Est où les projections font croire à un déclin de la population d’ici 2041 :

› Bas-Saint-Laurent : -12 600 citoyens (-6,4 %)

› Saguenay–Lac-Saint-Jean : -15 500 citoyens (-5,6 %)

› Côte-Nord : -13 500 citoyens (-14,6 %)

› Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : -8500 citoyens (-9,4 %)

Le phénomène de vieillissement et les variations de population à la hausse (ou à la baisse) auront inévitablement un impact sur les décisions publiques.

Il faudra ajuster l’offre de logement, d’infrastructures, de services, de loisirs, de sécurité, etc. Ce n’est rien de nouveau. 

Villes et gouvernements ont déjà commencé à en tenir compte, mais la tendance va s’accélérer. 

Le dilemme de Québec de viser à la fois une ville techno et effervescente qui sera attrayante pour les jeunes et une ville plus «pantouflarde» ajustée aux besoins des plus âgés, risque de s’amplifier.

L’un n’empêche pas l’autre, direz-vous. Les arbitrages seront cependant plus difficiles à faire, la définition de la qualité de vie n’étant pas nécessairement la même à tous les âges de la vie.

La faible croissance (et parfois le déclin) de la population combinée à son vieillissement devrait inviter à la prudence dans la planification des grandes infrastructures de transport inter-régional.

Quel sera le véritable besoin pour un pont sur le Saguenay si la population de la Côte-Nord est en déclin? 

Le ministre des Transports justifie le projet de tunnel à l’est par le désir de réduire la congestion locale et de mieux servir les régions de l’Est. 

L’ennui est que toutes les régions à qui on croit que ce lien pourrait être utile, notamment le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, seront en déclin démographique. 

Ce n’est pas le seul enjeu à considérer, on ne peut pas non plus l’ignorer.

Bel essai Monsieur Lehouillier. 

J’aime les discussions qui regardent ailleurs et cherchent à s’appuyer sur des faits plutôt que sur des dogmes ou des émotions. 

Votre nouvel argument à l’appui d’un troisième lien à l’est ne m’a cependant pas convaincu.

De retour d’une mission au Havre, en Normandie, le maire de Lévis prend exemple du second pont sur la Seine qu’on y a construit en 1995 pour démontrer que Québec a aussi besoin d’un nouveau lien.

La distance entre les deux ponts du Havre, 15 km, est similaire à celle entre le pont Pierre-Laporte et le futur tunnel, fait valoir M. Lehouillier. 

Il note aussi que le second pont du Havre a permis de réduire la congestion sur le premier pont et d’éviter un détour de 30 km pour les citoyens en provenance de Caen. 

Fort bien. Sauf que chaque ville a sa géographie et sa dynamique particulières. 

Il ne suffit pas de 15 km de distance pour qu’un nouveau lien devienne nécessaire. Il faut regarder d’où partent les citoyens pour se rendre où. C’est ce qu’a fait la récente Enquête origine destination. 

On y voit que pour une immense majorité des utilisateurs actuels des ponts, un tunnel à l’est représenterait un détour de 30 km. Pas un raccourci.