Ses pitbulls avant la maison

«Moi, je suis pitbull». Le lettrage apposé sur la camionnette de Frédéric Malenfant témoigne de son combat contre la loi sur l'encadrement des chiens dangereux qui l'empêche d'acquérir la maison convoitée à Sainte-Brigitte-de-Laval.
M. Malenfant est résident de Québec. Il possède deux pitbulls et un rottweiler. Jusqu'à tout récemment, il projetait de s'établir à Sainte-Brigitte-de-Laval avec sa conjointe, les enfants et ses trois chiens. «C'était parfait. En montagne, pas de voisin, un grand terrain pour les chiens», explique-t-il.
Mais c'était avant qu'il s'informe auprès de la municipalité du règlement sur les animaux domestiques. Selon la version de M. Malenfant, Sainte-Brigitte autorise la possession de deux chiens et fait parfois des cas d'exception pour un troisième toutou.
«Notre intention était de déménager avec les trois chiens et de se conformer par la suite à la réglementation en gardant seulement deux chiens lorsque celui qui est déjà vieux décédera. On nous a répondu qu'il ne devrait y avoir aucun problème», raconte-t-il. Mais il a déchanté après avoir indiqué qu'il possédait deux pitbulls et un rottweiler. 
«On nous a dit qu'avec la Loi 128 qui s'en venait, la municipalité ne voulait pas s'avancer sur le sujet et qu'elle ne pouvait pas donner son accord pour un troisième chien», déplore-t-il, trouvant la situation totalement incompréhensible. Par amour pour ses chiens, le maître a fait le difficile choix d'annuler la transaction immobilière. 
Unis contre le bannissement
M. Malenfant participait, dimanche, à une manifestation contre le projet de loi 128, qui prévoit par décret le bannissement des pitbulls, et inclut le rottweiler dans la liste des chiens potentiellement dangereux.
Ils étaient plus d'une centaine de propriétaires de chiens de toutes races réunis devant l'Assemblée nationale, dont la populaire avocate et animatrice, Me Anne-France Goldwater et son chien pitbull, Spot, qu'elle a sauvé de la maltraitance.
«Je suis contre le bannissement des races. On sait que ça n'a pas fonctionné dans les autres provinces comme en Ontario, où il y a plus de morsures de chiens, soutient-elle. Ce qui réussit, c'est l'éducation et la prévention et des dispositions qui sont valables comme s'assurer que des animaux soient sur laisse ou harnais et stériliser.» 
Mme Goldwater implore les élus de baser leur décision  non pas sur l'ignorance, mais sur la science, faisant référence aux rapports d'experts fournis avant l'élaboration du projet de loi, qui désapprouvent le bannissement de certaines races.
La manifestation de dimanche se déroulait sous l'impulsion d'Action Sécu-Québec, qui regroupe 35 organismes de défense des droits des animaux, tous unis pour parler d'une seule voix. Outre le bannissement des pitbulls, le regroupement soulève le manque de précision du projet de loi. 
«On parle d'euthanasier un chien qui cause des blessures, mais on ne les définit pas, s'inquiète Mireille Goulet. Si quelqu'un tombe à cause d'un chien, est-ce qu'il faut euthanasier le chien? Est-ce qu'on peut tenir compte des raisons du comportement d'un chien et intervenir en amont avec de l'éducation», questionne-t-elle encore.
De plus, elle s'interroge sur l'efficacité de la mesure obligeant les vétérinaires à déclarer les morsures de chiens. «C'est problématique parce qu'enrayer les morsures passe par le dialogue entre le propriétaire et son vétérinaire pour modifier le comportement. Dorénavant, les gens vont taire le phénomène, ce qui ne réglera rien», conclut-elle.
Action Sécu-Québec envisage de déposer un mémoire lorsque se tiendra la commission parlementaire avant l'adoption de la Loi 128. D'ici là, d'autres manifestations sont prévues.