L’annonce de la fermeture, dans un mois, de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement ne fait pas l’unanimité chez les psychiatres.

Services psychiatriques: le CIUSSS confiant de répondre aux besoins

Devant les nombreuses critiques liées à la réorganisation des services psychiatriques sur son territoire, le Centre intégré universitaire en santé et en services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale persiste et signe : il est «confiant de répondre à l’ensemble des besoins de la population de la région de Québec».

L’annonce de la fermeture, dans un mois, de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, qui perdra aussi éventuellement sa quarantaine de lits d’hospitalisation en psychiatrie, ne fait pas l’unanimité chez les psychiatres, alors que certains estiment que les services dans la communauté ne sont pas suffisamment organisés et intégrés pour pallier ces fermetures. 

«Vous avez raison de dire qu’on n’a pas la capacité de prendre en charge toute la clientèle. Et c’est justement ce qu’on veut corriger. On veut dégager des ressources, médicales, entre autres, pour qu’elles viennent s’intégrer dans les équipes dans la communauté, pour qu’on soit capable d’intervenir en première ligne. Oui on ferme l’urgence et l’hospitalisation [à Saint-Sacrement], mais c’est parce qu’on sait qu’on peut répondre aux besoins de cette clientèle-là dans la communauté», insiste le directeur des programmes santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Patrick Duchesne. 

Actuellement, précise-t-il, «les six équipes SIM [suivi intensif dans le milieu] et les deux équipes TIBD [traitement intensif bref à domicile] sont là, mais on n’est pas à pleine capacité par manque d’effectifs». En consolidant les équipes dans la communauté par le transfert des ressources qui sont actuellement en hôpital, il est clair, selon lui, que moins de patients se présenteront dans les urgences psychiatriques, actuellement très achalandées.

Cochef du département de psychiatrie du CIUSSS de la Capitale-Nationale, le Dr François Rousseau souligne que «les besoins sont très grands en santé mentale». Le plan de transformation du CIUSSS, qui s’échelonne sur cinq ans et qui s’inspire du Plan d’action en santé mentale du gouvernement, est «un grand défi», dit-il. «Il y a de très gros efforts qui ont été faits jusqu’à maintenant, il en reste encore à faire, notre système n’est pas parfait», convient le Dr Rousseau.

Vrai qu’il manque de psychiatres à Québec, qu’il y a un vieillissement des effectifs, que des psychiatres partent parce qu’ils ne se sentent plus à l’aise au sein du CIUSSS. «Lorsque surviennent des changements, ça vient déranger des modes de pratique, ça demande des efforts d’adaptation à plusieurs psychiatres qui peuvent les amener à une réorientation de carrière», admet le DRousseau, tout en assurant que le CIUSSS est «en mode de recrutement très actif». 

Et que fait-on avec les patients qui ont perdu leur psychiatre? «Les cas les plus lourds, ceux qui sont les plus à risque de se représenter à l’urgence sont immédiatement pris en charge par d’autres psychiatres [qui sont déjà débordés, alors qu’ils suivent déjà, en moyenne, entre 200 et 300 patients]. Lorsque possible, on retourne les patients à leur médecin de famille», dit le Dr Rousseau.  

Selon lui, une personne aux prises avec un problème de santé mentale n’a pas nécessairement besoin d’un service en psychiatrie. «On ne peut pas suivre en psychiatrie tous les patients en santé mentale, il y a une gradation de services. Les médecins de famille ont une responsabilité. Et il y a des psychologues, d’autres intervenants sociaux... Le psychiatre est au bout de la ligne. Et lorsque quelqu’un est suivi en psychiatrie, ça ne veut pas dire qu’il va être suivi à vie. Il y a un relais qui peut être pris par des équipes moins spécialisées qui sont capables de donner de très bons services», souligne le Dr Rousseau, précisant que le CIUSSS travaille néanmoins sur «un plan de collaboration régional pour l’accès aux services psychiatriques via le Centre de répartition des services spécialisés [CRDS]».

Réplique au Dr Wallot

La direction du CIUSSS de la Capitale-Nationale a par ailleurs tenu à réagir aux propos du Dr Hubert Wallot, qui s’inquiétait dans nos pages mercredi de voir les hôpitaux généraux perdre leurs services de psychiatrie. Des services qui ont, selon lui, recommencé à s’agglutiner autour de l’ancien asile Saint-Michel-Archange, renommé Hôpital Robert-Giffard avant d’être rebaptisé Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ). 

Quand on a décidé, à la suite du rapport Bédard de 1962, de doter de services psychiatriques en interne et en externe tous les hôpitaux généraux de plus de 200 lits, c’était pour «favoriser l’interaction entre les médecins» et «pour déstigmatiser et décentraliser les lieux de traitement de psychiatrie», rappelait le Dr Wallot au Soleil.

Or voilà qu’aujourd’hui, non seulement on ferme ces départements pour ne conserver que deux pôles en psychiatrie, le CHUL à l’ouest et l’IUSMQ à l’est, mais des équipes de santé mentale ont migré des CLSC vers l’IUSMQ, déplorait le psychiatre, qui croit qu’avec cette concentration croissante de la psychiatrie autour de l’ancien asile Saint-Michel-Archange, on est en train de récréer un «ghetto».

«L’évolution des pratiques, c’est de concentrer les spécialités [...] dans des endroits où la formation spécifique des équipes médicales va permettre de donner les meilleurs services. La psychiatrie n’échappe pas à ça», a réagi le directeur des services professionnels du CIUSSS, le Dr François Aumond.

«Est-ce que c’est bon pour la population de saupoudrer nos unités d’hospitalisation en psychiatrie dans six, sept, huit hôpitaux? Est-ce que c’est ce qu’on ferait avec notre neurologie, notre gériatrie? Ben non, on concentre. Et la décision qui a été prise en psychiatrie, c’est de concentrer les services dans deux pôles […] où on peut donner les meilleurs services», a fait valoir le Dr Aumond, tout en soulignant qu’«évidemment, le cœur des traitements est dans la communauté», et non pas à l’IUSMQ, bien que les équipes de psychiatrie spécialisées ou surspécialisées y aient leurs bureaux, près de la clientèle complexe hospitalisée.