L’organisateur communautaire Marc De Koninck

Service d’injection supervisée: difficile consensus à obtenir

Malgré les critiques de citoyens et de commerçants contre l’implantation d’un service d’injection supervisée (SIS) dans Saint-Roch, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale poursuit sa tournée d’information pour obtenir le plus large consensus possible.

À l’impossible, nul n’est tenu. Pour le CIUSSS, l’impossible est d’obtenir l’unanimité sur le projet qui vise à donner un toit aux utilisateurs de drogue par intraveineuse (UDI). Le service doit leur permettre de s’injecter en toute sécurité sous la supervision de professionnels et de créer un pont avec les services de santé.

Depuis l’annonce d’un SIS, les doléances et craintes sont nombreuses : hausse de la criminalité, trafic de drogues, rencontres impromptues avec des usagers de drogues par injection, manque de consultations, proximité avec certains commerces et du futur YMCA.

La rencontre d’information tenue jeudi — la quatrième depuis juillet —, cette fois à la demande de la SDC Saint-Roch, en est la preuve. Une quarantaine de commerçants étaient présents à cette séance à huis clos pour obtenir des renseignements ou faire connaître leur désapprobation. À la sortie, les gens d’affaires interpellés par Le Soleil n’ont pas voulu donner leur avis.

Parmi eux, seul Napoléon Woo, propriétaire du restaurant Wok’n’Roll a bien voulu échanger. Sa position, pour les raisons évoquées plus haut, est déjà connue. Il souhaite déposer à la Ville une pétition d’au moins 1000 noms contre le projet qui doit voir le jour près des bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, à l’angle des rues Sainte-Marguerite et Mgr-Gauvreau.

Acceptabilité sociale

Cette opposition met en lumière l’importance pour le CIUSSS de recevoir l’acceptabilité sociale, une exigence du gouvernement fédéral. L’organisateur communautaire Marc De Koninck est de ceux qui comprennent les craintes exprimées, mais ne croit pas que le projet puisse avorter.

«Santé Canada est au courant que ce n’est pas le consensus parfait, dit-il à propos de l’organisme qui accorde ou non l’autorisation d’implanter un SIS. Ils vont aussi regarder ce qu’on a fait pour atténuer les inconvénients qui pourraient être liés à l’arrivée du service. 

Présentement, on informe les gens. Prochainement, il y aura une assemblée de voisinage avec les résidents et commerçants immédiats au futur site et nous créerons un comité de voisinage pour faire le suivi des mesures d’atténuation à prendre», insiste-t-il.
Selon lui, il faut aussi rappeler les objectifs d’un service d’injection de rejoindre le plus d’utilisateurs et d’avoir un impact sur la réduction des méfaits et l’amélioration de la santé publique.

Au chapitre de l’acceptabilité sociale, il interprète aussi la résistance comme «une charge» contre les personnes dont la situation trouve souvent peu d’écho dans la population. «Nous avons aussi des comptes à rendre. Est-ce acceptable socialement de passer outre aux besoins de santé de personnes marginalisées», questionne-t-il, soulignant que leur bien-être fait aussi partie de la mission du CIUSSS.

Pour discréditer l’efficacité du futur service, certaines informations circulent sur le fait qu’une minorité d’UDI fréquente les SIS sur l’ensemble des utilisateurs d’une ville. «Nous n’avons pas la prétention de rejoindre 100 % des gens. Ce sont les plus marginalisés, les moins en lien avec le réseau de la santé», argumente la Dre Nathanaëlle Thériault, qui prend aussi part aux séances d’information.
Pour elle, l’exemple du SIS à Montréal, ouvert il y a un an, est la preuve de la pertinence du service puisque la clientèle s’y rend et qu’il n’y a pas eu une hausse appréhendée de la criminalité.

Le directeur de Points de Repère, organisme d’aide aux UDI déjà présent dans Saint-Roch, rappelle que l’ajout de ce service répondra à une demande. «Lorsque les gens viennent échanger une seringue souillée contre une neuve, ils voudraient s’injecter immédiatement. Je serais prêt à les accueillir, mais je ne peux pas. Ils vont donc dans une ruelle, sur le coin de la rue ou dans un parc. C’est aussi ça qu’on veut diminuer.»

Une situation qui fait dire à M. De Koninck qu’il faut désamorcer l’idée qu’une «nouvelle patente» arrive dans Saint-Roch. «Ça existe déjà et ça s’appelle Points de Repère. Les UDI fréquentent déjà l’endroit. Tout ce qu’on fait, c’est ajouter le service d’injection.»