Montréal compte maintenant trois centres d'injection supervisés inaugurés il y a quelques jours.

Service d'injection supervisé: Québec devra encore patienter

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, serait «très surprise» qu'un service d'injection supervisé ouvre ses portes en janvier 2018 à Québec tandis que le maire Régis Labeaume estime impossible que le projet se concrétise à cette date.
La ministre et le maire réagissaient ainsi à un article paru dans lequel le directeur général de l'organisme Point de repères, Mario Gagnon, semblait dire que l'échéancier prévoyait l'ouverture d'un service d'injection supervisé (SIS) en début d'année prochaine. «Il ne faut pas agir dans la précipitation», a lancé la ministre jointe par Le Soleil, ajoutant qu'elle comprenait la fébrilité du milieu communautaire qui travaille depuis une quinzaine d'années sur ce projet.
Lundi, Mme Charlebois participait à l'inauguration de deux des trois SIS prévus à Montréal. Elle avait alors mentionné qu'elle attendait le projet de Québec, chapeauté par le CIUSSS de la Capitale, pour l'analyser. Une fois que Québec aura donné son aval, le dossier sera soumis à Santé Canada, qui est le seul à pouvoir autoriser l'injection de drogues par intraveineuse sous la supervision d'infirmières dans un lieu déterminé. 
«Nous ne pouvons pas envoyer un projet à moitié complété à Ottawa», tranche la ministre. Elle précise que l'implantation d'un SIS doit aussi obtenir l'appui de la communauté, une condition sine qua non à son ouverture. D'ailleurs, des consultations publiques sont prévues à l'automne.
«Ça me semble impossible», a commenté jeudi le maire Labeaume lors d'un point de presse en marge du conseil de la Communauté métropolitaine de Québec, avouant toutefois qu'il ne connaissait pas l'échéancier du projet.
«Je ne sais pas ce qu'il fait là [Mario Gagnon]. C'est parce qu'il faut que ça passe par chez nous [la Ville]. En septembre, j'ai des rencontres là-dessus, il y a un comité dirigé par M. De Koninck [Marc, organisateur communautaire au CIUSSS] en qui j'ai très confiance. Le ministre va attendre notre avis, il va attendre de voir ce que la ville veut», a-t-il ajouté à propos des commentaires de M. Gagnon.
Le maire ne voudrait pas non plus voir survenir à Québec la situation qui s'est produite il y a quelques jours lors de l'inauguration de trois centres d'injection supervisés à Montréal. Le maire Denis Coderre avait alors été pris à partie par les résidents d'un HLM voisin d'un des nouveaux centres.
Rassurer la SDC Saint-Roch
«Quand tu regardes comment ça a réagi à Montréal, quand je regarde ce qui est arrivé avec Denis, ça fait réfléchir», a commenté M. Labeaume, insistant pour rassurer la Société de développement commercial (SDC) de Saint-Roch, inquiète à propos du projet.
«J'ai envie de leur dire, à la SDC, que je les comprends et de ne pas trop s'inquiéter. Peu importe ce que M. Gagnon veut faire, il n'y a pas un ministre qui va donner un permis sans que la Ville donne son avis. Honnêtement, je pense que la Ville est pas mal incontournable là-dedans», a-t-il poursuivi.
«On pense que c'est nécessaire d'en avoir un, mais tu ne peux pas faire ça n'importe où. Il n'y aura pas de projet tant qu'il n'y aura pas d'acceptabilité sociale. Il faut que ce soit un lieu adéquat et, pour moi, un lieu adéquat, c'est dans le domaine de la santé et des services sociaux», a déclaré le maire en ajoutant qu'il faudrait éviter autant que possible les rues commerçantes.
Le maire assure également que la Ville prendra ses responsabilités et qu'elle se chargera de bien gérer ce dossier au niveau municipal. « C'est tellement délicat, c'est pas grave si on prend notre temps», conclut-il.
À ce chapitre, la ministre Charlebois est consciente qu'il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pour bien faire comprendre la démarche. «Le but, ce n'est pas de hausser la consommation de drogue.» Selon elle, la présence de SIS évite la propagation de maladie comme le VIH avec l'échange de seringues souillées, restreint la présence de seringues dans des lieux publics et permet de sortir de l'enfer de la drogue un certain pourcentage des utilisateurs par le seul fait de côtoyer des professionnels de la santé et des travailleurs de rue.