À l'international, il est «urgent d'agir» à propos de la sécurité alimentaire, ont tous deux lancé en ouverture du Colloque Philippe Couillard et la directrice adjointe de la FAO Maria Helena Semedo.

Sécurité alimentaire: un devoir de solidarité internationale

Il est du devoir du Québec, comme province, de collaborer directement avec des organisations multilatérales comme l'ONU dans les efforts de solidarité internationale, a rappelé dimanche le premier ministre Philippe Couillard, à l'ouverture du Colloque international sur la sécurité alimentaire et la nutrition à l'heure des changements climatiques.
L'événement tenu au Centre des congrès de Québec en collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et la culture (FAO) a été initié par Québec. À l'international, il est «urgent d'agir» à propos de la sécurité alimentaire, ont tous deux lancé en ouverture du Colloque Philippe Couillard et la directrice adjointe de la FAO Maria Helena Semedo. C'est que pour la première fois en plus d'une décennie, la population mondiale en situation de malnutrition a augmenté dans le dernier rapport de l'ONU, un bond de 38 millions de personnes principalement dû à la guerre et aux changements climatiques. 
Pourquoi une province comme Québec sent-elle le besoin de prendre les devants à l'international dans les efforts pour la sécurité alimentaire? D'une part, parce que «le peuple québécois est remarquablement riche par rapport à d'autres régions de la planète», a expliqué le premier ministre. «On se doit de faire acte de solidarité, et que l'on puisse le faire à partir de notre action commune gouvernementale, je crois que les Québécois sont fiers de ça.»
D'autre part, l'implication du Québec avec des organisations comme la FAO et l'UNESCO, qui a tenu sa conférence sur la radicalisation à Québec, en février, accroît le rayonnement de la province et ses chercheurs universitaires sur la scène internationale, croit Philippe Couillard. 
Sans compter qu'avec «une grêle historique au Saguenay, des inondations records en Outaouais, l'érosion des côtes dans les régions littorales et la fonte du pergélisol dans le Nord», Québec n'est pas insensible aux changements climatiques, a rappelé le premier ministre. 
L'attitude de Washington déplorée
Dans son discours devant divers experts et décideurs internationaux de l'agriculture, dimanche, à Québec, Philippe Couillard s'est par ailleurs désolé de l'attitude du gouvernement américain «qui semble malheureusement ignorer la réalité des changements climatiques, alors qu'il devrait plutôt constater l'évidence».
La bonne nouvelle, selon le premier ministre québécois, c'est que le message du climatosceptique Donald Trump, qui a récemment annoncé le retrait de son pays de l'accord de Paris, a forcé les États américains à eux-mêmes prendre l'initiative concernant les enjeux environnementaux. 
Une situation que ne déplaît pas à un gouvernement Couillard insistant sur le rôle de leader que doivent prendre les «infranationaux», soit les régions et provinces canadiennes et les États américains. «Heureusement, M. Trump et son administration ne peuvent rien faire, en principe, pour empêcher la Californie et les autres États d'agir sur les changements climatiques.»
Concrètement, le Colloque tenu à Québec jusqu'à mercredi vise à réfléchir sur les façons de nourrir une population mondiale grandissante tout en tentant de réduire l'impact du réchauffement planétaire. 
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Cimenterie McInnis: Couillard se veut rassurant
Le projet industriel réputé pour être le plus polluant de l'histoire du Québec, la cimenterie McInnis, de Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie, entrera officiellement en activité, lundi, en présence du premier ministre Philippe Couillard.
Ce dernier se présentera sur place en se faisant rassurant, rappelant que ce projet fort controversé sur le plan environnemental n'empêchera d'aucune façon le Québec d'atteindre ses objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Même si la nouvelle cimenterie générera 1,76 million de tonnes de GES par année, le premier ministre Couillard dit assumer «totalement, totalement» ce projet, d'abord initié par l'ex-gouvernement Marois en 2014.
Lors d'une mêlée de presse, dimanche, tenue en marge d'un colloque international sur la sécurité alimentaire, il a fait valoir qu'il fallait voir le projet dans son ensemble, «incluant la nécessité pour les régions de se développer complètement», notamment par la création d'emplois.
Le Québec veut réduire de 20 % d'ici 2020 ses émissions de GES, par rapport au niveau de 1990.
À elle seule, la cimenterie McInnis fera grimper de 6 % le total estimé de GES produits par le secteur industriel québécois.
L'annonce de lundi survient quelques jours après l'engagement renouvelé du premier ministre Couillard de faire du Québec un chef de file dans la réduction des gaz à effet de serre.
Or, la cimenterie viendra hypothéquer cet objectif, avec sa production annuelle de 2,2 millions de tonnes de ciment destiné au Canada et aux États-Unis.
Soumise à la bourse du carbone
Le premier ministre se dit aussi rassuré par le fait que la nouvelle cimenterie devra se soumettre à la bourse du carbone, un système de plafonnement et d'échange de droits d'émission de GES.
Le système vise à fixer un plafond confidentiel d'allocations gratuites, ce qui permet aux entreprises d'émettre une quantité définie de GES. Au-delà de ce plafond, les entreprises doivent soit acheter des droits supplémentaires de polluer ou réduire la quantité de GES produits.
Comme Ciment McInnis soutient posséder des équipements très performants sur le plan environnemental, l'entreprise pourrait donc en principe revendiquer le droit de polluer gratuitement, au moins pour une bonne partie de sa production.
L'entreprise affirme que la technologie privilégiée pour son usine gaspésienne émettra 20 % moins d'émissions que les installations semblables en Amérique du nord. Son projet consiste à utiliser un combustible moins polluant, en remplaçant graduellement le charbon par de la biomasse.  Jocelyne Richer, La Presse canadienne