Seconde vague : les Québécois devront y aller d'un petit effort supplémentaire

La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Les Québécois devront consentir un petit effort supplémentaire s'ils veulent se sortir de la deuxième vague de coronavirus, démontrent différents scénarios présentés vendredi par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Les mesures annoncées par le gouvernement au début du mois d'octobre pourraient suffire à aplatir la courbe, mais pour la faire fléchir, on devra aussi sabrer encore un peu plus dans nos contacts sociaux, a-t-on prévenu.

Le premier scénario, qui se base sur un respect des plus récentes mesures gouvernementales — comme une restriction des visites à la maison, la fermeture des bars et restaurants, et une réduction des contacts à l'école et dans les loisirs — prévoit ainsi une certaine stabilisation de la courbe au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Mais si on ajoute à ces mesures une amélioration de 25 % de l'adhésion à la distanciation physique, c'est-à-dire une réduction d'un contact sur quatre, on pourrait assister non seulement à une stabilisation de la courbe, mais même à un déclin.

«Si on réduit encore de 25 % les contacts, c'est-à-dire se priver de certains contacts sociaux ou encore, quand on est en contact avec les gens, on respecte le deux mètres […] ça empêche le virus de se propager, et on a moins d'hospitalisations et de décès», a expliqué la vice-présidente aux affaires scientifiques de l'INSPQ, la docteure Jocelyne Sauvé.

Concrètement, dans la région du Grand Montréal, le premier scénario prévoit un peu plus de dix nouveaux décès par jour en janvier, un bilan qui serait réduit pratiquement de moitié en vertu du deuxième scénario. Il en irait de même du nombre de nouvelles hospitalisations, qui passerait d'une cinquantaine par jour à moins de 25.

Tous les scénarios supposent que les CHSLD, résidences pour aînés et hôpitaux sont protégés pour éviter de nouvelles éclosions majeures après le 8 octobre.

L'INSPQ a aussi présenté un troisième scénario, en vertu duquel le nombre de contacts constaté au début du mois de septembre aurait été maintenu, sans mesures additionnelles. Le Grand Montréal aurait alors pu prochainement être le théâtre de 200 nouvelles hospitalisations et d'une centaine de nouveaux décès par jour.

«Sans aucune mesure, on s'en allait dans le mur. Avec un train de mesures imposées, on aplatit la courbe, mais on ne ramène pas complètement l'épidémie à un niveau soutenable pour la population. Et avec un effort supplémentaire de la population […] on est confiants qu'on réussit vraiment à contrôler la propagation de l'épidémie», a résumé la docteure Sauvé.

Les données de l'INSPQ confirment, comme on pouvait s'y attendre, que les contacts sont en hausse depuis le mois de juillet. Ils ont notamment bondi à l'école et en milieu de travail en août et en septembre, mais des chiffres préliminaires permettent de croire à une réduction depuis la mi-septembre non seulement dans ces deux milieux, mais aussi à la maison.

«Ça semble suggérer qu'il y a déjà une meilleure adhésion à la distanciation», a commenté l'un des auteurs des scénarios, le professeur Marc Brisson, qui dirige le Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses de l'Université Laval.

Impossible de dire pour le moment si le Québec est dans le premier scénario ou dans le deuxième, a ajouté M. Brisson.

«Si on le savait, on n'aurait pas deux scénarios, a-t-il conclu. L'avenir est encore incertain. Ça dépend de comment on va agir et de nos comportements.»

Les sacrifices donnent des résultats

Invité à commenter l'étude — ainsi que des projections de l'Institut national en santé et en services sociaux —, le ministre de la Santé, Christian Dubé, parle d'une bonne nouvelle.

«Ce que ça montre, c'est que les efforts donnent des résultats», a-t-il évalué lors d'un point de presse à Montréal, vendredi.

On n'a toutefois pas encore gagné la partie, prévient-il, et il faudra poursuivre les sacrifices pour pouvoir casser cette deuxième vague.

Il a insisté sur la recommandation de l'INSPQ de réduire le nombre de nos contacts de 25 %, de les faire passer d'une moyenne de cinq contacts par jour, à quatre.

«C'est en notre pouvoir», a-t-il soutenu.

M. Dubé a par ailleurs répété les propos tenus la veille par le premier ministre François Legault, qui demandait aux gens de ne pas s'attendre à voir tomber toutes les mesures de restrictions à la fin de la période de 28 jours.

«On ne retournera pas au niveau de normalité du mois d'août», a-t-il convenu. «Ce qu'on veut, c'est être capable de se rapprocher un peu de la normalité.»

Selon lui, le succès qu'on est en train de développer prouve qu'on peut garder la situation sous contrôle.