Sébastien Bouchard (3e à partir de la gauche), entouré de quelques-uns des membres du groupe Commémoration citoyenne, soit Zakia Zoukri, Kenza Elazzouzi, Nora Loreto, Antoine Casgrain et Maryam Bessiri.

Sébastien Bouchard: l’éveil d’un mouvement citoyen

Dans le tumulte de l’attentat au Centre culturel islamique de Québec est né un mouvement d’espoir et de solidarité dans la capitale. Mouvement qui perdure encore à ce jour, porté par des citoyens de tous horizons qui n’ont pas l’intention d’oublier les six victimes, leurs familles, les survivants ou les blessés.

Le lauréat Le Soleil–Radio-Canada, officiellement, est remis cette semaine à Sébastien Bouchard pour l’ensemble de son œuvre dans l’organisation de la Commémoration citoyenne tenue lundi, un an après l’attentat de Québec.

Mais ce dernier a refusé de prendre tout le mérite. Pour l’entrevue, il tenait à avoir à ses côtés celles et ceux qui ont participé à la préparation de la vigile du 29 janvier dernier. Cinq sont venus à très court préavis. Ils auraient pu être une trentaine.

L’histoire de la Commémoration citoyenne a débuté le soir même de l’attentat, le 29 janvier 2017. «J’étais sur les médias sociaux et j’étais complètement affolé par ce qui s’était passé. J’ai eu honte de moi de ne rien faire, normalement je suis toujours dans l’action, alors j’ai pris mon ordinateur et j’ai lancé un appel sur Facebook», a expliqué M. Bouchard.

Rapidement, on lui a indiqué qu’un autre appel avait été lancé au centre-ville, un autre près de la Grande Mosquée, dans Sainte-Foy, où a eu lieu la tuerie. M. Bouchard s’est alors enfermé avec son cellulaire et son ordinateur, dans le sous-sol «pour ne pas réveiller les enfants».

Durant toute la nuit, le citoyen de Limoilou était en communication avec ces quelques personnes qui, comme lui, voulaient montrer «le vrai visage de Québec» par un élan de solidarité. Le groupe a centralisé ses initiatives et convenu d’une veillée aux chandelles près de la mosquée.

Le jour venu, M. Bouchard a profité de la conférence de presse à la mairie de Québec, à laquelle participaient de nombreux politiciens, pour faire part de son plan. «Ils étaient très très heureux.» Le temps de régler certains aspects avec les services de sécurité, dont ceux de Justin Trudeau et de Philippe Couillard, que la vigile se mettait en branle.

15 000 personnes

Et, comme ça, seulement 24 heures après l’attentat, le rassemblement attirait 15 000 personnes. «Je pensais qu’on serait 50», a admis M. Bouchard. «Ça a montré que la ville de Québec et que le Québec, ce n’est pas un attentat, c’est la solidarité.»

Un an plus tard, une soirée similaire a eu lieu à Québec, cette fois organisée dans le calme. Aux côtés de Sébastien Bouchard à l’animation se trouvait encore cette année Kenza Elazzouzi, une amie. Deux choses l’avaient convaincue d’accepter ce rôle qu’elle n’avait pas prévu assumer.

«D’un côté, c’était difficile de dire non à Sébastien, une personne que je respecte énormément. Le deuxième élément est que M. [Azzedine] Soufiane est le mari d’une amie qui m’est très chère» a expliqué Mme Elazzouzi. M. Soufiane est mort dans l’attentat.

Selon elle, la Commémoration citoyenne doit demeurer active, ne serait-ce que pour sensibiliser la population à la réalité de l’immigration. Elle a profité de l’entrevue pour inviter la population et les communautés culturelles à se rencontrer, à se parler. À profiter des événements, comme le Mondokarnaval (septembre 2018), pour établir des contacts.

Effet boule de neige

D’autres personnes se sont mises à s’impliquer au cours de l’année. Comme Maryam Bessiri, qui milite activement pour contrer «le racisme et l’islamophobie». À l’instar de Mme Elazzouzi, elle espère que le comité derrière la Commémoration citoyenne va perdurer.

«Le mouvement de solidarité doit continuer. Après, il va falloir lui trouver une forme. […] Pour les prochaines années, il va falloir y penser, et surtout impliquer [davantage] les familles et voir comment elles voudraient elles-mêmes s’approprier cette date-là et cette commémoration-là. Parce qu’on ne peut pas toujours compter sur l’émotionnel et le réactionnaire pour faire des mouvements», a-t-elle exprimé.

Car à la différence de la première vigile en 2017, les familles des victimes étaient présentes cette année. «Ça a été très généreux de leur part. [...] Après est-ce que ça va être douloureux [de recommencer chaque année], moi je pense qu’il va falloir les laisser décider.»

De ce mouvement citoyen sont nées d’autres initiatives «provenant de la base», comme le groupe Coordination des actions à Québec contre le racisme. On peut aussi penser au projet Lettre à toi, qui a permis aux familles des victimes de recevoir des messages de soutien provenant de purs inconnus.

Les initiatives plus personnelles, comme celles de Zakia Zoukri, sont aussi encouragées et supportées. Cette dernière multiplie les rassemblements entre jeunes Québécois de toutes confessions et origines pour bâtir des ponts. Elle organise également un souper ce 24 février en l’honneur d’Aymen Derbali, survivant de la tuerie, qui s’est précipité sur le tireur pour protéger ses camarades. 

«Plus important que juste dire qu’on veut vivre ensemble, ce qu’on a fait, dans ce comité, c’est de montrer le modèle sur comment on peut parler ensemble. La diversité à [l’intérieur même du comité] est parlante de ce qu’on voulait faire» conclut Nora Loreto. C’est ce genre d’espaces de travail et de réflexion, selon elle, qui devraient être «appliqués dans notre société».