Morgane Mary-Pouliot, du mouvement international Femen, déplore que les duchesses soient considérées comme «des objets».

Se dénuder pour dénoncer «l'esclavage stylisé» des duchesses

«On s'attendait à tout sauf à se faire traîner dans la neige par la police.» Les deux militantes Femen qui ont perturbé le couronnement de la reine du Carnaval, vendredi, ne regrettent pas pour autant d'avoir dénoncé l'«esclavage stylisé» qu'incarnent à leur avis les duchesses nouvelle génération.
«Ce qu'on voulait, c'était de dénoncer l'organisation du concours des duchesses. On s'attendait à se faire arrêter, mais pas à se faire tirer à terre, à se faire traîner dans la neige et passer trois heures au poste», a partagé hier au Soleil Morgane Mary-Pouliot, l'une des deux militantes qui ont tenté de monter sur la scène du palais de Bonhomme vendredi.
L'étudiante de 19 ans n'en était pas à sa première protestation seins nus. Elle a été interceptée, l'automne dernier, après avoir manifesté près de la statue de Maurice Duplessis sur les terrains de l'Assemblée nationale.
Vendredi soir, elle s'est rendue au couronnement de la reine du Carnaval avec Laurie-Emmanuelle Chaloux, une activiste Femen de Québec qui en était à son premier coup d'éclat.
Ces Femen déplorent que les duchesses soient des «objets comme dans l'ancien temps» pour «publiciser le Carnaval et vendre le plus de bougies possible». «Des belles filles, ça vend plus que des hommes apparemment», lance Morgane Mary-Pouliot.
Leurre
Celle-ci estime que le volet entrepreneurial ajouté au concours des duchesses n'est en fait qu'un «leurre». «C'est même pas des projets qui apportent quelque chose de tangible à la communauté. C'est beau, c'est cute à filmer, mais ça n'apporte rien de plus. C'est vraiment un prétexte pour dire aux féministes qu'ils ont modernisé le principe des duchesses», critique-t-elle. Morgane Mary-Pouliot suit en quelque sorte les traces de sa grand-mère et de ses tantes, qui «se sont battues» contre le concours de duchesses de leur époque. Elle a toutefois poussé plus loin son combat en inscrivant «esclavage stylisé» sur son torse nu.
«Je pense vraiment que la société occidentale est esclave du style. On consent à entrer dans un certain type de modèle, dans un stéréotype de genre. Même les gars ont un certain modèle idéalisé», soutient l'étudiante en arts visuels au Cégep de Sainte-Foy.
À ceux qui leur reprochent d'avoir agi devant une foule familiale, Morgane Mary-Pouliot rétorque que tout est une question «d'éducation». «Les gens nous ont crié qu'on était des salopes, qu'on n'avait pas de classe, qu'on était des connasses. Oui, on a fait ça devant des enfants, mais ils ont entendu des gens crier ça aussi. Je sais pas ce qui est pire entre la violence qu'on a eue contre nous ou ce qu'on a fait.»
Les deux féministes radicales ont finalement été relâchées par les policiers dans la nuit de vendredi. Elles attendent de voir si elles recevront une amende pour avoir troublé l'ordre public. Les Femen québécoises n'ont encore jamais été accusées ou mises à l'amende, pas même après leur passage à l'Assemblée nationale.
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Rien contre la Revengeance des duchesses
Si les Femen ont visé les duchesses du Carnaval de Québec, elles n'ont «rien contre» la Revengeance des duchesses, qui a une «bonne philosophie» selon Morgane Mary-Pouliot. L'une des représentantes de la Revengeance leur rend la pareille en qualifiant les militantes féministes radicales de «révolutionnaires». La doyenne des duchesses «non officielles», Lise Bonenfant, ne cachait pas son enthousiasme samedi pour l'action des Femen lors du couronnement du Carnaval. «Je sais qu'il y a bien des féministes qui ne sont pas pour ça. Mais c'est comme dans n'importe quoi, il y a différentes nuances pour aborder un sujet.» La cinéaste de 66 ans estime qu'«il y a de la place» pour toutes les féministes dans le débat entourant les duchesses. «C'est sûr que nous, la Revengeance, on dénonce les stéréotypes, on veut que les femmes sortent de leur carcan. On est plus subtiles, on passe par la folie et l'humour. Les Femen, c'est à fond la caisse, c'est la révolution», analyse Lise Bonenfant.