Science

Silence dans la forêt enchantée

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Gisèle est partie, Gisèle Lamoureux en amour total avec la Nature du pays québécois s’est envolée le 23 juin, partie péter dans les roses dirait-elle en riant, cette fois dans les jardins et les forêts du Paradis. Cette immense scientifique avait mon âge, 76 ans, et elle aurait bien aimé continuer à nous révéler notre patrimoine émouvant de fleurs sauvages, celui qu’on trouve partout sur le territoire national.

Gisèle appartenait à la chevalerie des temps modernes, celle qui se bat pour sauver la terre et nous convertir à ses indispensables merveilles nécessaires à notre survie harmonieuse. Il n’est pas faux de dire que cette femme véritable savante, grande photographe avec des milliers d’images à son actif, vulgarisatrice hors pair était une enfant du frère Marie-Victorin, le botaniste émérite qui nous a laissé sa Flore laurentienne (1935), le classique en la matière, salué comme la meilleure publication sur le sujet en Occident dans l’entre-deux-guerres.

Tous les Québécois possèdent l’un ou l’autre des 9 guides de Fleurbec, produit par un groupe de recherche et la maison d’édition qu’elle fonde en 1973. Dans l’élan de la Révolution tranquille, parmi la mise en valeur de nos richesses patrimoniales, nous découvrons alors la nature, notre nature sauvage et ses écosystèmes. Ses ouvrages pratiques fort accessibles permettent à tout le monde d’herboriser en se promenant dans les bois, sur le bord des rivières, dans les tourbières, dans les champs, en bord de mer et même dans les villes. Les curieux des fougères et des mousses peuvent s’émouvoir et sustenter leur curiosité avec leur propre traité toujours offert en format de poche. Plusieurs titres connaitront des tirages dépassant les 100 000 exemplaires : 3000 pages, 1500 photos, 500 espèces de plantes indigènes du Nord-est américain! Vivant alors dans une érablière de Bellechasse, proche d’une tourbière, dès la sortie des premiers titres, je suis séduit.

Espèces rares dépourvues de noms français, plantes fragiles, milieux vulnérables, francisation et baptême de nombreuses espèces, protection de l’ail des bois et des milieux humides, sensibilisation à l’usage domestique de l’eau douce, la botaniste sera de toutes les campagnes publiques et de tous les combats, certains aboutissant à des lois de protection du végétal et à des règlements de l’Assemblée nationale. Native Montréal, elle mènera sa carrière sur la Rive-Sud dans la région de Québec où elle deviendra membre du groupe de pression GIRAM.

Membre de l’Ordre national du Québec, de l’Ordre du Canada, on lui décernera le Prix Georges-Émile-Lapalme pour sa contribution à la langue française, un grand-prix du Québec, et plusieurs autres récompenses scientifiques dans sa discipline. La dernière en lice, il y a quelques semaines à peine en son absence, à un grand banquet à Montmagny, le Prix Étienne-Chartier lui fut décerné comme Patriote de l’année dans Chaudière-Appalaches par la Société nationale des Québécois. Une de ses amies l’a rencontrée le lendemain sur son lit d’hôpital pour lui remettre le trophée lié à la reconnaissance de son travail gigantesque et de son militantisme et en même temps qu’un immense bouquet d’iris versicolores, l’emblème floral du Québec dont elle avait fait la promotion de façon énergique, à la fin des années 1990.

Le jardin de Gisèle était de la grandeur et de la dimension du Québec. Cette femme mérite tous les honneurs de la patrie.

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L’autobus, un complément essentiel

Sans doute l’un des moins aimés des moyens de transport en commun des villes, et pourtant essentiel, l’autobus gagnerait à être mieux soutenu financièrement par les autorités locales, avance une récente étude québécoise.

«L’autobus a un rôle prépondérant au sein de la gamme des transports en commun. Avec ses trajets diversifiés, c’est un complément essentiel au métro», relève Geneviève Boisjoly, candidate au doctorat à l’École de planification urbaine de l’Université McGill et coauteure de l’étude.

Après avoir pourtant gagné en popularité depuis deux décennies en Amérique du Nord, la fréquentation des autobus connaît un léger recul. Les chercheurs ont scruté à la loupe cette baisse d’achalandage entre 2002 et 2015 dans 25 grandes villes nord-américaines, dont Montréal, Toronto et Vancouver.

Ils ont découvert que le volume de déplacements offert annuellement par des compagnies comme la Société de transport de Montréal (STM), s’avèrerait le facteur principal pour doper l’achalandage. Plus ce volume s’amoindrit — mesuré par le nombre de kilomètres parcourus par véhicule — moins nombreux sont les voyageurs.

En d’autres termes, résume la chercheuse, «plus de bus circulent sur une route et plus ils sont fréquents, plus les gens vont les prendre».

Retards à répétition, faible fréquence et pauvreté du service : la liste des critiques des usagers est longue, particulièrement à Montréal. Un service qui apparaît réellement défaillant lorsqu’on le compare avec celui des villes européennes.

Le faible prix de l’essence et la concurrence des transports alternatifs comme le Bixi ou Uber, ne seraient pas à blâmer. «C’est minime par rapport au volume de déplacement. Au contraire, la présence de modes alternatifs pourrait avoir une influence positive sur l’utilisation du bus. Pouvoir louer une Communauto l’hiver ou circuler en Bixi pourrait décourager l’achat d’une voiture. Cela diversifie donc les transports : ça ne détourne pas des bus», pense Geneviève Boisjoly.

La solution ne peut pas de toute façon provenir du seul abaissement du prix du billet de bus, ou du coût d’abonnement, comme l’avançait une précédente étude de la même équipe de l’Université McGill. Il doit y avoir une combinaison avec un service de qualité — ce que les agences de transport de Montréal et San Francisco parviennent à offrir (bon service et prix modérés) alors que celles de Toronto et New York offrent un excellent service, mais pour un prix plus élevé.

«Sources disparates»

Martin Trépanier, professeur titulaire au département de mathématiques et génie industriel de Polytechnique Montréal, qui n’était pas impliqué dans ces recherches, salue le travail considérable de collecte de données. «Le point faible serait que ces données proviennent de sources disparates (recensement, étude des associations de transporteurs) et ne sont pas toutes alignées à la même année. Cela peut causer de petits biais d’analyse.»

À la lecture de l’étude, il faut aussi prendre garde à la taille du groupe d’observation. Pour Montréal, par exemple, seule la STM a été sélectionnée, excluant les autres sociétés qui représentent une part non négligeable des déplacements de la région.

Le chercheur souligne aussi que la plupart des données de la National Transit Database (aux États-Unis) et de l’Association canadienne de transport urbain sont produites par les opérateurs eux-mêmes : «les transporteurs n’ont pas tous la même façon de calculer leur achalandage. Certains ont des systèmes de comptage très précis, comme les systèmes de cartes à puce, certains travaillent sur des estimations à partir des titres vendus. Cela dit, je ne pense pas que ces limitations viennent entacher de façon majeure les résultats de cette étude. Il est clair que les déplacements en transport collectif sont fortement influencés par les investissements publics, ce qui se traduit par un nombre plus important de kilomètres d’infrastructure.»

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La testostérone pousserait les hommes à consommer plus «prestigieux»

PARIS – La testostérone, l'hormone sexuelle masculine, augmenterait le penchant des hommes pour les marques et les produits perçus comme prestigieux, selon une étude publiée dans Nature Communications.

«Nous démontrons pour la première fois que la testostérone modifie directement les préférences des consommateurs», explique à l'AFP Gideon Nave de la Wharton School, une école de commerce américaine à Philadelphie, coauteur de l'étude.

Les chercheurs ont testé 243 hommes âgés de 18 à 55 ans. La moitié d'entre eux avait préalablement reçu une dose de testostérone, les autres un placebo. Les participants ont ensuite été mis face à des duos de produits de qualité équivalente mais de marques différentes.

«Le niveau de prestige de chaque marque avait été préalablement mesuré par un sondage indépendant auprès d'un échantillon de plus de 600 hommes», précise le chercheur.

Les chercheurs ont constaté que «les hommes qui avaient reçu les doses de testostérone montraient une plus grande préférence pour les produits associés à un rang social plus élevé (comme une marque de luxe)», selon un communiqué de l'Institut européen d'administration des affaires. Mais aucun penchant n'a été relevé pour des produits assimilés au pouvoir.

Pour Gideon Nave, «posséder des produits prestigieux est une stratégie pour signaler son rang au sein de la société humaine». Le chercheur fait le parallèle avec la queue du paon ou les bois du cerf. «Cet effet [de la testostérone, ndlr] est apparenté au comportement des animaux, chez qui la testostérone augmente généralement pendant la saison de reproduction et favorise l'envoie de signaux aux partenaires ou concurrents potentiels», note le chercheur.

Selon l'équipe, d'autres études doivent être menées avant de généraliser ces premiers résultats, les différences culturelles pouvant modifier les comportements.

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Le génome du koala séquencé

PARIS – Le koala, le marsupial aux allures d'ours en peluche emblématique de l'Australie, vient de livrer le secret de son génome, une avancée qui pourrait aider à protéger cet animal vulnérable dont la population décline de manière spectaculaire.

«Les koalas sont menacés en Australie. Le séquençage du génome nous a aidés à documenter et comprendre leur diversité génétique et servira pour les futurs travaux de conservation», explique à l'AFP Rebecca Johnson, de l'Australian Museum de Sydney, coauteure de l'étude.

On trouve des koalas sauvages dans les forêts de l'est et du sud-est de l'Australie ainsi que sur certaines îles du continent. Mais l'icône australienne, que certains n'hésitent pas à qualifier de trésor national, est victime de la destruction de son habitat, du changement climatique, des chauffards, des chiens, etc. À l'arrivée des premiers colons britanniques en 1788, les koalas étaient plus de 10 millions. La Fondation australienne du koala estime qu'il n'en reste aujourd'hui plus que 43 000 à l'état sauvage, ce qui lui vaut de figurer comme vulnérable sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Boîte à outils

Plus de 50 chercheurs de sept pays ont collaboré à cette étude publiée lundi dans la revue Nature Genetics. Ils ont découvert 26 558 gènes, décryptant le génome du marsupial «avec une précision de 95,1 %, ce qui est comparable à celle du génome humain». Une avancée qui permet d'en savoir un peu plus sur la biologie unique de cet animal endémique d'Australie, notamment sur l'«excellente boîte à outils», un assemblage particulier de gènes qui lui permet de digérer l'eucalyptus — alors que le phénols que contient cet arbre s'avèrent toxiques pour les autres animaux.

Le koala dévore facilement un kilo de feuilles d'eucalyptus par jour (même s'il dort 20 heures sur 24). «Cela les a probablement aidés à trouver une niche pour survivre. Ils pouvaient compter sur une source de nourriture avec peu de concurrence, les autres espèces ne pouvant pas se désintoxiquer aussi efficacement», note Rebecca Johnson.

Mais cet atout se retourne maintenant contre lui : ce régime quasi exclusif le rend tout particulièrement vulnérable à la disparition des forêts d'eucalyptus, sous le coup de l'intensification de l'agriculture et de l'urbanisme.

Vacciner les koalas

Les chercheurs ont également identifié les gènes liés au système immunitaire. Un pas vers la mise au point de vaccins pour lutter contre certaines maladies, comme la chlamydia qui ravage les populations de Koala. Il n'existe actuellement pas de traitement contre cette infection sexuellement transmissible, susceptible de provoquer la cécité, la stérilité et la mort.

Or le développement humain qui empiète sur le territoire des koalas force les animaux à vivre plus près les uns des autres, ce qui augmente les interactions entre individus et les risques de contamination.

Selon les chercheurs, les koalas isolés par la fragmentation de leur habitat deviennent généralement plus pauvres sur le plan génétique, ce qui peut engendrer des problèmes de consanguinité. Selon Rebecca Johnson, cette dernière est plus élevée chez les koalas de Victoria et d'Australie-Méridionale que chez leurs cousins du Queensland et de la Nouvelle-Galles du Sud.

Avoir décrypté l'ADN de ces populations «nous permet de faire des recommandations pour préserver la diversité» quand elle existe et «d'envisager des déplacements pour l'améliorer» là où elle fait défaut, conclut la chercheuse.