Science

Des chercheurs très «influents» à l’UL

Huit chercheurs de l’Université Laval figurent parmi les scientifiques les plus influents de la planète, selon un palmarès de la firme Clarivate basé sur le nombre d’études «hautement citées» signées par chacun. C’est bon pour la première place au Québec puisque même la «Harvard du Nord», l’Université McGill, n’a pas fait mieux.

Plusieurs de ces chercheurs sont des «habitués» de ces palmarès. Par exemple, le nom du microbiologiste Sylvain Moineau, dont les travaux ont marqué une étape cruciale dans la petite histoire de la technique CRISPR, qui est en train de révolutionner l’édition génétique, revient dans toutes les listes du genre. Les noms de Mario Leclerc (chimie des polymères), de France Légaré (santé des populations et prise de décision en santé) et de Vincenzo Di Marzo (spécialiste du système endocannabinoïde, qui régule le stress, la faim et l’immunité) y figurent très souvent eux aussi.

Cette année s’ajoutent les noms de pas moins de quatre chercheurs de l’Institut de cardiologie et de pneumologie (qui jouissaient tous déjà d’une grande reconnaissance par ailleurs) : Jean-Pierre Després (obésité viscérale et santé cardiovasculaire), Gilles Dagenais (alimentation et santé cardiovasculaire), Philippe Pibarot (maladies valvulaires cardiaques) et Josep Rodés-Cabau (traitement par cathéter de cardiopathies structurelles).

Ces huit mentions placent l’Université Laval devant McGill (6) et l’Université de Montréal (4). À l’échelle canadienne, cependant, cela reste loin derrière les universités de Colombie-Britannique (37 mentions) et de Toronto (33).

En tout, les universités canadiennes ont récolté 166 mentions dans ce palmarès sur un total d’environ 6000 à l’échelle planétaire — dont pas moins de 43 % se trouvent aux États-Unis.

Monde

Bébés OGM, singes clonés: la Chine face à la bioéthique

PÉKIN - Singes clonés, usine de clonage de vaches, et maintenant «bébés OGM» : l’annonce retentissante du scientifique He Jiankui sur la naissance d’humains génétiquement modifiés interroge sur le laxisme de la réglementation sur la bioéthique en Chine.

À LIRE AUSSI : Un chercheur chinois aurait créé les premiers bébés génétiquement modifiés

Le pays cherche à devenir un leader de la recherche génétique et du clonage. Et les zones grises de la législation locale ont pavé la voie à des expérimentations parfois controversées.

Des scientifiques chinois étaient les premiers en 2015 à parvenir à modifier des gènes d’embryons humains, selon la revue Nature.

La même année, un site de clonage d’animaux était en construction à Tianjin (nord), avec notamment l’ambition de produire jusqu’à un million de vaches à viande par an.

Début 2018, des chercheurs chinois sont parvenus à faire naître pour la première fois des singes génétiquement identiques, par la même technique de clonage utilisée il y a plus de 20 ans pour la célèbre brebis Dolly, premier mammifère cloné.

Si ces recherches peuvent contribuer à trouver des médicaments ou des traitements aux maladies humaines, elles soulèvent également des questions éthiques, notamment vis-à-vis du clonage humain.

Le chercheur He Jiankui, qui dirige un laboratoire à Shenzhen (sud), a annoncé dimanche, dans des vidéos diffusées sur YouTube, la naissance de deux jumelles dont l’ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.

Falsification

Selon Qiu Renzong, pionnier des questions bioéthiques en Chine, les chercheurs échappent souvent aux sanctions car ils n’ont de comptes à rendre qu’à leur institution. Et certaines ne prévoient aucun punition en cas de faute professionnelle.

«La Chine protège beaucoup les scientifiques. Si on fait une petite erreur, ça s’arrête là, il n’y pas de sanctions», a-t-il déploré mardi à Hong Kong en marge d’une conférence internationale sur les modifications génétiques.

He Jiankui doit s’exprimer mercredi et jeudi lors du même événement.

Des lois plus souples qu’ailleurs ont permis à la Chine de prendre une longueur d’avance dans le domaine biomédical, estime Michael Donovan, fondateur de Veraptus, une entreprise de biotechnologie basée dans le pays asiatique.

«Dans bon nombre de secteurs, si le législateur n’a pas tranché, c’est qu’on peut avancer, avec prudence. C’est dans ces eaux troubles que la recherche sur les modifications génétiques se trouve en ce moment», explique-t-il.

D’autres facteurs jouent aussi, comme la démographie. Ses 1,4 milliard d’habitants garantissent au pays un large échantillon de patients potentiels, ajoute-t-il.

Et il n’y a pas la pression des groupes religieux qui peut s’exercer par exemple aux États-Unis, «mais il s’agit de vie et les gens s’inquiètent quand même qu’on aille trop vite».

«Peurs»

En Chine continentale, la Commission nationale de la santé, qui a rang de ministère, a ordonné une enquête sur l’affaire.

Un groupe de 122 scientifiques chinois ont déploré la «folie» du chercheur. Et l’Université de sciences et technologie du Sud, où travaillait He Jiankui, a dit considérer ses recherches comme «une grave violation de l’éthique et des normes universitaires».

Les autorités de Shenzhen ont souligné que toutes les organisations de santé devaient constituer un comité consultatif d’éthique avant toute recherche biomédicale sur humains. Une démarche qui n’aurait pas été effectuée dans les règles par l’hôpital impliqué dans l’expérimentation de M. He.

Mais ce dernier, l’hôpital Harmonicare, a nié toute implication dans l’affaire, assurant que le document autorisant l’expérience avait vraisemblablement été falsifié.

«Nous nous sommes toujours opposés au développement d’expériences génétiques violant l’éthique et la morale», a-t-il indiqué mardi dans un communiqué.

L’homme par lequel le scandale est arrivé a pour sa part défendu son expérimentation dans une nouvelle vidéo, disant vouloir aider les familles porteuses de maladies génétiques.

«Nous pensons que l’éthique est dans notre camp. Souvenez-vous de Louise Brown», le premier bébé né par fécondation in vitro (FIV) en 1978, «les mêmes peurs et les mêmes critiques se répètent aujourd’hui», estime-t-il.

Science

Auto électrique : va-t-on manquer de watts-heure ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «On parle beaucoup, ces temps-ci, de remplacer les voitures à essence par des voitures à l'électricité. Et c’est tant mieux : notre planète a bien besoin que la pollution diminue. Mais je n'ai jamais vu d'étude qui évaluerait la quantité d'électricité qui serait nécessaire si tous les véhicules routiers fonctionnaient à l'électricité. Au Québec, on se targue d'avoir beaucoup d'électricité mais déjà, lors de grands froids, nous sommes en déficit ! En outre, je me pose de sérieuses questions sur la capacité des provinces et États voisins, qui n’ont pas nos réserves d’électricité propre, de répondre à cette demande. Auront-elles besoin de construire des centrales nucléaire, au gaz ou au charbon ?», demande Gilles Lamontagne, de Leclercville.

D’après la version 2018 de L’état de l’énergie au Québec, un rapport publié annuellement par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie des HEC, les voitures et les camions légers parcourent en moyenne 13 500 km par année dans la Belle Province. Histoire de faire un calcul conservateur (au sens de «pessimiste»), mettons les choses au pire et arrondissons à 15 000 km/an.

Ce même rapport indique qu’il y avait 5,2 millions de véhicules personnels en 2014. Toujours dans le même esprit conservateur, supposons que nous sommes rendus à 6 millions de véhicules personnels aujourd’hui. Cela nous fait collectivement un grand total de 15 000 km/an*véhicule x 6 000 000 véhicules = 90 milliards de km parcourus au volant de nos bagnoles chaque année.

Maintenant, combien d’énergie consomme un véhicule électrique pour une distance donnée ? Pour les modèles 2018, on trouve sur le site de Ressources naturelles Canada des chiffres allant de 15,5 kilowatt-heure (kWh, donc l’énergie dépensée par 155 ampoules de 100 W qui seraient allumées pendant 1 heure complète) par 100 kilomètres à 20 kWh/100 km pour les véhicules tout-électriques les plus populaires, comme la Chevrolet Bolt, la Hyundai Ioniq EV et la Nissan Leaf. Mais encore une fois, soyons pessimistes (après tout, il est plus énergivore de rouler en hiver dans la neige) et prenons le cas le plus gourmand, soit l’utilitaire-sport de Tesla, le Model X P100D, qui «brûle» 25 kWh/100 km.

Si tout le parc automobile du Québec était converti en tout électrique et qu’il consommait autant que le SUV de Tesla, cela nous ferait une consommation totale de 90 milliards de km/an x 25 kWh/100 km = 22 500 000 000 kWh. Rendu là, autant éliminer quelques zéros inutiles et exprimer cette quantité d’énergie en «térawatts-heure» : 22,5 TWh.

Est-ce beaucoup ? Est-ce que les fameux «surplus» d’Hydro-Québec, que l’on dit énormes, pourraient couvrir cette nouvelle demande ? Eh bien non : dans son Plan d’approvisionnement 2017-2026, la société d’État évalue ses surplus annuels à… 10 TWh. C’est clairement insuffisant pour couvrir ces futurs besoins. Et pour tout dire, ces 22,5 TWh représenteraient une part substantielle de la production totale d’Hydro-Québec, qui fut de 177 TWh l’an dernier. Ce qui indique qu’il y aurait du travail à faire pour alimenter autant de voitures électriques.

Mais cela ne constituerait pas un obstacle infranchissable non plus, dit le physicien de l’Université de Montréal Normand Mousseau, qui a codirigé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Cela «ne représente que le huitième de la consommation totale d’électricité au Québec. Il suffirait d’un peu d’efficacité énergétique dans l’utilisation de l’électricité pour le chauffage ou de réduire les exportations qui ne sont pas rentables (hors heures de pointe) pour fournir cette énergie. On exporte plus de 30 TWh par année», m’a-t-il écrit lors d’un échange de courriels.

Il y aurait aussi des économies à faire ailleurs, lit-on dans le rapport que M. Mousseau a cosigné en 2014, et qui donneraient un coup de pouce. Qu’on en juge simplement par ce passage (entre autres) : «À Montréal, 39 % des citoyens qui demeurent à moins de 1 kilomètre de leur travail utilisent tout de même leur voiture pour s’y rendre. Dans l’ensemble du Québec, cette proportion atteint 48 %.»

On peut aussi, par ailleurs, imaginer que ce n’est pas forcément Hydro-Québec qui ajoutera de la puissance afin de recharger les voitures électriques. Avec le prix des panneaux solaires et des batteries qui chute continuellement depuis des années, bien des particuliers pourraient éventuellement s’installer leurs propres systèmes de recharge.

Mentionnons enfin que oui, il est vrai que nos voisins des autres provinces et de la Nouvelle-Angleterre n’ont pas la chance d’avoir une géographie aussi propice à l’hydroélectricité que nous, et que par conséquent leur production d’électricité est très dépendante des combustibles fossiles et du nucléaire. Cependant, il faut savoir que le nucléaire ne produit presque pas de gaz à effet de serre — donc en ajouter ne serait pas un problème, du moins pas de ce point de vue. Mais de toute manière, les énergies renouvelables sont déjà la principale source de nouvelle capacité électrique aux États-Unis. D’après des données gouvernementales, il s’est installé pour environ 11 gigaWatts de solaire et d’éolien chez l’Oncle Sam en 2017, contre à peu près 8,5 GW de centrales au gaz naturel (il n’y en a pas eu de nouvelle au charbon). Notons qu’il y a eu plus de centrales aux combustibles fossiles qui ont cessé leurs opérations l’an dernier (10,5 GW) qu’il n’y en a eu de nouvelles qui entraient en fonction.

Entendons-nous, les États-Unis sont encore loin de tirer la majeure partie de leur électricité de sources renouvelables, mais sur la question de la production à ajouter pour alimenter un éventuel parc auto tout-électrique, que pose M. Lamontagne, disons qu’il y a déjà un bout de chemin de fait.

Science

Ausculter Mars: un rêve sur le point de se réaliser

PARIS — C'est le père de l'instrument principal de la mission InSight qui doit se poser lundi sur Mars : le géophysicien français Philippe Lognonné affiche sa «confiance» dans la réussite de l'atterrissage de la sonde américaine chargée de déployer son sismomètre sur la planète rouge.

Si ce moment critique se passe bien, le géophysicien barbu de 55 ans, posé et tenace, pourra enfin entrer dans le vif du sujet, après 30 ans passés à travailler notamment à la mise au point de sismomètres très sensibles destinés à Mars.

L'instrument SEIS (Seismic Experiment for Interior Structure), dont il a la responsabilité scientifique, est «une oreille qui va écouter les vibrations du sol grâce à ses capteurs sismiques et les vibrations de l'air grâce à un très bon capteur d'infrasons», explique à l'AFP le chercheur CNRS interrogé dans son bureau de l'Université Paris-Diderot où il enseigne.

Sur sa table trône une petite maquette démontable de l'atterrisseur InSight, avec notamment SEIS et le bouclier éolien qui doit protéger l'instrument des vents martiens. «Ce n'est pas la première fois que l'on envoie des sismomètres sur Mars. Cela a été fait avec les deux missions américaines Viking» au travail sur la planète en 1976, avec chacune un sismomètre, rappelle le chercheur de l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Ils étaient fixés sur le pont des atterrisseurs, à un mètre de la surface. «L'un n'a pas fonctionné et le second n'a pas fourni de données exploitables pour la science. Le jour, il détectait les vibrations de l'atterrisseur et la nuit, il n'était pas assez sensible» pour enregistrer les tremblements martiens. Conçu sous l'égide de l'agence spatiale française Cnes, «SEIS est entre 1000 fois et 10 000 fois plus performant que ce sismomètre Viking. C'est un pas énorme», souligne Philippe Lognonné.
Cette fois-ci l'instrument sera posé directement sur le sol: une première.

Plaine de l'Elysée

Lundi soir, si tout va bien, «le voyage ne sera pas tout à fait terminé» pour le sismomètre, après un périple de plus de 485 millions de kilomètres à bord de la sonde InSight qui a quitté la Terre le 5 mai.

«Il lui restera encore à faire près de deux mètres. C'est le bras robotique de l'atterrisseur qui va se charger de le transporter et de le déposer à la surface», comme il le fera ensuite pour l'instrument allemand HP3 chargé de s'enfoncer de 5 m sous le sol pour mesurer les flux de chaleur.

Le site d'atterrissage d'InSight retenu par la NASA se situe dans la «plaine de l'Elysée» (Elysium Plantia), un terrain lisse, sableux et bien ensoleillé.
Dans l'absolu, l'idéal pour le sismomètre «serait d'être posé sur une roche dure car c'est très stable». Le choix de ce site est un compromis entre les différentes exigences de la mission, note le chercheur.

Le premier impératif est déjà d'arriver à atterrir sans casse et donc d'éviter les terrains trop durs. En outre, l'instrument allemand travaillera plus facilement avec un sol sableux, explique-t-il. «Tout le mois de décembre va être tourné vers le déploiement de ces instruments au sol. SEIS commencera à être vraiment opérationnel début 2019. Une fois qu'un sismomètre est posé, on le laisse tranquille. Son but est d'arriver à détecter des vibrations très, très faibles du sol, poursuit-il. Nous pensons que nous aurons peut-être annuellement une dizaine de séismes d'une magnitude supérieure à 4,5, quelques-uns de magnitude 5,5 et peut-être une cinquantaine de magnitude 3,5.»

Les opérations de SEIS doivent durer deux ans mais le scientifique espère que cela ira au-delà.

Lundi soir, Philippe Lognonné sera avec son équipe à la Cité des Sciences à Paris, pour commenter l'atterrissage de la sonde américaine prévu peu avant 20hGMT (15h, heure normale de l'Est). Ensuite, il s'envolera pour quatre mois pour les Etats-Unis afin de veiller au déploiement du sismomètre sur Mars et à son réglage.