Le directeur de vol de la mission Rosetta, Andrea Accomazzo (à gauche), était visiblement ému et heureux lorsque l'atterrissage du robot Philae sur la comète «Tchouri» a été confirmé, Mercredi. Les membres de l'Agence spatiale européenne ont célébré cette première historique au Centre européen d'opérations spatiales à Darmstadt, en Allemagne.

Victoire spatiale pour l'Europe: Philae se pose sur une comète

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'Europe a posé en douceur mercredi un petit robot, Philae, à la surface d'une comète, couronnement d'une aventure spatiale entamée il y a 20 ans.
Un sérieux bémol toutefois : le module pourrait ne pas être bien arrimé sur le sol de la comète «Tchouri», selon l'Agence spatiale européenne (ESA), qui cherchait toujours mercredi soir à tirer au clair la situation du robot.
«Nous savons que le robot a touché le sol de la comète. Nous avons reçu un signal très clair et nous avons aussi reçu des données de l'atterrisseur, notamment scientifiques. C'est la très bonne nouvelle», a déclaré Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur Philae.
«La mauvaise nouvelle, c'est qu'apparemment, ses harpons n'ont pas fonctionné et qu'il n'est pas ancré à la surface.»
Des fluctuations dans les signaux radio suggèrent soit que Philae a atterri dans un sol meuble, une sorte de «bac à sable», soit qu'il a doucement rebondi sur la surface avant de se reposer une seconde fois.
«Donc, peut-être aujourd'hui, nous avons atterri deux fois», a plaisanté M. Ulamec, déclenchant les rires de l'assistance. «Nous devrions en savoir beaucoup plus demain.» L'ESA doit tenir un point de presse en après-midi.
Cet imprévu n'a pas gâché la fête au Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne), où l'on a sablé le champagne après cette première historique.
«Nous sommes très heureux», a commenté Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta, sous des applaudissements nourris, lorsque le signal confirmant l'atterrissage est arrivé sur Terre à 11h03 (heure du Québec).
Il a fallu sept heures à Philae, largué par la sonde européenne Rosetta, pour descendre en chute libre jusqu'à sa cible. Son atterrissage, à plus de 500 millions de km de la Terre, s'est fait «en douceur», selon l'ESA.
Depuis Paris, le président français François Hollande a salué «l'exploit» de Philae et la «victoire de l'Europe».
Le robot aventurier, qui avait voyagé pendant 10 ans avec Rosetta, était parfaitement à l'heure à son rendez-vous avec la comète Tchourioumov-Guérassimenko.
«C'est un grand pas pour la civilisation humaine», a estimé Jean-Jacques Dordain, directeur général de l'ESA. «Nous sommes les premiers à l'avoir fait et c'est cela qui restera pour toujours.»
La NASA a aussi salué cette «percée dans l'exploration de notre système solaire» et «une étape-clé dans la coopération internationale», une référence aux trois instruments américains à bord de Rosetta.
La mission du robot laboratoire est de faire des prélèvements qui donneront des informations sur les origines du système solaire, voire sur l'apparition de l'eau et de la vie sur Terre.
L'ESA n'était pas en mesure mercredi soir de dire si le problème d'arrimage du robot était susceptible de gêner son travail.
«Embêtant pour les forages»
Philae, 100 kg sur Terre, ne pèse qu'un gramme dans l'espace. Il a été conçu pour à la fois être plaqué au sol par l'émission d'un gaz et s'ancrer en profondeur sur la comète grâce à deux harpons. Ayant déjà eu un problème dans la nuit sur le système d'émission de gaz, il comptait sur ses harpons pour le maintenir au sol.
Si Philae n'était pas bien arrimé au sol, «ce serait embêtant pour certains instruments parce qu'on a besoin qu'il soit bien harponné pour utiliser la foreuse qui doit permettre de récupérer les échantillons dans le sol», a déclaré à l'AFP le chef de projet Rosetta au Centre national d'études spatiales (CNES) à Toulouse, Philippe Gaudon.
Pendant sa longue descente, le robot a pu prendre des images de sa fidèle complice, Rosetta. Plusieurs de ses instruments ont aussi été mis en action.
Philae doit fonctionner grâce à sa pile pendant 60 heures et c'est là qu'il doit accomplir le maximum pour la science, et notamment faire les fameux forages.
Car sa mission est de trouver sur le noyau de la comète le graal des astrophysiciens : des molécules organiques qui ont pu jouer un rôle dans l'apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du système solaire.
Après, il devra compter sur un système secondaire de batterie, rechargeable par de petits panneaux solaires.
Si tout va bien, il doit fonctionner jusqu'en mars. Au-delà, il est condamné à mourir de chaud, lorsque la comète se rapprochera du Soleil.
Mais Rosetta, qui a déjà parcouru 6,5 milliards de km, poursuivra son escorte au moins jusqu'au 13 août, date à laquelle Tchouri passera au plus près de l'astre. Sa mission est prévue jusque fin décembre 2015.
La mission Rosetta a mobilisé environ 2000 personnes depuis 20 ans. Plus de 50 entreprises de 14 pays européens et des États-Unis ont participé au projet.
<p>Le robot Philae pourra recueillir les secrets de <em>Tchouri</em> si ses amarres tiennent bon.</p>
La mission Rosetta en 10 chiffres
10 ans et 8 mois
Temps déjà passé dans l'espace par la sonde Rosetta depuis son lancement le 2 mars 2004. La mission est programmée pour durer jusqu'en décembre 2015.
6,5 milliards
Nombre des km parcourus dans l'espace par Rosetta. Ce n'était pas le chemin le plus court, mais les techniques actuelles de propulsion ne permettaient pas de prendre une trajectoire plus directe. La comète se trouve aujourd'hui à plus de 500 millions de km de la Terre, dont elle va encore s'éloigner jusqu'au 21 décembre (527 millions de km), avant que la distance ne commence à diminuer.
18 km/seconde
Vitesse à laquelle file la comète, escortée par Rosetta. Philae descend sur la comète à une vitesse de 1 mètre/s, soit 3,5 km/h.
22,5 km
Distance par rapport au centre du noyau de la comète, à laquelle Rosetta a largué Philae. Soit 20 km de la surface.
7 heures
Temps qu'a mis Philae, en chute libre, depuis son largage par Rosetta, pour atterrir sur le noyau de la comète.
28 minutes et 20 secondes
Délai de communication entre Rosetta et la Terre mercredi.
2,5 mètres
Profondeur à laquelle peuvent s'enfoncer dans le sol cométaire les deux harpons qui doivent ancrer Philae sur le noyau de la comète.
25 centimètres
Profondeur jusqu'où SD2, un des 10 instruments scientifiques de Philae, pourra forer le sol pour prélever des échantillons qui seront analysés sur place par d'autres instruments.
185,9 millions de km
Distance minimale entre la comète et le Soleil, dite «périphile», qui sera atteinte le 13 août 2015. La comète, toujours escortée de Rosetta, sera alors à 270 millions de km de la Terre.
1,3 milliard d'euros
Coût total de la mission Rosetta sur 20 ans, soit 1,83 milliard de dollars canadiens.