Une place pour la biologie

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Messieurs-dames les directeurs et directrices de collège, par la présente, le Regroupement des enseignant.e.s en biologie au collégial vous interpelle concernant le processus de révision ministérielle du programme préuniversitaire Sciences de la nature.

Plus de place pour la biologie

Mû par la volonté de finaliser la révision de ce programme d’études, le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a mis sur pied un comité d’experts qui lui a récemment transmis son rapport. Or, la nature de certaines recommandations émises, combinées aux orientations prises ultérieurement par le ministère, soulève de nouveaux enjeux qui pourraient nuire à la mise en oeuvre du programme dans le réseau collégial, voire compromettre la réussite et la persévérance des étudiants. (…)

La finalité du programme Sciences de la nature est de donner à l’élève une formation équilibrée, intégrant les composantes de base d’une formation scientifique et d’une formation générale rigoureuses. Ces futurs scientifiques en formation constituent l’avenir de notre société qui fait face à d’importants enjeux.

La biologie se retrouve au cœur même de ces problématiques contemporaines. Il n’y a qu’à penser aux perturbations des écosystèmes, les OGM, le cancer, les enjeux de santé publique liés à la vaccination et à la résistance aux antibiotiques, pour ne nommer que ceux-ci. Qui plus est, le 21e siècle a connu une véritable explosion des connaissances en biologie moléculaire, en microbiologie et en immunologie, contribuant par le fait même à l’émergence des biotechnologies. Cet essor a bouleversé plusieurs secteurs d’activité, que ce soit en pharmacologie, en agroalimentaire, en génie génétique ou en bioénergétique. (…)

Or, la biologie a trop longtemps été sous-représentée (11 % du tronc commun) dans ce programme, bien qu’elle bénéficie d’un statut privilégié auprès des étudiants, tel que démontré par l’étude de Cormier & Pronovost (2016). Compte tenu de la réelle importance qu’occupe cette discipline scientifique dans le monde moderne et de sa notoriété dans l’intérêt des étudiants, il importe qu’on lui accorde la place qu’elle mérite en rehaussant sa proportion dans le programme, et vis-à-vis de ses consœurs.

Sur la base des recommandations émises par le comité d’experts [mandaté par le ministère, ndlr], il serait tentant de croire que la place de la biologie sera véritablement rehaussée, passant de 75 à 105 heures obligatoires. Mais il n’en est rien. En parallèle, l'abaissement de l'enveloppe des heures facultatives (passant de 225 à 120 heures) vient non seulement annuler son augmentation, mais en réduit aussi sa portée. C’est donc dire que la représentation de la discipline Biologie s’en retrouvera diminuée par rapport au programme actuel, ce qui va à l’encontre de l’objectif initial.

Il est donc difficile de croire que le nouveau programme permettra d’atteindre sa finalité, puisqu’une trop grande disparité entre les disciplines se voit en contradiction avec la consolidation d’une solide culture scientifique. Ce qui contrevient, par le fait même, à la pertinence du programme. Or, chaque discipline contribue à sa manière à enrichir cette culture, ce qui ne peut s’opérer que par une importance significative et équivalente entre chacune d’elles. C’est d’ailleurs à travers la force de sa richesse que résideront le succès et la pérennité du programme.

Profils distincts adaptés aux besoins

Le programme Sciences de la nature rend l’étudiant apte à poursuivre des études universitaires, selon deux principaux types de profil : majoritairement en «Sciences de la santé et de la vie» (59 %), sinon en «Sciences appliquées et Génie» (41 %).

Le programme actuel est défini selon un profil Sc.Appliquées, tandis que la majorité se destine vers un domaine différent. Pourtant, le nombre d’heures obligatoires associées au domaine Sc.Santé (225h; 31 %) est sous-représenté par rapport au domaine Sc.Appliquées (450h; 61 %).

Qui plus est, les orientations prises par le Ministère, suite aux recommandations formulées par le comité d’experts, tendent à vouloir maintenir un écart marqué de proportion entre les deux profils. Même en comptant les heures facultatives et celles liées à l’épreuve synthèse de programme (ESP), l’étudiant en Sc.Santé ne pourra s’offrir une véritable formation rattachée à son domaine de prédilection, laquelle sera toujours inférieure en nombre d’heures totales (405h) et en proportion (45 %) à celle du profil Sc.Appliquées (615h ; 68 %).

La disparité qui subsiste entre les deux profils est sans équivoque et conduit inévitablement à un appauvrissement de la qualité de la formation pour les étudiants se destinant vers le domaine des sciences de la santé et de la vie. Cette situation est particulièrement préoccupante et constitue même un recul par rapport au programme actuel. Comment justifier qu’on veuille maintenir une structure inadaptée aux besoins de formation de la majorité d’entre eux ?

Une autre problématique observée concerne les contraintes liées aux préalables universitaires qui ne s’appliquent qu’aux étudiant.e.s optant pour le profil Sc.Santé. En effet, ces derniers sont réduits à choisir obligatoirement les cours optionnels associés à des préalables universitaires, notamment « Biologie humaine » et « Chimie organique ». À l’opposé, leurs homologues de l’autre profil jouissent d’une entière liberté à cet égard, puisque les cours qui pourraient être exigés comme conditions d’admission par certains programmes universitaires font partie d’office au tronc commun obligatoire.

À cet égard, notons au passage que bon nombre de programmes universitaires en sciences de la santé et de la vie n’exigent aucunement le 3e cours de Mathématiques (Algèbre linéaire et géométrie vectorielle – 201-NYC-05) comme condition d’admission. Pourquoi alors imposer à tous les étudiants cette condition d’admission qui ne s’applique en réalité qu’à une minorité d’entre eux?

Cette structure cause ainsi un lourd préjudice envers ces étudiant.e.s en les privant de la possibilité de recourir à des cours optionnels liés à la compétence générique (CG), dont l’objectif est d’explorer divers champs d’études ou encore d’approfondir leurs connaissances dans leur domaine de prédilection.

Il nous apparaît inconcevable et injuste de priver une majorité d’étudiants d’une telle opportunité d’enrichir leur parcours, alors qu'elle devrait être accessible à TOUS les étudiants. Telle est d’ailleurs l’une des principales visées de la formation collégiale et ce qui nous démarque en tant qu’ordre d’enseignement supérieur.

Ancré dans la mission des cégeps, le nouveau programme qui sera mis en œuvre doit non seulement répondre aux contraintes des préalables universitaires, mais aussi permettre le développement professionnel et citoyen de chaque individu, selon ses propres champs d’intérêt. (…)

* * * * *

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.