Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

Sur ces fameux «pets» de vaches...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «On s’inquiète de l’empreinte carbone des animaux, et particulièrement du bœuf. Mais ne devrait-on pas plutôt y voir un cycle? Les plantes captent le carbone dans l’air et les animaux, comme les vaches, mangent les plantes, puis vont retourner une partie du carbone dans leurs déjections et leur respiration, et le cycle va recommencer. Alors pourquoi les vaches seraient un problème? Comment pourraient-elle produire plus de carbone qu’elles n’en consomment?», demande André Rinfret, de Québec.

Si l’industrie bovine pèse plus lourd sur l’environnement que les autres sortes de viandes — qui, elles, pèsent plus lourd que l’alimentation végétale —, c’est en bonne partie parce que comparé aux autres animaux d’élevage, le bœuf convertit moins bien sa nourriture. D’après une étude parue récemment dans les Environmental Research Letters, pour produire 1 kg de viande (et autres parties comestibles), le bœuf doit manger autour de 36 kg de nourriture, alors que ce ratio est beaucoup moindre pour la volaille (4,2 pour 1) et le porc (6 pour 1). Et comme il faut les produire, ces moulées et ces bottes de foin, cela implique qu’à quantité de viande égale, il faut pas mal plus d’«intrants» (plus d’espace, plus d’engrais, plus de carburant pour la machinerie, etc.) pour le bœuf que pour les autres sortes de viande.

En outre, les bovins ont un système digestif particulier qui fermente la nourriture pendant longtemps. À cause de cela, ils n’émettent pas seulement du CO2, mais aussi du méthane (CH4) dans leurs éructations (et non dans leurs flatulences, comme on l’entend souvent), dont l’effet de serre est environ 30 fois plus puissant que le gaz carbonique. Alors les vaches ont beau ne pas rejeter plus de carbone qu’elles n’en consomment, elles en rejettent sous une forme qui est plus dommageable pour le climat.

Tout ça, ça fait une différence et on n’a pas le choix d’en tenir compte. Mais d’un autre côté, M. Rinfret  n’a pas complètement tort de dire que le carbone consommé par les bovins fait partie d’un cycle : éventuellement, le méthane finit par se retransformer en CO2. Cela prend du temps — des années, voir des décennies pour une petite partie — au cours duquel il empire le réchauffement planétaire, mais ce méthane-là faisait déjà partie du cycle du carbone, il ne vient pas s’y ajouter. Or le problème fondamental à la source du réchauffement climatique n’est pas tant le méthane additionnel (même s’il y contribue) que la combustion de pétrole, gaz naturel et charbon. Comme ceux-ci étaient enfouis sous terre depuis des centaines de millions d’années, leur carbone n’était plus en circulation depuis très longtemps, et les brûler vient ajouter du carbone au cycle.

Le cœur de l’affaire, il est surtout là.

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«Est-ce que la sphéricité de la Terre explique au moins en partie pourquoi il fait plus froid aux pôles qu’à l’équateur. À cause de cette sphéricité, les pôles sont un peu plus loin du Soleil, dont les rayons doivent traverser une couche d’atmosphère plus épaisse avant d’arriver au sol, qu’ils frappent d’ailleurs à l’oblique. Ou est-ce surtout à cause d’autres facteurs, comme l’albédo ?», demande Yves Goudreault.

Les pôles sont en moyenne un rayon terrestre (6371 km) plus loin du Soleil que l’équateur. De plus, la Terre est inclinée de 23,5°, ce qui vient ajouter (ou enlever, selon la saison) jusqu’à 2500 km environ, pour un maximum de près de 9000 km. Or la distance Terre-Soleil est «dans une autre ligue», comme on dit : près de 150 millions de km. Alors le rayonnement solaire a beau diminuer avec le carré de la distance, ces quelque 9000 km de plus (en hiver) ne peuvent guère faire plus qu’une différence de l’ordre de 0,01 % — et encore, le Soleil ne se lève même pas aux pôles en hiver, alors en pratique ça ne change absolument rien. De toute évidence, la clef est ailleurs.

L’épaisseur de la colonne d’air traversée par les rayons joue un rôle. Mine de rien, à l’échelle de la planète, un peu plus de la moitié (53 %) du rayonnement solaire n’atteint jamais le sol, étant soit réfléchi, soit absorbé par l’atmosphère — et cette proportion est un peu plus élevée aux pôles.

Mais par-dessus tout, c’est l’angle avec lequel les rayons frappent le sol qui fait la différence. À l’équateur, ces rayons frappent presque parfaitement à la verticale alors qu’ils sont obliques aux pôles. On peut se représenter l’effet que cela a en imaginant une lampe de poche que l’on pointerait sur un mur. Si on pointe directement, la lumière aura une forme assez ronde. Mais si on lui donne un angle, alors la forme s’allonge. Cela implique que la même quantité de lumière doit maintenant éclairer une plus grande superficie — et c’est ce qui arrive avec le rayonnement solaire aux pôles. Si l’on ajoute à cela le fait que le Soleil ne se lève tout simplement pas en hiver aux hautes latitudes, cela signifie que les pôles reçoivent en moyenne (sur une année) moins de la moitié de l’énergie par mètre carré qui arrive l’équateur.

Et ce n’est pas tout : ce qu’il advient de ces rayons solaires une fois qu’ils touchent le sol est aussi important. La surface de la Terre réfléchit en moyenne 30 % du rayonnement, dont l’énergie est alors renvoyée vers l’espace. Mais un couvert de neige ou de glace réfléchit beaucoup mieux la lumière : plus de 80 % ! Voilà pourquoi il fait tellement plus froid aux pôles qu’à l’équateur.

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Veuillez noter que cette chronique fera relâche pendant le temps des Fêtes. De retour le 12 janvier.

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