Le microbiologiste Sylvain Moineau a reçu le prestigieux prix John-C.-Polanyi pour ses travaux sur la technologie d'édition génétique CRISPR-Cas9, qui est en train de révolutionner le monde du génie génétique. 

Prix du CRSNG: trois profs de l'UL honorés

Grosse récolte pour l'Université Laval: parmi les 20 prix du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), il a été annoncé hier que ses professeurs en ont récolté trois cette année, dont le prestigieux prix John-C.-Polanyi, remis à un chercheur «à l'origine d'une percée remarquable».
C'est le microbiologiste Sylvain Moineau qui l'a reçu pour ses travaux sur la technologie d'édition génétique CRISPR-Cas9, qui est en train de révolutionner le monde du génie génétique.
Les CRISPR (pour clustered regularly interspaced short palindromic repeats) sont essentiellement des morceaux d'ADN répétitifs dont les bactéries se servent pour conserver des séquences d'ADN de «bactériophages», soit des virus qui infectent les bactéries. On en connaissait l'existence depuis la fin des années 80, mais c'est grâce aux travaux de M. Moineau qu'on en a compris la fonction. Les bactéries ont une enzyme, Cas-9, qui sert à découper le matériel génétique. C'est très pratique pour se défendre contre des virus, mais comme la bactérie a elle-même de l'ADN qui ne doit pas être endommagé, les CRISPR servent de «guide» pour reconnaître l'ADN viral. M. Moineau a également démontré que les bactéries profitent de la présence de virus défectueux - assez fréquents dans la nature, puisque leur réplication est un processus imparfait - pour ajouter des brins d'ADN viral à leur «trousseau».
L'idée qu'une bactérie ait un système immunitaire capable de s'adapter était déjà, en elle-même, révolutionnaire, mais quelques années plus tard, d'autres chercheurs en Californie et en France ont trouvé le moyen de modifier ce système et d'en tirer un outil permettant de modifier le génome d'une cellule avec une précision et une puissance sans égales.
C'est pour cette percée que M. Moineau a été récompensé hier soir, à Ottawa.
Son collègue Christian Landry, lui aussi microbiologiste à l'UL, a pour sa part décroché une des six bourses E.W.R Steacie remises à de jeunes chercheurs particulièrement prometteurs. M. Landry étudie comment l'évolution influence le fonctionnement des cellules et a déjà fait quelques percées fondamentales très remarquées.
Enfin, last but not least, l'astronome de l'UL Laurent Drissen a reçu le prix Synergie pour l'innovation dans la catégorie Partenariat avec une grande entreprise. M. Drissen a mis au point en 2015 avec la firme ABB, qui a des bureaux à Québec, un instrument de mesure astronomique d'une précision jusqu'ici inégalée. Il s'agit d'un spectromètre, donc un instrument qui décompose la lumière, baptisé SITELLE et qui a été installé au Télescope Canada-France-Hawaii (TCFH), au sommet du Mauna Kea.
Au coeur de l'appareil se trouve un miroir dont les déplacements sont précis au millionième de millimètre près. En plus du TCFH, plusieurs autres observatoires dans le monde ont montré de l'intérêt pour l'instrument de M. Drissen.
Échec des négos à l'Université Laval
L'Université Laval
L'Université Laval n'est pas parvenue à s'entendre avec ses employés lors des rencontres de la dernière chance qui ont eu lieu lundi et mardi. Une grève devrait donc être déclenchée sous peu sur le campus.
«On a fait du surplace. La position de l'université est restée la même», a déploré Éric-Jan Zubrzycki, conseiller du Syndicat des employées et employés de l'Université Laval (SEUL), à la sortie de la dernière séance de conciliation au ministère du Travail, mardi après-midi.
M. Zubrzycki confirme que le syndicat enclenchera des moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève dans les jours à venir. L'exécutif syndical doit toutefois se réunir pour convenir du moment du déclenchement.
«J'ai l'impression qu'ils ne nous prennent pas au sérieux. Mais ils vont devoir assumer les coûts d'une grève», lance M. Zubrzycki. Le conseiller syndical croit que le conflit de travail à venir fera chuter les inscriptions à l'Université Laval d'environ 10 % au cours des prochaines années. «En ce moment, l'écart entre la position du syndicat et celle de l'université, c'est 12 millions $. Une grève, ça pourrait leur coûter une centaine de millions de dollars en perte d'inscriptions», évalue-t-il.
Les principaux points de mésentente sont les cotisations au régime de retraite et la mobilité des employés. Le SEUL représente 1900 techniciens de bureau, ouvriers, agents de sécurité, techniciens de laboratoire et techniciens informatiques, entre autres, qui sont sans contrat de travail depuis le 1er avril 2016. À la mi-décembre, ses membres ont voté à 80 % pour un mandat de grève, qui menace de perturber les activités régulières de l'Université.
Du côté de la direction de l'Université Laval, la porte-parole Andrée-Anne Stewart n'a pas souhaité mardi s'avancer sur les moyens que prendra l'établissement pour faire face à ce conflit de travail avant qu'il ne devienne réalité.  Patricia Cloutier