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Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

Pourquoi les pandémies arrivent-elles par vagues?

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SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Depuis toujours, lorsqu’une pandémie survient, elle se produit par vagues et dure généralement entre 2 ans et 2 ans et demi. Celle que nous vivons ne semble pas faire exception. Mais comment se fait-il qu’une épidémie arrive par vagues et non pas de façon continue ? Et qu’est ce qui explique que la durée soit très souvent entre 2 ans et 2 ans et demi, indépendamment des actions que l’on pose?», demande Jean Rochette, de Québec.

En fait, la durée des pandémies n’est pas toujours de 24 à 30 mois, même si on peut avoir cette impression en regardant certaines pandémies d’influenza — les grippes «asiatiques» (1957-59) et «de Hong Kong» (1968-70) ont eu à peu près cette durée. Dans un article publié en janvier dans Frontiers in Microbiology – Infectious Diseases, Jocelyne Piret et Dr Guy Boivin, du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, ont passé en revue les principales pandémies qui se sont abattues sur l’humanité à travers l’histoire, et il en ressort clairement que la durée des pandémies n’est pas constante du tout.

Par exemple, au début du Moyen Âge, la Peste de Justinien s’est étendue sur environ deux ans (541-543) mais, quelques siècles plus tard, la même bactérie (Yersinia pestis) a causé une autre pandémie, la tristement célèbre Peste noire, qui elle a persisté pendant quatre ans (1347-1351). De même, les six pandémies de choléra qui ont assombri le XIXe siècle et le début du XXe se sont étirées sur des périodes de 7 à… 27 ans!

Alors non, les pandémies ne durent pas toutes autour de deux ans. Mais il est vrai, cela dit, qu’elles arrivent souvent en vagues successives et que cela soulève une question assez difficile. S’il y a une seconde vague, c’est un signe que la première n’a pas infecté toutes les personnes vulnérables. Alors comment se fait-il que la première vague s’est terminée (ne serait-ce que temporairement) au lieu de continuer?

«On a certains éléments de réponse là-dessus, m’a dit Dr Boivin en entrevue, vendredi. Il y a des virus pour lesquels les écoles sont des lieux de transmission importants. La grippe A(H1N1), par exemple, touchait beaucoup les enfants (contrairement à la COVID), et la 1re vague s’est estompée en juillet, quelques semaines après la fin des classes. La deuxième vague, elle, a démarré en octobre, quelques semaines après le retour en classe. (...)

«Il y a aussi qu’en été, les gens se rencontrent plus à l’extérieur, donc il y a moins de transmission, poursuit-il. Ça, on l’a vu tant pour le H1N1 que pour la COVID-19.»
Lorsqu’une partie relativement importante de la population est immunisée contre un virus, l’émergence de variants peut aussi redémarrer une épidémie, ce qui provoque alors une vague supplémentaire, dit Dr Boivin. «Mais clairement, il n’y a pas de facteur unique qui explique pourquoi les pandémies arrivent par vague, et il nous manque encore des bouts pour bien le comprendre», ajoute-t-il.

Variables

En outre, il faut garder à l’esprit que toutes ces pandémies ont été causées par des microbes différents qui se comportent chacun à sa manière. Il n’y a donc pas vraiment de constante qui serait complètement commune à toutes. Par exemple, le choléra n’est pas causé par un virus respiratoire, mais plutôt par une bactérie (Vibrio cholerae) qui vit dans l’eau. Contrairement à la COVID-19, à la peste (sa forme pulmonaire, du moins) ou aux grippes pandémiques, c’est une maladie qui est peu contagieuse : on ne l’attrape pas en respirant les gouttelettes/aérosols exhalés par quelqu’un, mais plutôt en buvant de l’eau contaminé (souvent par les selles d’une personne infectée). Le choléra a donc un mode de propagation complètement différent, ce qui peut jouer sur la forme que prennent ses «vagues».

Même entre les virus respiratoires, les vagues peuvent être variables. Par exemple, illustre Dr Boivin, «le nombre de vagues n’est pas constant. Pour la grippe espagnole, il y en a eu deux, là on est rendu à trois pour la COVID-19, du moins au Québec et au Canada. Mais ça varie d’un pays à l’autre. En Inde, ils ont eu seulement deux vagues de COVID, dont une seule très forte.»

Pour tout dire, cette variabilité est si grande que certains épidémiologistes vont jusqu’à remettre en question l’existence même d’un pattern de «vague» qui serait plus ou moins universel à toutes les pandémies. Dans un texte publié au printemps 2020 sur le site du Centre for Evidence-Based Medicine, les épidémiologistes anglais Tom Jefferson et Carl Heneghan qu’il y a eu trop d’incohérences dans les épidémies/pandémies de grippe du XXe siècle pour qu’on puisse y déceler des patrons qui reviendraient avec assez de régularité pour qu’on puisse prédire le comportement de pandémies futures.

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