À Québec, l'éclipse de lundi débutera à 13h26 et se terminera à 15h49. Le phénomène atteindra son maximum à 14h39.

Place à l'éclipse de lundi!

Les Québécois auront droit à un phénomène astronomique rare, lundi, alors qu'une éclipse solaire partielle aura lieu en après-midi.
C'est peut-être la première fois depuis le 3 novembre 2013 qu'une éclipse solaire pourra être observée au Québec, mais il y a longtemps que le Soleil aura été autant caché par la Lune. Il y a quatre ans, à peine 35 % du Soleil avait été caché par la Lune et le phénomène avait eu lieu au lever du Soleil.
À Québec, l'éclipse de lundi débutera à 13h26 et se terminera à 15h49. Le phénomène atteindra son maximum à 14h39, alors que 53 % de l'étoile solaire sera cachée par la Lune. 
Plusieurs activités d'observation sont organisées par le club d'astronomie VÉGA de Cap-Rouge, indique son président Philippe Moussette. «On va fournir des filtres de protection solaire et toutes les activités sont gratuites», a-t-il ajouté, rappelant qu'il est impératif de ne pas regarder le Soleil à l'oeil nu puisque ses rayons sont dangereux. 
«C'est toujours impressionnant parce que c'est très rare», a avancé M. Mousette. 
Périple à Nashville
Dimanche, Philippe Moussette s'envolera vers Nashville, au Tennessee, pour observer le phénomène sur «la ligne de totalité», qui désigne les endroits sur la Terre où une éclipse totale pourra être observée. À Nashville, pendant 2 minutes 40 secondes, la Lune sera assez proche de la Terre de manière qu'elle cachera entièrement le disque solaire. «Il fera nuit en plein jour, il va seulement rester un peu de lumière!», a-t-il expliqué, alors qu'il observera seulement un anneau de lumière autour de l'étoile. 
C'est la première fois que Philippe Moussette vivra une telle expérience astronomique. «Les aurores boréales c'est toujours le fun, une éclipse de Lune aussi, mais c'est moins rare [qu'une éclipse solaire]», a-t-il illustré, partageant sa fébrilité à l'aube du phénomène qui n'a pas pu être observé à partir des États-Unis depuis plusieurs années. 
Si l'éclipse solaire de lundi est spéciale, celle du 8 avril 2024 le sera encore plus puisque c'est à cette date que la prochaine éclipse totale pourra être observée au Québec. Une date que M. Moussette, de son propre aveu, a déjà mise au calendrier. 
À noter que le club VÉGA n'est pas le seul à organiser une activité, lundi; d'autres sont aussi prévues à Val-Bélair, Lévis, St-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud et Pont-Rouge.
***
Les dernières éclipses solaires partielles observées à Québec
• 11 août 1999
• 25 décembre 2000
• 8 août 2008 
• 3 novembre 2013
***
Une histoire de dragons? Non, de Lune
Longtemps mystérieuses, les éclipses de Soleil ont d'abord été attribuées à des causes surnaturelles : pour les Chinois, un dragon dévorait notre étoile, pour le peuple Shan en Asie, c'était une grenouille géante qui l'avalait, chez les Vikings des loups la capturaient...
Confrontées à la disparition inattendue du Soleil en plein jour, les différentes cultures ont cherché à donner un sens à ce phénomène, y voyant l'intervention d'une divinité, d'un démon ou d'un génie malin.
Parfois, comme en Chine, on essayait aussi de faire lâcher prise à l'assaillant en faisant du bruit, en frappant sur des tambours ou divers objets.
Pendant longtemps, les éclipses ont été «perçues comme des mauvais présages», déclare à l'AFP Robert Massey, de la Royal Astronomical Society.
Cela a pris du temps pour découvrir que le véritable coupable était la Lune.
«Il a fallu les observations des astronomes et l'étude du mouvement du Soleil et de celui de son satellite naturel, pour comprendre que c'est la Lune qui à chaque éclipse s'interpose devant le Soleil», souligne Pascal Descamps, astronome à l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) à Paris.
Quatre cents fois plus petite que le Soleil, la modeste Lune parvient à certains moments à cacher l'astre du jour parce qu'elle est 400 fois plus proche de la Terre que lui.
Il faut pour cela qu'il y ait un alignement quasi-parfait entre le Soleil, la Lune et la Terre.
En outre, l'orbite de la Lune autour de la Terre étant légèrement inclinée par rapport à celle de la Terre autour du Soleil, ce n'est que lorsque les deux orbites se rencontrent en deux points appelés «noeuds» qu'il peut y avoir éclipse.
La Lune peut alors projeter un cône d'ombre qui se déplace d'ouest en est en raison de la rotation de la Terre.
Idées fausses
Les éclipses font l'objet d'observations depuis des millénaires. À partir de 700 avant Jésus-Christ et jusqu'à 50 av. J.-C., les Babyloniens les ont consignées sur des tablettes.
Les Chinois surveillaient attentivement ce phénomène, jugé très important pour l'empereur. Et gare à ceux qui échouaient dans leurs prédictions. En 2137 avant notre ère, deux astronomes de cour, les frères Hi et Ho, auraient eu la tête tranchée pour avoir échoué à prédire l'éclipse.
L'historien grec Hérodote raconte que Thalès de Milet a été capable de prédire une éclipse en 585 av. J.-C. L'éclipse se serait produite lors d'une bataille entre les Lydiens et les Mèdes; les belligérants auraient alors déposé les armes, y voyant une injonction des dieux à cesser le combat.
Mais les astronomes doutent que Thalès ait réellement eu les moyens de faire une telle prédiction à son époque.
C'est au IIe siècle de notre ère, avec le grec Ptolémée et son grand traité d'astronomie, que la connaissance précise des différents paramètres nécessaires pour prédire correctement une éclipse a été acquise, souligne Pascal Descamps.
«À la Renaissance, et très certainement avec l'invention du télescope (vers 1600) et les travaux de Copernic, il est difficile de croire que beaucoup de gens continuaient à considérer les éclipses totales de Soleil comme un événement particulièrement effrayant», considère Robert Massey.
Le moine polonais Copernic (1473-1543) a théorisé le fait que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil, et non l'inverse comme le pensait Aristote.
Il y a quelque 300 ans, le Britannique Edmond Halley parvient à réaliser une carte décrivant de façon presque exacte la trajectoire de l'ombre induite par l'éclipse de Soleil totale sur l'Angleterre en mai 1715.
De nos jours, les scientifiques savent prédire les éclipses avec une extrême précision (moins d'une seconde).
«De ce fait, les éclipses peuvent être perçues comme une célébration du rationalisme», relève l'Agence spatiale européenne sur son site.
Toutefois certaines croyances ont la vie dure et résistent aux explications scientifiques, pointe la NASA sur son site.
L'agence spatiale américaine dresse une liste des «idées fausses» autour des éclipses. Parmi elles, le fait que les femmes enceintes ne doivent pas regarder le spectacle parce que cela peut faire du mal au bébé ou bien que la nourriture préparée pendant une éclipse peut être empoisonnée par les radiations qui s'échappent de la couronne solaire.  Pascale Mollard-Chenebenoit (AFP)