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Oui, les asymptomatiques peuvent être contagieux

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
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DÉTECTEUR DE RUMEURS / Peut-on transmettre la COVID-19 même sans se sentir malade? Oui, rappelle le Détecteur de rumeurs.

Comme on l’a appris très tôt au début de la pandémie, une partie des gens contaminés sont «asymptomatiques» — ce qui signifie qu’ils n’ont aucun symptôme apparent. Partant de là, une idée continue, aujourd’hui encore, de circuler à travers les réseaux sociaux : les asymptomatiques ne seraient pas contagieux. Et cette affirmation devient d’autant plus un prétexte pour contester les mesures sanitaires que les asymptomatiques représentent une proportion importante des gens contaminés.

Il faut aussi se rappeler que des messages contradictoires ont circulé à ce sujet dans les premiers mois de la pandémie. Bien que dès janvier 2020, des scientifiques ont eu l’intuition que les gens sans symptômes pouvaient transmettre la maladie, les autorités ont pris du temps à intégrer ce fait dans leurs recommandations. Il en a résulté ce qui a été interprété, pas toujours à tort, comme une valse-hésitation, qui a nourri le scepticisme.

Oui, les asymptomatiques sont contagieux

Les scientifiques s’entendent bel et bien depuis un an sur le fait que les asymptomatiques peuvent être des vecteurs de transmission de la COVID-19. La variable inconnue est le pourcentage exact des transmissions causées par eux. Il semble logique que cela soit moins fréquent qu’avec les gens très malades, qui vont par exemple répandre plus facilement le virus en toussant. Mais mesurer avec précision la contribution des asymptomatiques à l’épidémie reste difficile, aujourd’hui encore. Sur leur page consacrée aux modes de transmission du virus, les Centres de contrôle des maladies des États-Unis (CDC) mentionnent que les patients asymptomatiques et présymptomatiques seraient responsables de plus de 50 % des transmissions.

Dans une revue de la littérature publiée en décembre 2020, l’Institut de santé publique du Québec concluait lui aussi que les personnes asymptomatiques peuvent bel et bien transmettre l’infection.

D’autres études plus récentes abondent dans le même sens. Une recherche publiée le 27 février dans The Lancet sur un vaste programme de dépistage au Luxembourg conclut que le risque de transmission chez les asymptomatiques existe, même s’il est plus faible. Ces résultats concordent avec ceux de 13 autres études, ajoute un commentaire dans The Lancet.

Une partie de la confusion s’explique par les nuances sémantiques, qui séparent asymptomatiques (qui ne développent jamais de symptômes) et présymptomatiques (qui tomberont malades quelques jours plus tard), ou même oligosymptomatiques (qui ont des symptômes tellement faibles qu’ils continuent à fonctionner comme si de rien n’était). Or, si cette distinction est importante pour la recherche, elle l’est moins dans la pratique, quand il s’agit de vulgariser l’importance des mesures sanitaires : peu importe la distinction, quelqu’un qui ne se sent pas malade peut transmettre le virus.

Une rumeur relancée

En décembre 2020, une étude de l’Université de la Floride publiée dans le Journal de l’Association médicale américaine a été largement partagée par les opposants aux mesures sanitaires : leur interprétation était que cette étude aurait démontré que les asymptomatiques ne transmettaient jamais la COVID.

Or, comme les auteurs de l’étude eux-mêmes ont dû le rappeler, cette méta-analyse s’intéressait à la transmission de la COVID à l’intérieur d’une maison et non pas dans la communauté. De plus, l’étude concluait qu’il existait bel et bien un risque de transmission par les asymptomatiques : c’est juste qu’il était plus mince.

Enfin, la difficulté à mesurer la contribution des asymptomatiques à la contagion vient du fait qu’on ignore quelle est la proportion exacte d’asymptomatiques, puisqu’ils ne se font pas systématiquement tester. Il s’agit pourtant d’une information cruciale : même si les asymptomatiques transmettent « moins » la maladie, plus ils sont nombreux, plus leur impact est important. On estime que 30 à 50 % des cas de COVID-19 seraient asymptomatiques.

Verdict

Il ne fait pas de doute qu’un grand nombre d’asymptomatiques peuvent transmettre le virus. Il reste à savoir combien le peuvent, si l’on veut pouvoir mesurer avec précision leur contribution à l’épidémie.