Obésité aux États-Unis : toujours plus haut !

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Je suis de nature assez positive et je pense que parfois, ça peut me jouer des tours. Il y a environ 10 ans, alors que l’obésité aux États-Unis atteignait un nouveau cap en touchant une personne sur trois, je me suis dit que ça ne pouvait plus vraiment augmenter, qu’un plateau serait atteint. En plus, certaines informations tirées de la littérature scientifique qui suggéraient une stabilisation des taux d’obésité me donnaient raison. À ceux qui voulaient l’entendre, je disais: «Vous verrez, dans 20 ans, ça ne sera pas la catastrophe annoncée.» Eh bien, il semblerait que je me suis trompée!

J’ai eu un choc cet été en constatant que la prévalence d’obésité au pays de Donald Trump avait atteint de nouveaux records. Selon une étude récemment publiée dans le Journal of the American Medical Association, maintenant 39% des adultes seraient obèses aux États-Unis. On semble malheureusement être reparti vers de nouveaux sommets avec ce taux ! Ce qui est d’autant plus préoccupant, c’est que dans certains sous-groupes de la population, les valeurs de prévalence donnent le vertige.

L’épidémiologiste Craig M. Hales et ses collègues ont utilisé les données d’une enquête nationale réalisée aux États-Unis dans la période allant de 2013 à 2016 pour examiner la prévalence d’obésité chez les adultes de plus de 20 ans. Les chercheurs ont porté une attention particulière à certaines variables pouvant être associées au taux d’obésité telles que l’âge, le sexe et la race. Ils souhaitaient également vérifier si la prévalence d’obésité était associée au degré d’urbanisation.

Des prévalences variables selon les sous-échantillons de la population
Les résultats obtenus à partir des données recueillies auprès de 10 792 adultes révèlent que le taux d’obésité est plus élevé chez les femmes (41%) que chez les hommes (37%). Pour les deux sexes, on précise que les adultes obèses se retrouvent en majorité dans la tranche des 40 à 59 ans alors que la proportion la plus faible se situe entre 20 à 39 ans.

Plus spécifiquement, quand on examine la population masculine, on constate que les personnes d’origine hispanique présentent le taux d’obésité le plus élevé (41%) alors que, du côté féminin, ce sont les femmes noires, avec une prévalence de 56%. Autant chez les messieurs que chez les dames, ce sont les individus d’origine asiatique qui se démarquent par des taux d’obésité nettement plus faibles que le reste de la population (12% chez les hommes et 14% chez les femmes).

Mieux dans les grandes villes ?

Une des particularités de cette étude, et qui contribue à son originalité, a trait aux résultats qui comparent la prévalence de l’obésité selon l’endroit où les gens résident. Pour les besoins de l’analyse, les zones d’habitation des répondants ont été classées en trois catégories: les grandes régions métropolitaines (au moins 1 million d’habitants); les petites et moyennes régions métropolitaines (moins de 1 million d’habitants) et les régions à prédominance rurale.

Quand on examine les résultats, on note que la prévalence d’obésité la plus «faible» correspond aux grandes régions métropolitaines (32% chez les hommes et 38% chez les femmes). Ensuite, on remarque que les hommes associés à la catégorie «petites et moyennes régions métropolitaines» présentent plus d’obésité avec un taux de 42%. Quant aux femmes, celles des régions à prédominance rurale sont les plus touchées (47%). Pour ce qui est de l’obésité sévère (IMC d’au moins 40 kg/m2), la prévalence est plus élevée dans les régions rurales que dans les grandes régions métropolitaines, autant chez les hommes (10% vs 4%) que chez les femmes (14% vs 8%).

Comme expliquer ces résultats ?

Je constate à quel point c’est tentant de faire porter le blâme aux personnes obèses pour leur état. C’est facile de dire qu’elles sont paresseuses et manquent de volonté. Ce sont des préjugés coriaces qui m’irritent souvent les oreilles.

Des études comme celle dont je vous parle aujourd’hui nous amènent à faire le constat qu’il existe des facteurs environnementaux puissants qui jouent un rôle dans le développement de l’obésité. Et vous serez d’accord avec moi, même avec toute la volonté et l’ardeur du monde, nous avons bien peu de prise sur notre environnement.

Dans cette étude, les auteurs en arrivent à la conclusion que des facteurs de notre milieu de vie peuvent influencer nos habitudes et notre état de santé. Le fait que les régions rurales et que les plus petites villes comptent plus de personnes obèses pourrait s’expliquer, par exemple, par une moins bonne accessibilité à la nourriture saine, par des barrières à la pratique du transport actif et par un moins bon accès aux soins de santé.

Cela dit, au-delà des différences observées entre les milieux de vie, on doit retenir qu’il y a une augmentation généralisée et statistiquement significative de la prévalence de l’obésité aux États-Unis sur la période allant de 2007 à 2016. On serait donc loin d’avoir trouvé des solutions efficaces pour contrer cette importante problématique de santé publique.

À quelques jours de la rentrée, je dois ajuster mon discours en conséquence et changer les chiffres que je présenterai à mes étudiants. Je ne pourrai plus leur dire que le taux d’obésité semble avoir plafonné aux États-Unis! Sans tomber dans les discours alarmistes qui, selon moi, ne donnent pas grand-chose, je serai quand même tentée de leur parler des études qui prédisent qu’en 2030, 51% des adultes seront obèses chez nos voisins du sud alors que cette prévalence devrait s’élever à 33% au Canada. Surtout, je promets de ne pas prendre à la légère ces prédictions inquiétantes. J’ai bien appris ma leçon!

Simone Lemieux est nutritionniste et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval. Ses recherches portent notamment sur l'obésité et les comportements alimentaires.

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