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Nos téléphones ne nous écoutent pas, mais...

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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BLOGUE / J'ai reçu une réaction très, très intéressante au sujet de ma chronique «Vérification faite» de samedi, où je disais en substance que contrairement à une croyance assez répandue, rien n'indique nos cellulaires écoutent nos conversations pour ensuite nous envoyer des annonces ultra-ciblées.

C'est Richard Khoury, chercheur en informatique à l'Université Laval, qui m'a envoyé ça. (Ma chronique est disponible ici, pour ceux qui voudraient la lire.) Je la reproduis ici à peu près intégralement parce que je crois que cela ajoute une nuance pertinente à mon texte :

«Je suis en accord avec M. Ravanelli [que je cite, ndlr] et avec votre article, mais j’ai un point complémentaire qui pourrait enrichir votre article (ou non, c’est libre à vous de l’inclure ou non).

Quoiqu’il est vrai que nos téléphones intelligents ne nous écoutent pas en permanence pour des fins publicitaires, il y a une nuance à faire : ça ne veut pas dire que nos téléphones intelligents et nos maisons intelligences ne nous écoutent pas en permanence du tout. Au contraire, pour qu’un appareil réagisse automatiquement lorsqu’un utilisateur lui donne une commande vocale, il doit nécessairement écouter en permanence afin d’attraper chaque fois qu’on dit « ok Google » ou « Alexa » ou « hey Siri ». Les utilisateurs de ces technologies ne réalisent souvent pas l’existence de cette composante du système, et je crois qu’elle serait importante à rappeler dans le cadre de votre article.

La suite de la discussion est, que fait l’appareil avec ce qu’il entend? Généralement, rien. Comme le soulignait M. Ravanelli, de tenter de stocker et d’analyser l’ensemble des conversations captées par les appareils intelligents serait une tâche pharaonique. Mais il y a un cas d’exception : lorsque l’appareil croit avoir entendu sa phrase-clé mais ne capte pas une commande à exécuter par la suite. Il peut s’agir de cas où l’utilisateur a réellement dit la phrase mais a donné une commande inconnue ou incompréhensible ou a tout simplement laissé tomber, ou de cas où l’appareil a entendu de travers une phrase ressemblant à sa phrase-clé d’activation. Ces faux-positifs sont acheminés à des centres de traitement de la compagnie, où ils sont analysés pour améliorer la précision de la détection de phrase-clé du système, et une portion d’entre eux sont écoutés par des employés de la compagnie pour documenter les cas problèmes.

Or, ces enregistrements, faits et transmis à notre insu, contiennent des segments de nos vies, incluant des conversations privées, des informations personnelles, et même des cas de violence conjugale. Légalement parlant, ces enregistrements sont considérés comme des données ordinaires collectées par la compagnie et n’ont pas un statut légal particulier qu’ils mériteraient étant donné leur nature particulièrement sensible. Par exemple, plusieurs professions (comme les policiers et les travailleurs sociaux) ont une obligation légale de dénoncer tout cas de violence conjugale qu’ils soupçonnent, mais cette obligation n’existe pas pour un informaticien étudiant un enregistrement d’erreur d’un appareil intelligent.»