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Non, les vaccinés ne peuvent pas «expulser» le vaccin

Pascal Lapointe
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
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DÉTECTEUR DE RUMEURS / À Miami, en Floride, une école refuse les profs qui ont été vaccinés. À Kelowna, en Colombie-Britannique, un magasin et un gym refusent les clients qui ont été vaccinés. La raison? Une croyance qui défie les lois de la biologie, constate le Détecteur de rumeurs.

En gros, des messages partagés sur les médias sociaux depuis le mois de mars prétendent que les gens qui ont été vaccinés contre la COVID présenteraient un risque pour la santé des autres, parce qu’ils pourraient «expulser» le vaccin. Certains des auteurs de ces messages disent avoir entendu parler de gens qui, après avoir été en contact avec des gens vaccinés, ont été malades ou ont vu leur cycle menstruel perturbé, mais aucun témoignage probant n’a pu être obtenu.

Les messages sont rarement clairs sur ce qui serait soi-disant «expulsé» (le mot savant est probablement «excrété»). Certains évoquent la protéine spicule (en anglais, spike protein ou protéine S). Il s’agit manifestement d’une allusion à la protéine qui permet au coronavirus de se fixer à la paroi de nos cellules et de s’y introduire.

Le concept «d’excrétion virale» existe bel et bien en biologie : il réfère, comme son nom l’indique, à un virus qui quitte un individu et risque dès lors d’en contaminer d’autres. Mais cela ne peut pas s’appliquer à un vaccin puisque le principe de base d’un vaccin, depuis des décennies, est qu’il contient généralement un virus inactivé, ce qui signifie qu’il ne peut pas faire de dommages.

Et même l’idée que ce vaccin, ou quelque chose qu’il contient, puisse être expulsé après avoir été injecté, contrevient au fonctionnement de notre système immunitaire : celui-ci fabrique les défenses nécessaires (comme les anticorps) pour combattre cet intrus, conserve en mémoire ces défenses en prévision d’une future infection, et se débarrasse de l’intrus.

Les nouveaux vaccins à ARN ont cette particularité d’apporter non pas des fragments du virus, mais plutôt la « recette » ou les « instructions » nécessaires pour que nos cellules puissent elles-mêmes fabriquer la protéine S. Le système immunitaire apprend ainsi à reconnaître cette protéine et s’en débarrasse en 24 à 48 heures. Elle n’est donc pas expulsée du corps et, même si elle pouvait l’être, une protéine toute seule ne peut rien faire : ce n’est pas un être vivant qui peut se reproduire, au contraire d’un virus ou d’une bactérie. De surcroît, les protéines sont des molécules instables, rapidement détruites.

On peut ajouter que, d’un point de vue biologique — ou logique — s’il devait s’avérer que le virus présente vraiment un risque pour le cycle menstruel (ce qui a été examiné), ce risque serait beaucoup plus élevé lorsqu’on côtoie des gens porteurs du virus.