Non, le cellulaire ne cause pas le cancer

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Un rapport du Programme américain de toxicologie (NTP) publié la semaine dernière a trouvé que des rats soumis à un bombardement intense d’ondes radio (comme celles utilisés par les cellulaires) avaient développé des tumeurs au cœur, aux glandes surrénales et au cerveau. Voici qu’un professeur de statistiques appliquées avait à en dire.

«C’est une bonne chose que le NTP ait travaillé sur cette question. Mais ces résultats ne sont pas une raison de s’en faire, à mon avis. Il y a eu beaucoup d’autres études qui n’ont trouvé aucun risque pour l’être humain, et certaines qui ont trouvé des très minces éléments de preuve suggérant un faible risque associé à un usage très lourd du téléphone. Je ne crois pas que le rapport du NTP nous amène au-delà de ça, et c’est parce que, de manière générale, l’étude n’était pas conçue pour enquêter sur ces risques. Elle regardait autre chose.

«Il s’agissait d’expériences dans lesquelles des animaux (des rats et des souris) étaient exposés à des radio-fréquences 9 heures par jour, à chaque jour de leur vie. Cela commençait avant même la naissance pour les rats et à un très jeune âge pour les souris. C’est largement supérieur à l’usage que la plupart des gens font de leur téléphone. Je ne suis pas physicien, mais je comprends du rapport que les niveaux de radiation les plus faibles qui ont été testés étaient égaux aux limites maximales de sécurité imposées aux manufacturiers — et les niveaux de radiation mentionnés sur mon cellulaire, par exemple, sont bien en-dessous de ces limites. Les plus fortes doses testées sur ces animaux équivalaient à quatre fois cette limite.

«De plus, les rongeurs étaient exposés à des ondes radio sur tout leur corps, ce qui est assez différent de l’exposition d’un humain qui parle au téléphone, qui se concentre sur les parties du corps les plus proches du cellulaire. Il n’est pas évident du tout que ces fortes doses sur des rats et des souris nous renseigne de quelque manière que ce soit sur les niveaux normaux d’exposition chez les utilisateurs de mobiles.

«Ce que ces expériences nous disent, c’est que dans ces circonstances particulières, qui ne correspondent pas à l’usage du téléphone chez l’humain, et chez ces animaux en particulier qui ne sont pas des humains, il y a des signes clairs que les ondes radio viennent avec un risque accru de pour une sorte particulière de tumeur du cœur, mais seulement chez les rats mâles. Les preuves pour les risques de cancer dans les autres parties du corps, ou chez les rats-femelles, ou chez les souris, sont considérablement plus faibles, sinon inexistantes.

«Est-ce que cela nous dit quelque chose d’utile ? Eh bien, cela établit que dans certaines conditions, des radiations comme celles des téléphones cellulaires, mais en beaucoup plus fort et avec une exposition beaucoup plus longue, peuvent représenter un risque accru de certains types de cancer chez certains rats. C’est bon à savoir, mais c’est un peu comme si on faisait des expériences où des rats se feraient rouler dessus par de grosses roches. Cela montrerait, à n’en pas douter, que les grosses roches qui roulent ont le potentiel de blesser les rats, mais cela ne nous renseignerait pas tellement sur les risques que les rochers posent pour les humains. Documenter ce genre de risque requiert un type de recherche complètement différent.

«Alors nous avons ici une étude qui a trouvé des signes, dont certains sont très minces, de l’effet que les radiations de téléphone mobile peuvent avoir sur les tumeurs chez le rat. Ce qui ne nous dit pratiquement rien sur les risques que les vrais cellulaires ont chez les vrais humains. Je ne vais pas arrêter de me servir de mon téléphone à cause de ça.»

Ce texte est d’abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.