Non, il n'y a pas de cellules souches dans le cœur

L’espoir que le cœur puisse contenir des cellules souches capables d’aider à sa régénération s’est évanoui dans la disgrâce : après plus de trois ans d’enquêtes, deux institutions, dont l’Université Harvard, ont demandé que pas moins de 31 articles comportant la signature d’un prestigieux directeur de laboratoire soient retirés des revues qui les avaient publiées.

Si vous googlez cellules souches cardiaques et Piero Anversa, il y a de bonnes chances pour que vous tombiez sur des reportages qui, parus dans divers médias en 2011, faisaient état d’une « découverte » qui s’avère finalement ne pas en être une : des « cellules souches prometteuses » représentant une « ressource insoupçonnée » à l’intérieur de notre cœur. Or, la promesse ne tient plus. Les 31 articles contenaient des « données falsifiées et/ou fabriquées », lit-on dans le communiqué émis conjointement par l’École de médecine de l’Université Harvard et l’Hôpital des femmes Brigham de Boston.

Déjà l’an dernier, l’hôpital avait accepté de payer 10 millions de dollars au gouvernement américain, afin de régler une poursuite relative à l’utilisation frauduleuse de fonds de recherche fédéraux par le Dr Anversa et deux de ses collègues. En 2014, Anversa et l’une des collègues en question, la Dre Annarosa Leri, avaient tenté de poursuivre les deux institutions pour avoir alerté les revues médicales de problèmes possibles dans leurs articles. Le laboratoire dirigé par Anversa a été fermé en 2015.

Le coup est d’autant plus dur pour le domaine des cellules souches que Piero Anversa «a pratiquement inventé le champ de la thérapie des cellules souches cardiaques», rapportait l’an dernier MedPage Today. Il avait été le premier, au début des années 2000, à publier sur la possibilité que ces cellules soient capables de régénération. Mais depuis, personne n’a été capable de confirmer cet espoir, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

«Il n’y a pas de cellules souches dans le cœur», tranche dans le magazine StatNews Jeffery Molkentin, de l’Hôpital pour enfants de Cincinnati, qui avait écrit dans Nature une étude critiquant sévèrement les travaux d’Anversa, en 2014. «Arrêtez d’essayer de publier ces résultats.»