Les produits de beauté derrière la puberté hâtive?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / (NDLR : Cette semaine, la revue médicale «Human Reproduction» a publié une étude qui constatait un lien entre les phtalates, les parabènes et les phénols qui se trouvent dans les produits de soins personnels et l’âge des jeunes filles à la puberté. Comme ces produits sont des perturbateurs endocriniens (au moins soupçonnés) et que les jeunes filles sont pubères de plus en plus tôt, l’étude a connu un certain écho médiatique. Voici ce qu’en pense Dr Ali Abbara, endocrinologue au Collège impérial de Londres.)

«Le communiqué de presse me semble juste et équilibré. Nous avons ici une recherche de bonne qualité, ce qui était difficile à faire compte tenu de la longue durée du suivi. Les auteurs soulignent avec raison qu’une étude observationnelle (qui ne permet pas de contrôler autant de variable qu’un essai clinique en bonne et due forme, et donc considérée moins robuste, ndlr) comme la leur peut être biaisée par des facteurs confondants dont ils n’ont pas tenu compte, comme l’exposition aux pesticides —  mais il serait extrêmement difficile, voire impossible, de mener une telle étude. En outre, ils n’ont mesuré l’exposition qu’à deux moments, ce qui est compréhensible mais ne permet pas d’écarter que l’exposition à d’autres moments, ou d’autres facteurs plus généralement, puisse avoir joué un rôle.

Il y a d’importantes limitations qui sont mentionnées dans le communiqué, comme le fait que les jeunes filles qui ont une puberté hâtive sont plus susceptibles de se servir de produits de de soin personnels, comme des déodorants, et seraient ainsi exposées à davantage de ces produits chimiques. Cela peut avoir affecté les résultats, mais c’est inévitable dans une étude observationnelle comme celle-là.

Une partie des risques associés à une puberté hâtive peuvent avoir été légèrement exagérés, en ce sens que les comportements impulsifs (risk taking) qui semblent plus communs chez les adolescents qui ont eu une puberté hâtive peuvent simplement avoir été devancés. Ces comportements ne sont pas nécessairement évités chez ceux qui deviennent pubères plus tard.

La puberté est survenue de plus en plus tôt au fil des ans, et d’autres facteurs comme l’ethnicité sont des facteurs connus importants. L’autre hypothèse principale pour expliquer ce phénomène est une prévalence accrue du surpoids et de l’obésité chez les enfants.

Il est difficile de donner des conseils de santé spécifiques sur la base de ces résultats, et les auteurs se montrent mesurés, comme il se doit. Limiter de manière générale les expositions non-nécessaires à des produits chimiques est une manière sensée d’éviter les effets néfastes, mais cela peut s’avérer difficile en pratique parce que nous n’avons pas d’évidence scientifique qui montrent l’efficacité de cette façon de faire pour le moment. Ainsi, bien qu’il soit raisonnable d’éviter des expositions excessives, il est trop tôt pour suggérer d’éviter activement ces produits-là.

Ce qui est certain, c’est que ce type de recherche est important du point de vue de la santé publique, afin de faire la lumière sur les quantités et concentrations de ces produits chimiques qui sont sécuritaires dans les produits cosmétiques.

Ce texte est d’abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.