La journée d’activités «Les filles et les sciences, un duo électrisant!», qui avait lieu samedi à l’Université Laval, vise à faire connaître et démystifier les professions scientifiques pour les filles de deuxième et troisième secondaire.

Les filles, toujours moins nombreuses en sciences

Même si elles ont dépassé largement leurs collègues masculins dans les facultés de médecine et que davantage de médecins pratiquants sont de sexe féminin que de sexe masculin au Québec, les femmes sont encore largement moins nombreuses que les hommes dans l’ensemble des professions scientifiques. Avec une journée d’activités comme «Les filles et les sciences, un duo électrisant!» qui avait lieu samedi à l’Université Laval, le Réseau d’informations scientifiques du Québec (RISQ) espère renverser cette tendance.

Le nombre de jeunes filles à opter pour des professions scientifiques augmente tout de même, mais pas suffisamment rapidement selon Marianne Désautels-Marissal, porte-parole de l’événement. «En génie, de 2007 à 2017, le pourcentage de filles est passé de 17 % à 21 % alors qu’en informatique, il est passé de 18 % à 23 %», explique-t-elle. La situation n’est pas unique au Québec puisqu’à la grandeur du Canada, on ne compte qu’environ 20 % de jeunes femmes qui s’inscrivent dans des programmes de science, de technologie, d’ingénierie et des mathématiques.

Dans les années 60, les femmes formaient pourtant 40 % des cohortes d’étudiants en informatique. «La tendance s’est inversée dans les années 80 avec la sortie des premiers ordinateurs personnels, dont le branding était fait pour les hommes. Une autre culture s’est installée et les femmes ont commencé à quitter le domaine», poursuit Mme Désautels-Marissal.

«Pour vous donner une idée, dans des pays comme la Tunisie, l’Iran et l’Inde, le nombre de femmes dans ces professions atteint de 38 % à 40 %», indique-t-elle. «Et les études nous démontrent que ce n’est pas parce que les femmes ont moins d’aptitudes pour ces carrières qu’elles les choisissent moins.»

Médecine

D’un autre côté, les femmes forment maintenant 65 % des étudiants des facultés de médecine et ont récemment surpassé les hommes pour ce qui est de l’effectif médical du Québec. Un bond prodigieux en peu de temps. «Il faut cependant noter que lorsqu’on dépasse le doctorat, par exemple pour les postes titulaires en enseignement, les hommes sont encore majoritaires», indique Mme Désautels-Marissal.


« L’une des raisons qui font que peu de jeunes filles choisissent les sciences, c’est qu’elles ont très peu de modèles féminins dans ce domaine »
Marianne Désautels-Marissal, porte-parole de l’événement

«L’une des raisons qui font que peu de jeunes filles choisissent les sciences, c’est qu’elles ont très peu de modèles féminins dans ce domaine. Il y a aussi un biais inconscient dans les institutions puisqu’une étude a démontré qu’à curriculum vitae égal, pour un poste de chef de laboratoire, les gens jugent les femmes moins compétentes et leur offrent de moins bons salaires. On a moins tendance à voir les femmes comme des leaders en science et certains chercheurs ont encore tendance à voir les femmes qui ont une famille comme moins professionnelles», déplore Marianne Désautels-Marissal.

Le biais défavorable aux femmes se ferait aussi sentir jusqu’au niveau des demandes de subvention. En effet, selon l’Institut de recherche en santé du Canada, qui a analysé 24 000 demandes de subvention en cinq ans, 15 % des demandes présentées par des hommes ont été acceptées contre seulement 9 % pour celles déposées par des femmes.

Démystifier

Avec «Les filles et les sciences, un duo électrisant!», qui aura lieu aussi le 16 mars à l’Université de Sherbrooke et à l’École de technologie supérieure de Montréal, le RISQ souhaite donc faire connaître et démystifier les professions scientifiques pour les filles de deuxième et troisième secondaire. «On veut leur montrer que ce sont des carrières qui ont un impact dans la société, que ce ne sont pas des carrières froides et "plates" où on se retrouve seul dans un laboratoire», illustre la porte-parole.

Une quinzaine d’ateliers étaient offerts avec une trentaine de femmes scientifiques présentes sur place, sans oublier les kiosques des entreprises, pour les 175 participantes de Québec et l’Est. «L’informatique et le génie, par exemple, sont des domaines en pleine expansion et s’ils se développent presque uniquement avec des hommes, il pourrait éventuellement y avoir un biais défavorable aux femmes. Par exemple, les premières ceintures de sécurité étaient mal adaptées à la physiologie féminine, car on ne comptait pas de femmes parmi les personnes qui les avaient conçues», explique Mme Désautels-Marissal. 

Le fait de se retrouver entre filles aurait également un effet stimulant. «Quand il n’y a que des filles autour d’une table, la première à se lancer sera nécessairement une fille. On a remarqué que quand il y a des garçons, ceux-ci sont souvent plus à l’aise de se lancer en premier et les filles prennent alors du recul.» Et la formule donnerait de bons résultats. «Il suffit de voir les yeux des participantes! De plus, après l’événement, 75 % disent avoir amélioré leur connaissance des sciences et 70 % disent avoir plus d’intérêt pour une carrière scientifique», conclut la porte-parole du RISQ.