Les États confrontés au sombre rapport du GIEC

PARIS — Jamais rapport du GIEC n'aura été «si exposé politiquement», note un de ses auteurs. Les gouvernements du monde sont appelés à approuver la semaine prochaine la dernière synthèse scientifique sur l'état du climat, qui devrait durcir le diagnostic.

S'emparant des milliers d'études parues ces dernières années, le groupe des experts du climat de l'ONU (GIEC) y détaille les impacts attendus d'un réchauffement à +1,5°C. Et analyse les moyens qui permettraient de rester sous ce seuil critique mais très ambitieux — sachant que le monde en est déjà à +1°C.

Avec l'accord de Paris adopté fin 2015, la communauté internationale s'est engagée à agir pour garder la température moyenne de Terre sous la limite de +2°C par rapport au niveau d'avant la Révolution industrielle, et si possible 1,5°C: une mention qui a un impact politique fort, notamment pour les États les plus vulnérables. Mais les implications d'un tel objectif restaient imprécises, la science peu développée sur ce point.

Fin 2015, le GIEC a donc aussi été chargé de produire un rapport spécial. Et ce avec une échéance précise : avant la fin 2018, date à laquelle les pays sont invités à revoir à la hausse leurs ambitions de réduction des gaz à effet de serre, dans le cadre des négociations climat de l'ONU.
Car si les États s'en tiennent à leurs engagements actuels, le réchauffement ira largement au-delà de +3°C, promesse d'impacts dévastateurs.

«Il n'y a jamais eu un rapport du GIEC qui soit autant exposé politiquement, souligne Henri Waisman, l'un des 86 auteurs. Il y a un enjeu politique derrière (...), il a été construit pour ça»", souligne ce chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), qui sera avec ses co-auteurs à Incheon (Corée du sud) la semaine prochaine, où il s'attend donc à des «discussions» avec les représentants des gouvernements.

«Réalité en face»

Intensité des cyclones, des sécheresses, ressource en eau... le texte, dont des versions préliminaires ont filtré, montre qu'entre +1,5° et +2° la différence est grande. Il «clarifie le fait que, quand on parle de 1,5°C, ce n'est pas juste pour protéger de petites îles ou des pays lointains, dit Henri Waisman. Les événements climatiques qu'on commence à voir poindre dans nos pays industrialisés montrent que cela nous concerne tous.»

Le rapport du GIEC montre aussi que le monde n'agit pas assez vite : au rythme actuel des émissions, +1,5° sera atteint d'ici aux années 2040. Le rapport analyse les politiques possibles, via l'accélération «d'actions rapides, profondes, multi-sectorielles».

En Corée, les délégations des quelque 195 États étudieront ligne par ligne le résumé du rapport, dit «résumé à l'intention des décideurs». Un texte d'une quinzaine de pages qu'il leur sera demandé d'approuver en fin de session, prévue le 5 octobre - voire le 6 en cas de prolongation comme cela a souvent été le cas.

Car ces sessions d'approbation, à huis clos, ont souvent donné lieu à des débats dans le passé (sur la place de certains pays, les secteurs incriminés...). Celle-ci y échappera-t-elle ? «Ça va être une session dure, prévoit Kaisa Kosonen, responsable du sujet pour Greenpeace, qui a le statut d'observateur. Les dirigeants vont devoir regarder la réalité en face, car tout n'a pas encore pénétré clairement le monde des Nations unies, comme par exemple la rapidité avec laquelle il faudra se débarrasser des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).»

«Pour beaucoup de pays, cela fait partie des vérités qui dérangent», dit-elle.

L'attitude des États-Unis, notamment, sera une inconnue de cette réunion, où ils seront représentés par une délégation de diplomates et scientifiques familiers du dossier.