Facebook enregistrait en 2008 des revenus de 265 millions $, et aucun profit.

Le phénomène Facebook: réseau colossal pour revenus maigrichons

Le réseau Facebook n'en finit pas de grossir, à raison de quelque 700 000 nouveaux adhérants par jour. Avec plus de 175 millions d'«amis» à travers le globe, l'entreprise est assise sur une mine d'or, mais elle est incapable de l'exploiter.
Facebook représente à peu près 15 % de la circulation sur Internet et se classe cinquième parmi les sites les plus fréquentés dans le monde. Des statistiques imposantes, mais quand il s'agit de ses revenus, Facebook a l'air d'une souris à côté de l'éléphant Google. Les revenus de Google pour 2008 : presque 22 milliards $ avec 4,3 milliards $ de profits. Facebook? Quelque 265 millions $, et sans profits. Pourtant, la fréquentation de Facebook équivaut à peu près à la moitié de celle de Google.
Réseau considérable
«La force de Facebook, c'est le nombre, 175 millions de personnes, c'est beaucoup de monde», commente Mario Asselin, ancien directeur d'école et aujourd'hui directeur général d'Opossum, une firme qui applique les technologies de l'information au monde de l'éducation.
Il est lui-même un grand utilisateur, avec un réseau de 300 à 400 amis éparpillés en Europe, aux États-Unis et dans l'ouest du Canada. Selon lui, Facebook est un outil unique, meilleur que le téléphone ou le courriel pour entretenir le contact et alimenter le dialogue avec son réseau.
«C'est comme si tu étais autour d'une machine à café avec des centaines de personnes. Récemment, j'ai reçu une demande pour aider un prof de niveau secondaire sur la Côte-Nord, pour un problème d'évaluation en maths. En quelques heures, j'avais trouvé trois solutions pour lui. C'est un cas classique, il n'y a rien pour battre Facebook dans les appels à tous.»
Les Britanniques en ont eu un exemple au début du mois. La compagnie T-Mobile avait diffusé une publicité où des danseurs se mêlaient aux centaines de voyageurs de la station ferroviaire Liverpool Street. Un jeune londonnien a trouvé l'idée géniale et a lancé une invitation à ses amis sur Facebook à se rendre à la station ce soir-là pour une petite session de danse.
Des milliers d'entre eux, les amis des amis de leurs amis, etc. ont littéralement inondé la station à 19h piles pour 15 minutes de danse aux sons de leurs lecteurs MP3.
Ça donne une petite idée de la puissance de Facebook, mais évidemment ça ne rapporte pas un sou à l'entreprise.
Stéphane Guérin, cofondateur de la compagnie Percute, qui offre des services d'analyse pour le commerce électronique, cite le cas d'une campagne menée par Burger King dans le réseau Facebook.
«Ils partaient du principe que dans les amis Facebook il y a beaucoup de monde qu'on ne connaît même pas. Ils ont créé une application qui donnait un coupon à tout usager qui supprimait 10 de ses amis. Le coupon donnait droit un hamburger gratuit. Ça s'est répandu comme une traînée de poudre aux États-Unis, au point où Facebook a enlevé l'application, parce que le but de Facebook, c'est de créer des amis, pas de les enlever.»
Burger King n'a eu qu'à investir quelques milliers de dollars pour créer l'application, conclut-il, et ça lui a donné une campagne de publicité qui a fait le tour du globe, sans payer un sou à Facebook, encore là.
Le réseau présente pourtant un très bon potentiel pour joindre des masses ou cibler des clientèles précises, grâce à ses
immen­ses bases de données, mais Facebook ne sem­ble pas avoir trou­vé la bonne recette encore.
«Ce qui me frappe, conclut M. Guérin, c'est qu'ils ne font pas d'argent. Leurs revenus sont médiocres. Ça grossit, mais où est-ce qu'ils s'en vont avec ça? Je n'en ai aucune idée, et une entreprise qui ne fait pas d'argent, ça ne vit pas vieux...»
C'est la même conclusion pour Mario Asselin : «Présentement, je ne vois pas de modèle d'affaires rentable pour Facebook. Ça m'incite à être prudent avant de développer des choses en lien avec le réseau, parce qu'il est vulnérable, et ça pourrait tomber. »