Le monde ultraviolet des colibris

Agence Science-Presse
Les minuscules oiseaux-mouches au vol stationnaire, ceux qui viennent boire le nectar des fleurs en battant des ailes si vite qu’elles sont à peine perceptibles, ont un autre secret. Ils peuvent distinguer un monde qui nous est invisible.

Une récente étude montre en effet que ces colibris utilisent leur capacité à voir dans l’ultraviolet pour se nourrir, rapporte le New York Times. Une capacité qui sert aussi à leur reproduction.

Du point de vue de l’oiseau, de nombreuses plantes et même des plumes portent en effet de riche coloris invisibles pour l’œil humain. Ils vivent dans un monde plus coloré que le nôtre, ont constaté les chercheurs du Rocky Mountain Biological Laboratory qui ont testé 19 paires de couleurs. Leur étude est parue dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

La perception de la couleur, chez eux comme chez nous, repose sur des photorécepteurs (ou cônes) qui, dans la rétine de l’œil, sont dédiés à la détection des couleurs — chacun répondant à différentes longueurs d’onde de la lumière. Par exemple, lorsque la lumière se reflète sur une pomme, une feuille ou un champ de jonquilles, cela envoie des signaux qui, dans le cerveau, génèrent la perception du rouge, du vert ou du jaune.

Les humains disposent de trois sortes de cellules photoréceptrices. La plupart des oiseaux en ont quatre, dont une qui est sensible à la lumière ultraviolette : on dit qu’ils sont tétrachromates, comme la plupart des reptiles, des amphibiens et comme certains poissons.

Les chercheurs savent depuis longtemps que les couleurs UV sont répandues dans le monde animal. Mais le colibri, et plus largement les oiseaux, ne sont pas parmi les plus généreusement dotés de ce type de cellules : la crevette-mante, ou squille de la Grande barrière de corail, en Australie, aurait 12 cônes ; ce qui, étonnamment, ne lui confère pas une vision plus subtile des couleurs.

Les auteurs de la nouvelle recherche, dirigée par la biologiste Mary Caswell Stoddard, de l’Université Princeton, ont passé trois étés dans une prairie de montagne, au Colorado, à observer des centaines de colibris et tenter de déterminer comment ces oiseaux utilisent des couleurs UV dans leur vie quotidienne. Les chercheurs ont notamment planté dans la nature une petite structure avec deux trépieds, chacun surmonté d’une soucoupe remplie de liquide et d’une lumière DEL colorée.

Ces lumières semblaient identiques à l’œil humain, mais l’une des deux était constituée, en plus des lumières « visibles », d’une lumière UV.

Les chercheurs ont capté près de 6000 visites de colibris venus goûter le nectar. En changeant les positions des trépieds, il est rapidement devenu évident que les colibris faisaient bel et bien la différence.

En même temps, des expériences avec des milliers d’échantillons de plumes et de plantes révèlent que les paires de couleurs ne sont pas toutes aussi faciles à distinguer pour tous les oiseaux. Les chercheurs soupçonnent un lien avec les couleurs qui sont davantage présentes dans leur environnement. La semaine, par exemple, d’éclosion des fleurs de Gilia écarlate, les colibris qui distinguent plus particulièrement les couleurs rouges pourraient mieux profiter de leur nectar.