Une étudiante de l'Université de Mont-réal croit avoir trouvé pourquoi quelques rares chauves-souris résistent au champignon européen P. destructans, arrivé en Amérique du Nord en 2006 et qui tue entre 90 et 100 % des individus des colonies où il s'installe.

Le congrès de l'ACFAS, lieu d'étonnantes découvertes

Toute la semaine, des milliers de scientifiques ont convergé vers l'Université McGill, où s'est tenu le 85e congrès annuel de l'ACFAS, l'Association francophone pour le savoir. Chaque jour, Le Soleil vous a résumé les travaux d'un de ces chercheurs, mais comme il y a beaucoup plus qu'une découverte intéressante présentée à cet événement, nous vous en proposons quelques-unes de plus, colligées ici et là pendant la semaine.
Bactéries au secours des chauves-souris
Depuis quelques années, dormir tout l'hiver n'est pas de tout repos pour les chauves-souris du Québec. Un champignon européen nommé P. destructans, arrivé en Amérique du Nord en 2006, tue entre 90 et 100 % des individus des colonies où il s'installe. Et une étudiante de l'Université de Mont-réal croit avoir trouvé pourquoi quelques rares chauves-souris s'en sortent...
C'est en hiver que le champignon fait ses ravages. Lorsque les chauves-souris hibernent, leur système immunitaire entre en dormance et P. destructans en profite pour se répandre sur leur peau - donnant une couleur blanche, d'où le nom de syndrome du museau blanc - et pour pénétrer dans leurs tissus. Cela ne tue pas directement l'animal, mais ça l'amène à s'éveiller beaucoup plus souvent qu'à la normale, le forçant à brûler toutes ses réserves avant que les beaux jours ne reviennent.
«Mais il y a quand même des petites populations qui persistent [même si on ignore pourquoi...]. Et récemment, on a découvert des bactéries qui étaient capables d'inhiber le champignon», dit Virginie Lemieux-Labonté, qui fait une maîtrise en biologie sous la direction du chercheur de l'UdeM François-Joseph Lapointe.
Elle a donc voulu savoir si les survivantes avaient un «microbiote cutané» (les bactéries qui vivent sur la peau) différent des autres. Alors elle a pris des échantillons sur la peau de petites chauves-souris brunes, une espèce très affectée par la maladie, dans des colonies québécoises connues pour avoir été infectées et dans des grottes du Manitoba, où le champignon n'est pas encore arrivé. Et les analyses d'ADN ont effectivement montré des écarts, en particulier pour deux groupes de bactéries - les poétiquement nommés pseudomonas et rhodococcus - dont on sait qu'au moins certains membres sont capables de repousser P. destructans.
Il reste encore pas mal de travail à faire afin de prouver cette hypothèse, admet Mme Lemieux-Labonté, notamment parce qu'il demeure possible que les différences qu'elle a constatées ne soient que géographiques - peut-être que le microbiote des petites chauves-souris brunes du Québec a toujours été différent de celui des chauves-souris manitobaines. Mais si la découverte se confirme, cela serait un cas (fascinant) de «sélection naturelle» qui n'a pas agi sur les gènes, mais sur un microbiote...
Loi 101 : un ton adouci dans les médias anglophones?
À son adoption, en 1977, la loi 101 avait créé beaucoup de grogne chez les anglophones du Québec et du reste du Canada, ce qui avait engendré une couverture médiatique très négative. Mais le ton semble s'être passablement adouci depuis, d'après des données - encore préliminaires, insiste leur auteur - présentées cette semaine à l'ACFAS.
Doctorant en science politique à l'Université de Toronto, Pierre-Olivier Bonin s'intéresse aux communautés linguistiques minoritaires. Et il a utilisé des outils informatiques afin d'analyser la couverture qu'ont faite les journaux anglophones The Gazette (Montréal) et The Globe and Mail (Toronto) de la loi 101 entre 1985 et 2013.
Sans grande surprise, il a trouvé que leur intérêt pour la chose avait passablement diminué au cours des 30 dernières années. The Gazette, celui qui a le plus couvert cette question, a publié entre 200 et 800 articles, chroniques et lettres par année contenant l'expression «loi 101» ou l'équivalent au tournant des années 90, contre seulement 50 à 100 depuis 2000 - hormis quelques pointes causées par des événements ponctuels comme l'élection du Parti québécois en 2012.
Mais M. Bonin a également analysé le ton de ces articles en comptant le nombre de termes à connotation positive et négative dans chacun. «Depuis 1985, dit-il, le ton global [... est devenu] plus positif. [...] Ça donne à penser que, peut-être, le fait d'en parler moins peut avoir mené à un ton plus positif. [...] Mais cette amélioration-là, je l'ai constatée davantage chez The Gazette que dans le Globe and Mail, où il n'y a eu qu'une légère amélioration», avance M. Bonin.
Dans le quotidien montréalais, le ton moyen est tombé du côté positif à toutes les années depuis 2000, sauf en 2006 - année où une chroniqueuse du Globe, Jan Wong, avait fait scandale en liant la loi 101 à la tuerie du Collège Dawson.
Il faut faire attention à ces indicateurs, avertit M. Bonin, parce qu'il sont très sensibles aux événements qui sont couverts et n'indiquent pas nécessairement un biais journalistique. En outre, la technique qu'il a utilisée est nouvelle et comporte encore son lot de controverses, si bien que ses travaux devront être confirmés par d'autres. Mais a priori, ses données signalent un changement de ton dans les médias anglophones.
Milices québécoises : beaucoup de bruit pour rien
Il y a quelques années, la nouvelle de la fondation d'une Milice patriotique québécoise - des civils qui s'étaient armés et qui s'entraînaient «à la militaire» en vue d'une éventuelle souveraineté - avait créé un certain émoi médiatique. Mais c'était beaucoup de bruit pour rien, selon un de leurs anciens instructeurs.
Sergeï Zharskikh était étudiant en anthropologie à l'Université Laval quand il a entendu parler de la Milice patriotique du Québec (MPQ) et décidé d'y consacrer ses travaux de maîtrise. Lui-même un ancien militaire ayant servi en Europe de l'Est, il les a convaincu d'accepter qu'il les étudie en échange de quoi il partagerait avec eux son savoir militaire, ce qu'il a fait de 2007 à 2011.
À son sommet, une trentaine de personnes prenaient part aux entraînements de la MPQ, dit-il. Et «à l'intérieur du groupe, je me suis rendu compte que ces gens-là étaient motivés par deux types d'imaginaire : l'un qui était patriotique ou nationaliste et l'autre qui était militariste».
Deux membres de la Milice patriotique québécoise, en 2010. La nouvelle de la fondation de cette milice avait créé un certain émoi médiatique, mais c'était beaucoup de bruit pour rien, selon un de leurs anciens instructeurs qui a consacré ses travaux de maîtrise en anthropologie sur ce groupe.
Les premiers, au nombre de «cinq ou six seulement», étaient les plus discrets sur Internet et les plus sérieux. Bien qu'ils affichaient un nationalisme évident, ils n'avaient «pas de discours racistes ou sexistes, et ils éprouvaient quand même une certaine aversion pour le conflit», témoigne M. Zharskikh.
Ceux qui étaient animés par un imaginaire militariste, quant à eux, «cultivaient le mythe du héros. Dans les discussions qu'ils avaient sur le site Internet, ils se voyaient vraiment comme des héros. [...] Ils étaient plus exubérants, certains n'étaient même pas encore entrés officiellement dans l'organisation qu'ils nous écrivaient des grands posts sur le site Web. Beaucoup étaient des amateurs de paintball, ils montraient un engagement rapide envers la milice, disaient "moi, je veux aller jusqu'au bout, je veux tout faire, je suis super impliqué". [...] Mais ils quittaient très rapidement et sans préavis.»
Certains de ces «héros» du dimanche dépensaient de jolies sommes pour s'équiper et s'achetaient de beaux uniformes neufs, dans lesquels ils prenaient bien soin de se photographier, mais abandonnaient après deux ou trois séances d'entraînement. Alors que d'autres, au contraire, ne semblaient pas du tout mesurer ce qu'ils devaient se procurer. «À un camp de survie en mars, alors que la neige fond et que tout est mouillé, tu as une espérance de vie de trois ou quatre heures si tu n'es pas au sec. Et il y en a un qui s'était présenté en espadrilles...» se souvient M. Zharskikh.
Au final, estime-t-il, aucun d'entre eux ne posait vraiment de danger - les uns parce qu'ils cherchaient surtout le plaisir, les autres parce que la violence ne les animait pas - et les médias ont fait tout un plat avec pas grand-chose.
L'angle mort de la pollution
En recherche, qui dit «pollution» dit généralement «cancer», «malformation congénitale», «allergies» ou d'autres effets sur le corps. Mais est-ce que les contaminants peuvent influencer l'humeur, la santé mentale ou même la personnalité?
On sait que cela peut être le cas mais, pour l'instant, c'est malheureusement un véritable angle mort de la toxicologie, a plaidé le professeur de psychologie de l'UQAM Dave Saint-Amour, cette semaine, lors du congrès de l'ACFAS. «Par exemple, une exposition très forte au méthylmercure a été associée à différents symptômes comme une timidité excessive, l'évitement social, des troubles de l'humeur. [...] Dans le cas du plomb, chez l'adulte, ça peut aller jusqu'à des troubles de l'anxiété, des phobies, des dépressions majeures. Alors il y a des associations qui ont été documentées entre la pollution et des troubles de santé mentale», dit-il.
On sait aussi que certains contaminants vont interférer avec les hormones, dont certaines jouent sur le fonctionnement du cerveau, et que la pollution peut agir sur le cerveau (ou ne serait-ce que l'humeur) de façon très diffuse. Par exemple, le simple fait de se trouver dans un endroit très pollué est un stress pour l'organisme, ce qui peut stimuler la production de cortisol, qui est l'hormone du stress. Mais ces liens sont mal documentés, déplore M. Saint-Amour, parce que si les données abondent sur une foule de polluants, «beaucoup de ces études-là vont aborder la santé mentale comme une question secondaire [...] et comme ce n'est pas la préoccupation principale des auteurs, souvent, ils ne documentent pas toutes les variables pertinentes».
Mais cela pourrait commencer à changer bientôt grâce à un projet nommé Banque Signature, dont les premiers résultats préliminaires ont été présentés cette semaine. En vertu de ce projet, les patients qui se présentent à l'urgence psychiatrique de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (anciennement appelé hôpital Louis-H. Lafontaine) subissent un éventail de tests particulièrement élaboré.
«C'est surtout la richesse de l'ensemble des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui nous permet d'avoir une image beaucoup plus complète qu'avant. On a des mesures de cortisol dans le sang, par exemple, des mesures des contaminants, des informations sociodémographiques, plusieurs tests de santé mentale, etc. Ça m'apparaît assez unique», dit M. Saint-Amour, qui espère que toutes ces informations combleront quelques-uns des nombreux trous qu'il y a dans l'étude des liens entre pollution et santé mentale.
Une histoire à suivre, donc...