Le Dr James Wilson, une sommité mondiale en matière de thérapie génique, prononcera une conférence aujourd'hui, à midi, au Centre de recherche du CHUL.

La thérapie génique près de livrer ses promesses?

Dr James Wilson, une sommité mondiale en matière de thérapie génique, est venu à Québec un nombre incalculable de fois. Pour l'escalade de glace. Pour le temps des Fêtes. Pour son travail. Par amour de la ville. Plusieurs fois par année, à une certaine époque. Mais rarement, sinon jamais, est-il passé par Québec à un moment où son champ d'études traverse une effervescence aussi intense que maintenant.
Chercheur à l'Université de Pennsylvanie et travaillant en thérapie génique depuis plus de 30 ans, le Dr Wilson prononcera une conférence aujourd'hui à midi au Centre de recherche du CHUL. Le Soleil a pu s'entretenir avec lui il y a quelques jours.
Q Bien des technologies médicales sont nées à peu près en même temps que la thérapie génique (TG), dans les années 70 et 80. Elles sont maintenant largement utilisées dans les hôpitaux, et pas seulement de manière expérimentale. Mais la thérapie génique, elle, semble coincée au stade de la «bonne idée», au stade des promesses de cure pour diverses maladies héréditaires. Pourquoi donc?
R Ça fait trois décennies que je travaille sur la thérapie génique (TG) et oui, ça nous a pris du temps avant d'amener la science jusqu'à un point où on peut faire une différence. [...] Le grand défi de la TG, c'est de développer des vecteurs, c'est-à-dire des «véhicules» pour transporter les gènes et les «livrer» efficacement et sécuritairement dans le noyau cellulaire. C'est là-dessus que mon labo travaille.
[... Après plusieurs échecs avec des virus connus], on en a cherché d'autres et on en a trouvé quelques-uns, découverts dans les années 70 parce qu'ils se développaient dans les cultures de tissus, qu'ils contaminaient. On les appelle maintenant les virus adéno-associés, et on a été chanceux : il en existe une grande variété présente à la fois chez l'humain et chez les autres primates. On a développé de très bons vecteurs à partir de ces virus-là. C'était vers 2001 ou 2002.
Q Qu'est-ce qui vous a bloqué par la suite?
R À la même époque, la thérapie génique a connu quelques graves échecs. On a eu des cas de toxicité, un homme à l'Université de Pennsylvanie et quelques cas en France de gens qui ont développé une leucémie après avoir subi une thérapie génique. Ce fut une période difficile.
Mais nous avons continué de travailler jusqu'à ce que, autour de 2010, certains des vecteurs que nous avons développés à mon labo ont obtenu des résultats très encourageants chez des patients ayant une cécité héréditaire et d'autres qui font de l'hémophilie. À peu près en même temps, un des premiers vecteurs que nous avions mis au point a reçu une autorisation de mise en marché aux Pays-Bas pour le traitement de l'hypertriglycéridémie.
Et avec la fin de la récession ici, aux États-Unis, tout d'un coup, l'industrie biopharmaceutique est devenue très intéressée.
Q Justement, une des doléances de beaucoup de vos collègues, et depuis longtemps, est que les grandes pharmaceutiques refusaient d'investir dans de grands et coûteux essais cliniques parce qu'elles ne voyaient pas bien par quel modèle d'affaires rentabiliser la thérapie génique. Qu'est-ce qui a changé soudainement?
R C'est dans l'industrie des biotechnologies que ça a changé, pas chez les pharmaceutiques. L'industrie des biotech est beaucoup plus entrepreneuriale et, même s'il reste des questions sur le modèle d'affaires, les attentes envers les biotech ne sont pas ce qu'elles sont pour les pharmaceutiques, en termes d'étendue du marché et des profits.
Alors la TG est très en vogue dans les biotech, je n'ai jamais vu un tel changement d'humeur sur la TG, on est vraiment passé de l'absence complète d'intérêt à «c'est la fin du monde». On a plusieurs découvertes qui étaient «tablettées» depuis des années à cause d'un manque de fonds et qui ont été relancées quand les biotech sont arrivées dans le portrait, avec des ressources substantielles.
Q Vers 2012 est aussi apparue la technologie CRISPR, un outil d'édition génétique beaucoup plus puissant et précis que tout ce qui existait auparavant. Est-ce aussi pour ça que les biotech s'emballent tant pour le domaine?
R Non, pas du tout. C'est une question de résultats d'essais cliniques. Ce fut l'homme aveugle qui a pu voir, les hémophiles qui ne saignent plus. Il s'agit de montrer des succès cliniques sans ambigüité qui peuvent enthousiasmer tous les gens concernés, y compris les investisseurs. Et de toute manière, CRISPR a encore beaucoup de chemin à faire comme thérapie génique.
*Certains passages de l'entrevue ont été édités de manière à mieux cadrer dans un format questions-réponses.
L'Université Laval se retirera-t-elle des énergies fossiles?
L'Université Laval est-elle sur le point de retirer toutes ses billes des énergies fossiles? L'établissement ne veut rien confirmer pour l'instant, mais c'est ce qui semble se dégager d'un imbroglio autour d'une convocation de presse envoyée hier.
C'est le groupe militant «ULaval sans fossiles» qui a vendu la mèche en annonçant aux médias sa présence à une conférence de presse où, lisait-on dans l'invitation, «l'Université Laval fera une annonce sur le désinvestissement des énergies fossiles». Le hic, c'est que l'UL n'avait pas encore envoyé son communiqué de presse. Il n'a pas été possible de confirmer la nature de l'annonce d'aujourd'hui, mais l'invitation parle d'«un positionnement international en développement durable ainsi qu'un engagement innovateur au Canada en matière d'investissement responsable».
Les universités ne sont évidemment pas propriétaires de réserves d'hydrocarbures ou de compagnies pétrolières, mais elles possèdent souvent des sommes dans des fonds de placement - et eux peuvent ensuite placer cet argent dans des compagnies actives dans l'exploitation d'hydrocarbures. Un peu partout dans le monde occidental, des groupes comme ULaval sans fossiles demandent à ce qu'elles se départissent de ces actions.
On en saura plus à 11h mercredi matin.
ACV: le mythe de la génétique déboulonné
Au rayon des excuses, pour ne pas changer ses habitudes de vie, celle-ci est un grand classique : «C'est ma génétique, je ne peux rien y faire.» Mais une vaste étude dirigée par le chercheur Benoît Arsenault, de l'Université Laval, vient de montrer à quel point c'est faux : même chez les gens particulièrement prédisposés à faire des accidents cardiovasculaires (ACV), de saines habitudes de vie réduisent le risque de 66 à 75 %. Et les habitudes malsaines mettent les gens sans prédisposition presque autant à risque que ceux qui ont hérité des «mauvais gènes».
«Une des raisons pour lesquelles j'ai fait cette analyse-là, explique M. Arsenault, c'est que je dis souvent à mes collègues cardiologues de mesurer les concentrations de lipoprotéine-a chez leurs patients à risque. [...] Et même eux me disent : À quoi ça va servir de mesurer la Lp(a) si je ne peux rien faire là-dessus [il n'existe pas de médicament pour faire baisser la Lp(a)], ça va juste créer de l'anxiété chez mes patients.» Mais ce n'est pas du tout ce qu'il a trouvé...
Parue lundi dans la revue savante Artherosclerosis, son étude a consisté à suivre plus de 14 000 personnes séparées en deux groupes : ceux (1500 personnes) qui ont un niveau élevé d'une molécule nommée lipoprotéine-a (Lp(a)), et ceux qui n'ont pas ce problème. La Lp(a) est connue pour transporter des molécules dans le sang qui favorisent l'arthérosclérose (une rigidification des artères) et les gens qui en ont beaucoup dans le sang subissent deux à quatre fois plus d'ACV que les autres. Or sa concentration dans le sang est presque entièrement déterminée par les gènes - c'est d'ailleurs un des principaux facteurs de risque génétique en santé cardiaque.
Ce qui intéressait M. Arsenault et ses collègues, c'était de voir l'effet du style de vie sur ces gens-là. Ils ont donc mesuré une série de ces habitudes (consommation de sel, de fibres alimentaires, de poisson et de fruits et légumes, tabagisme, activité physique, taux de cholestérol, etc.) chez leurs sujets et leur ont attribué des «scores de saines habitudes de vie» allant de 0 à 14. Ils ont ensuite fait des suivis pendant 11 ans et demi, puis ont regardé combien de gens dans chacune de leurs catégories avaient fait des ACV.
Résultats : chez les individus ayant beaucoup de Lp(a) dans le sang, environ 28,2 % de ceux qui avaient les pires scores d'habitude de vie (0 à 4 sur 14) ont fait un ACV pendant la période de suivi, contre seulement 7 % de ceux qui avaient les meilleures habitude (scores de 10 à 14). En intégrant ces données dans un modèle mathématique, M. Arsenault calcule que les saines habitudes de vie réduisent le risque d'environ 70 %, même chez les gens qui auraient un ou deux «mauvais gènes».
Fait intéressant, a aussi trouvé l'étude, chez les gens qui n'ont pas de Lp(a) élevé, les mauvaises habitudes de vie amènent le risque pratiquement au même niveau que ceux qui sont prédisposés à faire des ACV : 28,3 % de ces gens, dans la cohorte de M. Arsenault, ont fait un ACV pendant la période étudiée, soit autant que ceux qui ont le «gène» de la Lp(a) élevée et d'aussi mauvaises habitudes - et beaucoup plus que ceux qui ont une forte Lp(a) mais qui font mieux attention à eux.