Le décès de l’astrophysicien britannique Stephen Hawking a créé un choc dans la communauté scientifique et dans la population en général.

Là où mènent les trous noirs...

Le décès, mardi, de l’astrophysicien britannique Stephen Hawking a créé un choc dans la communauté scientifique et dans la population en général, où ses succès en dépit d’une grave maladie neurodégénérative étaient vus par plusieurs comme une inspiration. Mais quelle a été sa contribution à la science? Pourquoi disait-on qu’elle fut immense? Le Soleil s’est entretenu avec l’astrophysicien de l’Université Laval Serge Pineault.

Q Vous qui êtes un spécialiste des trous noirs comme l’était Stephen Hawking, l’avez-vous déjà rencontré?

R Dans les années 70, j’ai eu la chance d’assister à un atelier sur les trous noirs où Stephen Hawking faisait partie des conférenciers. Je me rappelle que tout le monde se mélangeait, étudiants et conférenciers. […] Cependant , j’avais plus parlé avec un autre conférencier, Kip Thorne [qui éventuellement allait recevoir le prix Nobel de physique, l’an dernier, pour ses travaux sur les ondes gravitationnelles, NDRL]. À cette époque-là, Stephen Hawking parlait encore avec sa voix naturelle [il a eu recours à une voix générée par ordinateur pendant longtemps par la suite, NDLR], mais il était déjà difficile à comprendre. Il avait besoin de l’aide d’un assistant pour toutes sortes de choses, sa femme lui donnait beaucoup aussi, alors ça le gardait un peu à l’écart pendant les dîners.

Q Stephen Hawking est surtout connu du grand public comme un expert des trous noirs. Est-ce que c’est sa principale contribution à la science?

R Sa principale contribution, du moins avant les années 90, a été d’avoir démontré qu’il pouvait sortir quelque chose des trous noirs. Avant lui, on croyait qu’il n’y avait absolument rien qui pouvait s’échapper d’un trou noir. Mais dans un article paru en 1974, il a montré qu’un trou noir pouvait s’évaporer petit à petit. Ça ne valait que pour de minuscules trous noirs de la taille d’un atome, ce qui ferait quand même une masse comparable à celle du mont Sainte-Anne. Par comparaison, disons que les trous noirs qu’on connait ont des masses qui vont de quelques fois à quelques milliards de fois celle du Soleil, alors les mini-trous noirs sont des choses un peu ésotériques, on ne sait pas encore s’ils existent vraiment, mais cela restait déjà une avancée majeure. […] Et Stephen Hawking avait pensé à tout ça à une époque où on n’était même pas sûr que les trous noirs existent. Aujourd’hui, on en connaît des centaines, mais au début des années 70, même si c’était prévu par la théorie, on ne connaissait qu’une seule source de rayons X [émis par de la matière chauffée à l’extrême alors qu’elle tombait vers un trou noir, NDLR] dont on pensait que c’était un trou noir, mais on n’était pas complètement certain encore. 

Q Et hormis les trous noirs, est-ce qu’on doit à Stephen Hawking d’autres avancées importantes?

R Disons que la mécanique quantique [qui décrit le fonctionnement de la matière dans l’infiniment petit, NDLR] et la gravité sont deux théories qui ne se parlent pas. Ses travaux sur les trous noirs ont amené à penser qu’il allait falloir travailler à les unifier. Ça n’a toujours pas été fait, d’ailleurs : il reste encore beaucoup de travail intéressant pour nos étudiants!

Je pense que déjà à l’époque de l’atelier auquel j’ai assisté, il commençait à se douter d’où ses travaux sur les trous noirs allaient le mener. Il a donné des pistes aux gens qui travaillent à unifier la gravité et la théorie quantique [ce qui constitue une sorte de Saint-Graal, en physique moderne, NDLR], ce qui n’est pas rien. Passé 1990, d’ailleurs, il a beaucoup travaillé sur des problèmes liés à la cosmologie. Il a travaillé sur des modèles d’univers et sur qu’est-ce qui se passait quand on essayait d’intégrer la théorie quantique dans ces univers-là.

Note: certains passages de l’entrevue ont été légèrement édités de manière à faire mieux cadrer le propos dans un format questions-réponses.