Les technologies de lutte antidrones dans les aéroports sont encore balbutiantes alors que le temps presse face à la multiplication des incidents, à l’image de ce qui s'est passé à l’aéroport de Gatwick, près de Londres.

La lutte aux drones dans les aéroports est bien peu avancée

PARIS - Les technologies de lutte antidrones dans les aéroports sont encore balbutiantes, constatent les experts, alors que le temps presse face à la multiplication des incidents, à l’image de ce qui s'est passé à l’aéroport de Gatwick, près de Londres.

«Il n’existe pas de solution commerciale toute prête qui pourrait régler automatiquement tous les problèmes» liés aux survols des aéroports par des drones, a déclaré le ministre britannique des Transport Chris Grayling à la BBC, en ajoutant que ces technologies venaient «tout juste d’apparaître».

L’aéroport londonien de Gatwick a été contraint à l’arrêt la semaine dernière par de mystérieux drones disparaissant puis réapparaissant.

Ces dernières années, les incidents se sont multipliés : en 2016, l’Agence Européenne de la Sécurité Aérienne (AESA) en a recensé 1400 en Europe, contre 606 entre 2011 et 2015

En 2016, l’aéroport international de Dubaï a été obligé de fermer à trois reprises à cause de drones récréatifs qui risquaient d’entrer en collision avec de gros avions commerciaux. Un avion d’Air France a aussi croisé de très près un drone à 1600 m d’altitude à l’approche de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Dans le cas où un drone heurterait, ou serait aspiré par un réacteur d’avion, le principal risque viendrait de la batterie au lithium (un matériau très inflammable) de l’engin.

«Il n’est pas admissible que des drones puissent provoquer la fermeture une partie vitale de nos infrastructures nationales», a commenté vendredi Stewart Wingate, le directeur de l’aéroport de Gatwick, pressant l’ensemble des acteurs du secteur à répondre «rapidement» à ce «défi» pour l’aviation.

Une «équation impossible»

Les eurodéputés ont adopté des règles de sécurité communes à l’Union européenne pour l’utilisation de drones. L’UE est actuellement régie par des réglementations différentes selon les pays, mais elles doivent recevoir l’aval formel des ministres européens avant d’entrer en vigueur.

En France, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a mis au point une carte interactive des zones de restrictions et d’interdictions, dont les aéroports, pour l’usage des drones.

Des expérimentations de systèmes antidrones sont en cours dans quelques grands aéroports dans le monde, selon Lucas Le Bell, le fondateur de Cerbair, une start-up spécialisée dans la lutte contre les drones.

À l’aéroport parisien de Roissy-CDG, un système de protection à longue distance contre les drones malveillants est ainsi en cours d’évaluation.

Mais dans un environnement aéroportuaire bruyant, hyper-sensible en termes de sûreté et saturé au niveau des communications, la lutte antidrones est un véritable défi technologique.

Les technologies de détection existent - par des moyens radar, optique, acoustique ou encore de radiofréquences - mais une fois l’engin repéré, se présente le problème des moyens de neutralisation (par brouillage des fréquences par exemple). Ces moyens sont interdits dans les pays développés - sauf dérogation - en raison de leur dangerosité et de leur complexité.

«En réalité, c’est un peu une équation impossible», explique M. Le Bell. «La neutralisation par lasers, canons anti-aériens, aigles, toutes ces mesures-là, en réalité, c’est de la science fiction. Il est impossible de les déployer sur un aéroport, un site sensible ou dans un environnement urbain avec toute la complexité que ça représente», ajoute-t-il.

Pour le repérage, selon M. Le Bell c’est l’utilisation de l’analyse radio-fréquence qui domine le marché. «Elle consiste à écouter les communications ambiantes et à se concentrer sur les plages de fréquences utilisées par les drones», précise-t-il.

«C’est la seule qui permette, non seulement de détecter et localiser un drone, mais aussi le pilote», au moment même où il va allumer sa radio-commande», ajoute-t-il.

Mais le problème est le temps de réaction pour intercepter un engin qui vole à 60 km/h, en ligne droite et en s’affranchissant de tous les systèmes de sécurité.

Un programme d’aigles intercepteurs de drones a également été mis en oeuvre sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, inspiré d’une expérience aux Pays-Bas.

Mais l’ambition du programme pourrait être réduite, à la suite d’un incident au printemps avec un des rapaces, qui a blessé une fillette, attiré par le gilet qu’elle avait serré autour de sa taille et qu’il avait pris pour un drone.