La citation du jour: le Soleil est solaire

BLOGUE / J'ai l'air de blaguer, comme ça, mais je suis sérieux comme un pape, je vous jure... Enfin, non, peut-être pas tant que ça, mais je ne trouve pas cette histoire seulement drôle, elle est très sérieuse aussi. Comme le montre l'image ci-haut, une étude vient de confirmer que «le Soleil est une étoile de type solaire». Let that sink in, comme ils disent...
Il y a bien sûr, en apparence, un serpent qui se mord allègrement la queue dans cette idée de prouver que le Soleil est du genre solaire: s'il existe une catégorie d'«étoiles de type solaire», c'est parce que les étoiles ne sont pas toutes pareilles et que seulement certaines sont raisonnablement semblables au Soleil, en termes de taille (0,8 à 1,2 fois la masse du Soleil), de température (5300 à 6000 °K) et de quelques autres variables. Si bien que, d'un point de vue logique, prouver que «le Soleil est une étoile de type solaire» revient grosso modo à confirmer que le noir est une couleur de type foncé, ou que le sucre a un goût de type sucré : c'était déjà dans la définition.
Cependant, si étrange qu'elle puisse paraître à vue de nez, la question avait fini par se poser en astronomie. Et très sérieusement, à part ça. Car si on connaît, certes, des étoiles qui ressemblent au Soleil par quelques unes de leurs caractéristiques, il n'est pas évident qu'elles se comportentvraiment toutes comme lui. Plus particulièrement, est-ce que leur luminosité et leur magnétisme suivent-ils des cycles de 11 ans, comme le Soleil (dont l'activité augmente et diminue sur 11 ans, en même temps que son champ magnétique se renverse) ? Et si le Soleil s'avère se comporter de manière très singulière, très différente des autres étoiles de la même «famille», qu'est-ce que cela signifiera sur la pertinence de cette catégorie d'étoiles ?
Il n'est pas facile de mesurer de subtiles variations dans la luminosité et le magnétisme d'étoiles lointaines pendant assez longtemps pour déterminer si elles obéissent elles aussi à des cycles. Les quelques données dont on dispose à ce sujet montrent que certaines suivent bel et bien des cycles comme celui du Soleil, sur quelques années. Mais ces mêmes donnéesmontrent aussi que d'autres étoiles semblent avoir des cycles beaucoup plus longs, et que d'autres encore ne semblent pas avoir de cycle du tout - du moins, pas pour l'instant.
On ne savait pas trop quoi faire de tout cela, jusqu'à ce qu'une équipe dirigée par l'astrophysicien Antoine Strugarek, rattaché à la fois à l'Université de Montréal et à l'Université Paris-Diderot, mette le doigt dessus dans une étude parue dans le dernier numéro de Science. Les auteurs ont d'abord fait des simulations informatiques, dans lesquelles ils ont fait varier, notamment, la vitesse de rotation des étoiles et leur luminosité (qui est aussi le résultat de ce qui se passe en profondeur) afin de voir comment cela influait sur le mouvement des fluides à l'intérieur des étoiles. Notons ici que, comme ces fluides sont composés de particules électriquement chargées, leurs mouvements sont à la source de l'activité magnétique des étoiles. Et les auteurs ont trouvé que la longueur des cycles semblait fortement influencée par (grosso modo) le ratio de la vitesse de rotation sur la taille de l'étoile, que l'on nomme «nombre de Rossby»: plus ce nombre est grand, et plus les cycles sont petits.
En principe, se sont dit M. Strugarek et ses collègues, cela pourrait expliquer la variabilité de ce qu'on observe dans l'Univers. Alors ils ont par la suite analysé des données sur près d'une trentaine d'étoiles réelles, et ils ont trouvé que la tendance notée dans leur simulation tenait toujours - ce qui ajoute évidemment beaucoup de poids à leur découverte.
Conclusion : les étoiles peuvent montrer une diversité de «comportements magnétiques», ceux-ci, quand on les examine à l'aide du nombre de Rossby, forment un continuum dans lequel le Soleil s'inscrit tout à fait bien. Et donc, le Soleil est bel et bien une étoile de type solaire. (Fiou!)