Dans une décision rendue mercredi, la Cour supérieure a accepté de rétracter son propre jugement qui obligeait la chercheuse Marie-Ève Maillé (photo) à révéler à Éoliennes de l'Érable l'identité de ses sources.

La chercheuse Marie-Ève Maillé gagne son combat pour protéger ses sources

La chercheuse de l'UQAM Marie-Ève Maillé ne sera finalement pas forcée de révéler à Éoliennes de l'Érable l'identité de ses sources. Dans une décision rendue mercredi, la Cour supérieure a accepté de rétracter son propre jugement de janvier 2016 qui obligeait Mme Maillé à le faire, prétextant que l'intérêt public qu'il y a à protéger la recherche scientifique devait primer sur l'importance d'établir les faits dans un dossier particulier.
Une décision qui a réjoui la Fédération québécoise des professeurs d'université (FQPPU). «Si Mme Maillé avait été forcée de révéler ses sources, cela aurait entrainé des conséquences néfastes pour tous les chercheurs, qui auraient dorénavant peiné à recruter des volontaires pour participer à leurs recherches. Ça aurait été encore pire pour nos collègues qui travaillent sur des sujets sensibles ou qui mènent des recherches auprès de personnes en situation de vulnérabilité. Sans l'éclairage de la recherche sur certains phénomènes, on avance dans l'ombre. C'est toute la société qui est perdante !», s'est réjoui le président de la FQPPU, Jean-Marie Lafortune, dans un communiqué.
L'origine de cette histoire remonte en 2014, quand un groupe de citoyens a intenté un recours collectif contre Éoliennes de l'Érable, dont les hélices installées à proximité de leurs résidences leur empoisonnent la vie, disent-ils. Mme Maillé, qui avait documenté l'impact de ce parc éolien, près de Thetford, sur le climat social des environs, devait témoigner à titre d'experte. Mais l'entreprise, pour monter sa défense, demandait à avoir accès aux données brutes - incluant le nom des citoyens interrogés par Mme Maillé lors de ses recherches.
Elle s'y était refusée parce qu'elle s'était engagée à préserver leur anonymat avant de faire ses interviews - d'ailleurs, les témoignages recueillis recèlaient des insultes et des menaces envers certains membres de la communauté. Mais une première décision de cour, en 2016, l'avait forcé à tout dévoiler. Craignant que le fait de ne plus pouvoir garantir l'anonymat des sources ne nuise à la recherche scientifique dans bien des domaines - psychologie, crime, prostitution, etc. -, les Fonds de recherche du Québec, l'UQAM et l'Association canadienne des professeurs d'université avaient par la suite entrepris des démarches pour faire casser cette décision.
Et ils ont obtenu gain de cause. En plus des engagements de confidentialité que Mme Maillé avait pris auprès de ses participants et à l'égard des Fonds de recherche, qui avaient financé ses travaux, le juge Marc St-Pierre a également tenu compte du «caractère essentiel de la confidentialité pour l'obtention des renseignements» et de la «nécessité de soutenir la recherche scientifique».
En bout de ligne, écrit le magistrat, «l'intérêt public déterminé par [ces trois éléments] l'emporte définitivement sur la recherche de vérité dans le présent dossier».