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Jean-René Dufort, alias Infoman et animateur du Gros Laboratoire sur ICI Explora, est le président d’honneur du 88e Congrès de l’Acfas
Jean-René Dufort, alias Infoman et animateur du Gros Laboratoire sur ICI Explora, est le président d’honneur du 88e Congrès de l’Acfas

Jean-René Dufort, président d’honneur du Congrès de l’Acfas

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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Saviez-vous que sous la cape d’Infoman, il y a Jean-René Dufort, un biochimiste gradué de l’Université de Sherbrooke ? Et que ce même biochimiste est le président d’honneur du 88e Congrès de l’Acfas qui se déroule jusqu’au vendredi 7 mai.

Jean-René Dufort dit ne pas savoir pourquoi il endosse ce titre honorifique. « Ce n’est pas moi qui me suis choisi ! C’est plutôt une question à poser au recteur… », lance-t-il. La Tribune est donc ravie d’apprendre à M. Dufort qu’il a été choisi parce que, dans sa pratique professionnelle, il fait la promotion de la recherche, de l’innovation et de la culture scientifique, des valeurs chères à l’Acfas. Jean-Pierre Perreault, le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures et président de l’Acfas, ajoute que M. Dufort permettait aussi de faire rayonner l’évènement auprès d’un large public. 

Les présentations étant faites, que pense M. Dufort de la communication scientifique ? « La science, ça fait toujours ben peur. Quand on dit à quelqu’un ‘Attention, on va te parler de la science !’, on a toujours l’impression qu’on doit courir chercher du Tylenol ou de l’Advil parce que ça va être compliqué. Mais si on parle aux gens de choses intéressantes, sans trop avertir, sans trop s’excuser de faire de la science ou de la vulgariser... Ça semble faire moins mal ! » raconte celui qui anime aussi le Gros Laboratoire sur ICI Explora.

À noter que dans le cadre du Congrès de l’Acfas, M. Dufort participera à un panel de discussion intitulé « dans la peau d’un communicateur scientifique », le jeudi 6 mai de 18h30 à 20h30.  

La game a changé 

Après 20 ans de métier, M. Dufort a été témoin de changements importants. « Quand j’ai quitté mon laboratoire pour faire de la télé, les réseaux sociaux n’existaient pas. Je pense que c’est assez clair pour tout le monde que les réseaux sociaux ont complètement tout changé. Presque chaque être humain devient un média en lui-même… c’est devenu une jungle ! » 

M. Dufort se souvient très bien du jour où il a compris que « la game avait changé ». « Quelqu’un s’est approché de moi, il avait tapé son iPhone sur sa truelle à béton. Il m’a dit qu’il aimerait faire une entrevue avec moi et qu’on était en live sur je sais pas quoi. J’ai eu comme un choc interne, en me disant ‘mon dieu, je suis en live, je sais pas où, je sais pas comment et il y a un gars qui me filme avec un iPhone tapé sur une truelle à béton… il est maintenant un média’ ».

Des scientifiques « casseux de party »

Les changements climatiques et environnementaux se taillent une place d’honneur dans la programmation de cette 88e édition, avec plus de 35 colloques liés à ce thème, un thème cher à M. Dufort.

« Ce qui est plate dans les enjeux environnementaux, c’est que le scientifique est vu comme un casseux de party. Les enjeux climatiques sont des enjeux graves, il y a des conséquences graves, y compris sur notre quotidien. On ne peut plus continuer à vivre comme on vit. Alors, expliquer ça à quelqu’un… c’est pas le fun », explique cet environnementaliste. En effet, si M. Dufort est une personne haute en couleur, le vert est certainement l’un de ses tons dominants.

M. Dufort dénonce aussi le côté mélangeant du marketing. « On t’explique que si t’achètes un char électrique, tu vas devenir la personne la plus verte au monde... alors que ce n’est pas vrai ! ». Il observe des similitudes entre la communication sur des enjeux environnementaux et celle sur la pandémie : « il y a des choses pas le fun à dire, pas le fun à faire et c’est sûr qu’on a tendance à tirer sur le messager ».

Il raconte avoir assisté aux funérailles d’un glacier en Islande. « Un glaciologue islandais me disait que les glaciers ne sont pas démocrates ou républicains, ils fondent juste. Je pense que c’est ça le défi des communications scientifiques, c’est d’expliquer qu’on a tous des opinions, mais il reste un aspect fondamental : la nature fonctionne de même et que ton opinion soit d’un bord ou de l’autre, ça va fonctionner de même ». 

Comme une rengaine souvent répétée, M. Dufort avertit que « la planète n’a pas du tout besoin de nous. C’est nous, en tant qu’espèce, qui sommes en danger ». S’il s’inquiète des points de non-retour, il dit avoir remarqué dernièrement un début de compréhension des risques environnementaux, notamment sur l’économie. « C’est vrai qu’on peut se demander ‘ça me donne quoi de recycler, il y a la Chine ?’, mais c’est d’essayer de comprendre, collectivement, que si on se dit tous individuellement ça, c’est sûr qu’on n’y arrivera pas ! »