Le cerne entourant le lac Mead illustre la baisse du niveau du fleuve Colorado.

Et si 40 millions d’Américains manquaient d’eau?

L’hiver dernier, la métropole du Cap, en Afrique du Sud, faisait face à une telle pénurie d’eau qu’on envisageait d’en couper l’approvisionnement et de rationner la distribution de bouteilles d’eau à ses 4 millions d’habitants. Le Cap a fini par y échapper. Mais qu’arriverait-il si la prochaine victime, dans un pays riche, était non pas une, mais plusieurs grandes villes des États-Unis ?

L’hiver dernier, la métropole du Cap, en Afrique du Sud, faisait face à une telle pénurie d’eau qu’on envisageait d’en couper l’approvisionnement et de rationner la distribution de bouteilles d’eau à ses 4 millions d’habitants. Le Cap a fini par y échapper. Mais qu’arriverait-il si la prochaine victime, dans un pays riche, était non pas une, mais plusieurs grandes villes des États-Unis ?

Il y a longtemps que ceux qui évoquent ce genre de scénario jettent un oeil inquiet sur le fleuve Colorado : cette source d’eau potable pour 40 millions de personnes est exploitée au-delà de ses capacités depuis deux décennies, en raison de sécheresses intermittentes et de précipitations insuffisantes : en d’autres termes, la neige et la pluie qui tombent sur les montagnes et alimentent en retour ce fleuve, ne suffisent pas à la demande.

À la fin du mois d’août, un rapport du Centre du climat du Colorado — un organisme de recherche universitaire — prévenait qu’une partie de cet État et de son voisin, l’Utah, était confrontée à deux ennemis susceptibles d’entraîner « un rapide retrait des réserves d’eau » : les sécheresses plus fréquentes et la diminution des chutes de neige sur les sommets.

Même le Bureau des réclamations, une agence du gouvernement fédéral créée en 1902 et qui gère les barrages, canaux et autres réservoirs dans 13 États de l’ouest, a écrit le 24 août que le risque d’une pénurie d’eau en 2020, dans le bassin sud du fleuve, était passé de 52 à 57 %. L’agence évalue aussi que la sécheresse des dernières années était la pire des 12 derniers siècles.

À court terme, la variable inconnue est El Nino : certaines prévisions pointent dans la direction d’un hiver El Nino pour cette année. Ce réchauffement intermittent des eaux du Pacifique entraîne généralement un hiver plus froid avec davantage de précipitations dans le Sud-Ouest des États-Unis. Toutefois, une étude du National Center for Atmospheric Research — un organisme de recherche financé par des fonds publics — parue le 22 août souligne qu’à long terme, plus le climat se réchauffera et plus l’impact d’un hiver El Nino risque d’être intense et imprévisible.