Le scientifique en chef du Québec, René Quirion, vient de lancer le site Web touspourlarecherche.com, où il demande les idées à M. et Mme Tout-le-Monde pour élaborer des stratégies de recherche pour le Québec.

Entrevue avec le scientifique en chef du Québec: petit laboratoire de science po...

Il y a plusieurs années déjà que Rémi Quirion a délaissé les éprouvettes de son laboratoire de neurosciences pour devenir scientifique en chef du Québec, en 2011. Mais il n'a pas pour autant cessé de faire des expériences, et il espère bien que sa dernière en date changera la façon dont la fonction publique consulte la population. Le Soleil s'est entretenu avec lui.
Q Vous venez de lancer le site touspourlarecherche.com dans lequel, au lieu de consulter la population sur un projet déjà tout ficelé comme c'est souvent le cas, vous demandez les idées de M. et Mme Tout-le-Monde pour élaborer des stratégies de recherche pour le Québec dans cinq thèmes différents (vaccin, climat, etc.). Pourquoi consulter beaucoup plus «en amont» que d'habitude?
R J'ai vu ce qui s'est fait en France où, pour développer sa stratégie numérique, le gouvernement a vraiment mené une consultation grand-public pour amener les Français à émettre des idées sur les directions à prendre. Il y a probablement eu des élus un peu anxieux à cause de ça, mais ça s'est bien passé. Les gens ont compris qu'ils donnaient leur opinion, que ça ne voulait pas dire que tout serait retenu, mais qu'au moins ils faisaient partie d'une discussion. Et le projet de loi est passé très facilement. Aux États-Unis aussi, il y a eu des initiatives de co-création de programmes de recherche où des chercheurs ont demandé à la population en général ce qu'elle pensait. (...)
Alors bien sûr, on va consulter les chercheurs aussi, mais on s'est dit : pourquoi ne pas impliquer la société civile aussi? Mon biais, c'est que les gens sont plus informés qu'on le pense.
Q Pourquoi consulter de cette manière maintenant?
R Avec l'élection de Donald Trump et les «faits alternatifs» qui sont venus avec, je pense que c'est important que les chercheurs soient plus impliqués dans la société. (...) C'est sûr aussi que s'il n'y avait pas eu une augmentation du budget des fonds de recherche (180 millions $ d'ici cinq ans dans le dernier budget Leitão, NDLR), on n'aurait pas pu faire ça sans créer de fausses attentes.
Ce qui va ressortir de tout ça, on ne sait pas trop encore. C'est une expérience, mais je suis assez confiant qu'on va avoir une bonne participation
Q Vous avez rencontré des «craintes», comme en France?
R Oui, j'ai des collègues qui disaient : «Ils vont proposer toutes sortes de choses farfelues, ça va aller dans tous les sens, il y en a qui vont demander de l'argent pour des projets loufoques, alors que nous, on est dans les comités de pairs, on vise l'excellence.» Et ils ont raison, il y a ce côté-là aussi.
Il y a une modération qui est exercée dans la consultation. Si quelqu'un propose une cure farfelue du cancer par un onguent magique, ça va être éliminé.
Q Qu'est-ce que M. et Mme Tout-le-Monde peuvent espérer, concrètement, de leur participation? Est-ce que ça peut être, par exemple, un chasseur qui signale des inondations anormalement fréquentes à son camp de chasse éloigné et qui auraient échappé à la surveillance?
R Oui, ça peut être des choses comme ça. C'est sûr que les scientifiques pensent déjà beaucoup aux inondations, surtout ces temps-ci, mais on pourrait amener le public à y réfléchir et à dire aux chercheurs «peut-être que vous devriez consacrer plus d'énergie à étudier ceci ou cela».
En bout de ligne, ce n'est pas moi qui décide de ça, ça reste des comités de pairs qui choisissent les meilleurs projets, mais j'espère bien que dans les prochains plans stratégiques des Fonds de recherche du Québec, on va retrouver des suggestions faites par les participants. (...)
C'est un test, mais il y a un intérêt pour ça, tant dans notre ministère qu'ailleurs au gouvernement. Si ça fonctionne bien, l'idée de consulter plus en amont pourrait être reprise plus souvent.
Note : certains passages de notre entrevue avec M. Quirion ont été légèrement édités pour mieux cadrer dans un format questions-réponses. On peut participer à la consultation sur le site touspourlarecherche.com jusqu'au 23 juin.