Encore l'épicentre de l'épidémie: et maintenant, c'est quoi la raison?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
BLOGUE / Au printemps, alors que plus la moitié des cas de COVID-19 au Canada étaient concentrés au Québec alors qu'il ne représente que 20 % de la population, on pouvait se consoler en se disant que c'était surtout le mauvais timing de notre semaine de relâche qui était en cause. Mais cette fois-ci, en septembre, le Québec fait toujours mauvaise figure mais on n'a plus de relâche à blâmer. Alors, à qui la faute ?

L'«excuse» de la semaine de relâche était entièrement valable, remarquez bien. Des chercheurs de McGill l'ont essentiellement confirmée il y a quelques jours par des analyses génétiques de 734 virus introduits au Québec et séquencés avant la fin de mars dernier. En éliminant les cas qui étaient génétiquement si proches qu'ils découlaient vraisemblablement d'une même entrée au Québec, ils ont trouvé qu'un minimum de 250 introductions différentes sont survenues avant le 1er avril, dont l'écrasante majorité provenait de «destinations relâche» — essentiellement les États-Unis, les Caraïbes et l'Europe. Et c'est vraiment un minimum, insistent les auteurs.

«Le reste du Canada a eu une relâche plus tardive (voire pas de relâche du tout à cause du confinement) et n'a pas connu un pic de voyages comme celui du Québec avant la fermeture de la frontière», lit-on dans l'étude. Précisons que celle-ci est une «pré-publication» qui n'a pas encore passé par le classique processus de révision par les pairs qui mène éventuellement à la parution en bonne et due forme dans la littérature scientifique. Il faut donc considérer ces résultats avec prudence, en attendant la «vraie» publication.

Or nous voici maintenant officiellement dans la deuxième vague et les chiffres les plus récents suggèrent fortement que l'épidémie est pire au Québec que dans le reste du Canada. Lundi, la Belle Province représentait toujours près de 45 % des nouveaux cas confirmés au Canada (586 sur 1307). Et le dernier rapport épidémiologique fédéral indique que, toutes proportions gardées, c'est toujours le Québec qui compte le plus de cas actifs, avec 40 par 100 000 habitants, nettement au-dessus de l'Ontario (25) et de la moyenne canadienne (28).

Bien malin qui pourra dire avec certitude qu'est-ce qui se passe de particulier chez nous cette fois-ci. La seule chose qui est sûre, c'est qu'on ne peut plus faire porter le blâme sur une relâche qui tombe au mauvais moment.

À en juger par la couverture de presse et les avertissements du premier ministre ontarien, Doug Ford, les étudiants du Québec — dont les habitudes festives ont été montrées du doigt plusieurs fois ces derniers temps — ne semblent pas se comporter de pire manière que ceux des autres provinces. Et si on regarde la répartition des nouveaux cas par groupe d'âge, on voit que c'est vraiment dans l'ensemble du Canada que les moins de 20-29 ans sont surreprésentés (par rapport à la première vague, du moins), pas seulement au Québec.

Plusieurs sondages ont par ailleurs montré un fort appui des Québécois à diverses mesures sanitaires, comme le masque obligatoire, et ce dès le printemps dernier. Alors il ne semble pas y avoir d'explication là non plus.

Mais le sondage Léger publié lundi par l'Association d'études canadiennes a peut-être mis le doigt dessus. Je dis bien «peut-être» parce que ce qui suit n'est vraiment rien de plus qu'une hypothèse — et celle d'un journaliste par-dessus le marché, pas celle d'un expert. Alors prenez ça pour ce que c'est : une «possibilité» qui me semble raisonnablement sérieuse, mais juste une possibilité.

Ce sondage-là me semble particulièrement éclairant parce qu'il n'a pas seulement questionné les Québécois et les Canadiens sur leur accord avec les mesures de distanciation, mais également sur leur pratique. C'est une chose de se dire en faveur de telle ou telle mesure de distanciation, c'en est une autre de le faire et de maintenir ce comportement dans le long terme.

Du point de vue de l'accord, les Québécois ne se distinguent pas vraiment du reste du pays. Par exemple, 84 % des Québécois sont en faveur du port obligatoire du masque dans les lieux publics fermés, soit essentiellement la même chose que dans le RoC (83%). Ce sondage n'a pas non plus trouvé de divergences significatives dans les attitudes par rapport au masque (devoir de citoyen ou atteintes aux droits ni dans l'appui aux manifs anti-masque.

Bref, l'explication n'est pas là.

Mais quand la firme Léger a posé des questions sur les pratiques, des écarts évidents sont apparus. À la question «Au cours du mois dernier, quelles mesures de sécurité en matière de santé publique avez-vous relâchées ?», le portrait obtenu est celui-ci :

Pour toutes les mesures évoquées dans le sondage, le relâchement est nettement plus grand au Québec que dans le reste du Canada. Pas juste pour une ou deux mesures, mais bien lire : toute la gang. Environ le quart seulement des Québécois (27 %) ont dit avoir maintenu leur discipline intégralement depuis le début de la pandémie, proportion qui approche des 40 % d'un océan à l'autre.

Encore une fois, tout ceci n'est rien de plus qu'une hypothèse. Mais ces chiffres de Léger pourrait bien montrer pourquoi c'est de nouveau pire au Québec cet automne (relâchement) et pourquoi c'est si difficile à expliquer (le niveau d'accord avec la distanciation est le même et c'est souvent là-dessus que les sondages portent, alors que c'est la pratique qui diffère).

Une histoire à suivre...

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