La région la plus fortement atteinte est la Côte-Nord, où la tordeuse avait «mangé» 3,7 millions d'hectares en date de 2015 (2,9 millions ha l'année précédente), parfois si sévèrement que l'insecte s'est même rabattu sur le mélèze dans certains secteurs.

Éclosion «tranquille» de la tordeuse des bourgeons de l'épinette

L'actuelle éclosion de tordeuse des bourgeons de l'épinette ne se répand peut-être pas de façon aussi agressive que celle des années 80, mais elle a tout de même beaucoup progressé l'an dernier, gagnant environ 2 millions d'hectares pour maintenant toucher 6,5 millions d'hectares à l'échelle du Québec, selon les dernières données gouvernementales présentées au congrès de l'ACFAS.
Commencée «tout doucement» en 2006, elle a mis cinq ans avant de défolier 1 million d'hectares de forêt boréale, mais a gagné beaucoup de terrain depuis. L'épidémie précédente avait touché pas moins de 35 millions d'hectares au Québec, et 50 millions si l'on compte les provinces voisines, mais Daniel Kneeshaw ne croit pas, a priori, que l'on atteindra ces niveaux cette fois-ci.
C'est que l'insecte ravageur obéit à un cycle d'environ 30 ans, mais la forêt, elle, suit un cycle deux fois plus long, si bien que les infestations graves alternent généralement avec de moins graves.
«La dernière, ça avait été plus foudroyant, en trois ou quatre ans seulement, on avait atteint les maximums de superficies touchées. Par comparaison, celle des années 40 n'avait pas eu des pics aussi hauts, mais sa durée avait été plus longue. C'est peut-être un phénomène comme ça qu'on est en train d'observer», dit M. Kneeshaw.
La région la plus fortement atteinte est la Côte-Nord, où la tordeuse avait «mangé» 3,7 millions d'hectares en date de 2015 (2,9 millions ha l'année précédente), parfois si sévèrement que l'insecte s'est même rabattu sur le mélèze dans certains secteurs. Et ce manque de nourriture n'indique pas nécessairement que la région est tirée d'affaire, précise M. Kneeshaw.
«Dans les secteurs les plus touchés, on a vu une baisse de la défoliation l'an dernier. On est passé de 20 à 30 larves par branche à 5, 6 ou 7. Elles sont toujours là, mais il y a moins de nourriture à manger. [...] C'est intéressant, mais est-ce qu'une tordeuse qui s'est éloignée va revenir? Dans la dernière épidémie, il semble qu'il y a eu des secteurs qui étaient affectés fortement et où les larves sont parties pendant deux ou trois ans, mais sont revenues par la suite. Et à ce moment-là, les arbres avaient déjà pris toutes leurs réserves pour repousser, alors quand ils ont été mangés la deuxième fois, on a vu une hausse de la mortalité épouvantable.»
La Côte-Nord serait donc à une sorte de croisée des chemins.
En 2015, l'infestation restait en forte augmentation au Saguenay-Lac-Saint-Jean (1,1 million ha, contre 640 000 en 2014) et dans le Bas-Saint-Laurent (894 000 ha contre 316 000 l'année précédente). Dans ce dernier cas, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui produit ces données, prévoit que le Bas-du-Fleuve sera la région où la progression sera la plus forte cette année - et le Nouveau-Brunswick commence à être touché lui aussi.
Notons enfin, bien que les superficies concernées soient moins grandes, que la tordeuse a connu une progression foudroyante en Gaspésie l'an dernier. De 178 000 ha en 2014, dont le plus clair n'était que légèrement défolié, l'insecte a atteint près de 280 000 ha l'an dernier, dont une forte proportion était modérément ou gravement défoliée.