Désinformation: derrière chaque grand site douteux, il y a… plusieurs sites douteux

Un Français qui gère à lui seul plus d’une trentaine de sites de désinformation. Un Américain qui en gère une cinquantaine. Et dans les deux cas, beaucoup d’informations absurdes en santé.

Bienvenue dans un monde méconnu, celui où la meilleure façon d’attirer de la publicité n’est pas seulement d’inventer des fausses nouvelles qui attireront beaucoup de clics ; il faut créer un maximum de sites qui se renverront un maximum d’hyperliens les uns les autres ou republieront les mêmes textes, assurant ainsi davantage de revenus publicitaires pour un minimum d’efforts.

Les Décodeurs du journal Le Monde ont lié cette semaine un Français, Johann Fakra, à un «vaste réseau de sites et de pages Facebook» diffusant en abondance de tels pièges à clics et autres informations inventées de toutes pièces : «Réunis, ils constituent l’un des plus gros réseaux de désinformation français : nous avons identifié plus d’une trentaine de sites qui en font partie, et cette liste n’est probablement pas exhaustive. Mais malgré cet activisme, Johann Fakra avait réussi à rester relativement anonyme.»

En février dernier, l’Organisation pour la science et la technologie de l’Université McGill (OSS) avait pour sa part pointé Mike Adams, l’homme responsable d’un petit «empire de la désinformation» composé d’une cinquantaine de sites anti-médecine, anti-vaccins, anti-OGM, mais aussi anti-gauche, pro-survivaliste ou complotiste. L’un de ces sites, NaturalNews, est la bête noire des pourfendeurs de pseudosciences depuis près d’une décennie — ce qui ne l’empêchait pas, jusqu’à récemment, de continuer d’être un «succès» dans sa catégorie. Il a fallu que Google, en 2017, désindexe plus de 100 000 de ses pages — pour violation des normes publicitaires, pas à cause de la désinformation — pour ralentir sa croissance. Encore que, au moment d’écrire ces lignes, NaturalNews avait 2,9 millions d’abonnés sur Facebook, un chiffre que lui envieraient bien des médias de vulgarisation sérieux.

Les sites français identifiés par Les Décodeurs sont des généralistes comme Cadoitsesavoir.fr — qui se définit comme un «média alternatif» — ou plus spécialisés comme Tasante, À la bonne santé et AlterSanté, qui relaient toutes sortes de «nouvelles», parfois en provenance de sites fiables, mais le plus souvent sans citer leurs sources — avec une préférence marquée pour les thérapies bizarres, les cures miracles et la méfiance généralisée contre la médecine : Multiplier les sites a plusieurs intérêts pour leurs créateurs. D’abord, gagner en visibilité. À eux tous, ils cumulent une audience considérable sur les réseaux sociaux. Leurs publications sont ainsi partagées, commentées ou «aimées» autour d’un million de fois par mois sur Facebook.

Mike Adams est encore plus «moderne», notait l’OSS en février : «Pour vous aider à rester dans les confins de son écosystème numérique, Mike Adams vous offre une application pour fureteur grâce à laquelle, peu importe le site que vous visitez, NaturalNews n’est jamais à plus d’un clic. Si vous pensiez chercher Wikipedia pour un aliment ou un nutriment, stop : Mike Adams est propriétaire de NaturalPedia.»

Au moment d’écrire ces lignes, le site de NaturalNews offrait parmi ses dernières publications des cures à base de champignons, d’oméga-3, d’ail ou d’homéopathie (toutes pour des maux différents) et des titres inquiétants sur les téléphones cellulaires, le danger des vaccins, Fukushima, «des biopesticides dans les céréales», et «ce que les appareils électroniques font à votre cerveau», en plus du parti démocrate qui vole les élections et des gauchistes qui produisent des fausses nouvelles. L’information scientifique n’a qu’à bien se tenir.