Les chercheurs Jen Vashon et Tanya Lama, ici photographiées en février dernier, ont travaillé au séquençage du génome du lynx du Canada à la Cummings School of Veterinary Medicine, au Massachusetts.

Des chercheurs veulent cartographier le génome de milliers d’animaux

Des scientifiques ont dévoilé jeudi les premiers résultats d’un effort ambitieux visant à cartographier les gènes de dizaines de milliers d’espèces animales - un projet qui, selon eux, pourrait aider à sauver des animaux de l’extinction.

Les scientifiques travaillent avec le consortium Genome 10 000 à un projet qui cherche à recenser le génome des 66 000 espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons connus sur Terre. Le projet Genome 10 000 compte des membres dans plus de 50 institutions à travers le monde.

Le consortium a publié jeudi les 15 premières cartes de ce type, allant du lynx du Canada au kakapo, un perroquet incapable de voler originaire de Nouvelle-Zélande.

Le génome est l’ensemble du matériel génétique présent dans un organisme. La publication des premiers codes est «une déclaration au monde que ce que nous voulons accomplir est effectivement réalisable», a expliqué Harris Lewin, un professeur de l’évolution à l’Université de Californie à Davis, qui collabore au projet.

«Le moment est venu, mais bien sûr, ce n’est que le début», a-t-il dit.

Les travaux contribueront à orienter la conservation future des espèces menacées, ont expliqué des scientifiques travaillant au projet. Les 14 premières espèces cartographiées comprennent également l’ornithorynque, deux espèces de chauves-souris et le diamant mandarin. Ce dernier est la seule espèce pour laquelle les deux sexes ont été cartographiés, ce qui porte le total à 15.

Le séquençage du génome de dizaines de milliers d’animaux pourrait facilement prendre dix ans, a prévenu Sadye Paez, directrice de programme du projet. Mais offrir aux scientifiques l’accès à ce type d’informations pourrait aider à sauver des espèces rares, car cela donnerait aux conservateurs et aux biologistes un nouvel ensemble d’outils, a-t-elle indiqué.

Mme Paez décrit le projet comme un effort pour «transmettre une bibliothèque de vie».

Mieux planifier l’avenir

Tanya Lama, doctorante en conservation de l’environnement à l’Université du Massachusetts à Amherst, a coordonné les efforts visant à séquencer le génome du lynx du Canada. Le chat sauvage fait l’objet d’un débat sur son état de conservation aux États-Unis, et une meilleure compréhension de la génétique pourra mieux assurer son avenir, a expliqué Mme Lama.

«Cela va nous aider à planifier pour l’avenir, nous aider à générer des outils pour surveiller la santé de la population et nous aider à orienter la stratégie de conservation», a-t-elle dit.

Le projet comporte trois «centres de séquençage du génome», soit l’université Rockefeller à New York, l’Institut Sanger près de Cambridge en Angleterre et l’Institut Max Planck de biologie et génétique cellulaires à Dresde, en Allemagne.

Mollie Matteson, chercheuse principale au Centre pour la diversité biologique, qui ne participe pas à l’initiative, croit que le projet est fascinant, car il pourrait éclairer les efforts de conservation futurs des espèces menacées. Accroître la quantité d’informations sur la génétique des animaux pourrait conduire à une meilleure compréhension de la résistance des animaux aux maladies ou aux changements de l’environnement, a-t-elle expliqué.

«Je pense que ce qui m’intéresse du point de vue de la conservation, c’est ce que nous pourrions discerner de la diversité génétique au sein d’une espèce», a-t-elle dit.

Le projet présente des similitudes avec le projet Earth BioGenome, qui vise à cataloguer le génome de 1,5 million d’espèces. M. Lewin, de l’Université de Californie à Davis, préside le groupe de travail de ce projet.