COVID-19: une immunité qui durerait «des années»?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
BLOGUE / Mine de rien, ça fait une couple d'études très encourageantes au sujet de la durée de l'immunité contre la COVID-19 que je vois passer en peu de temps. C'en est presque à croire que 2020 serait déjà finie...

La dernière en date est celle qui porte le plus vers l'optimisme, mais elle est aussi la moins «solide» — pour l'instant du moins. Elle a été placée cette semaine sur le serveur de prépublication BioRxiv, ce qui signifie qu'elle n'est pas encore passé à travers les étapes de révision qui mènent à une publication en bonne et due forme dans la littérature scientifique. Tant que ça n'a pas été fait, on doit considérer ses résultats avec beaucoup de prudence.

Mais ses auteurs sont des gens très sérieux et l'étude est possiblement la plus complète à ce jour sur l'évolution de l'immunité à la COVID-19, ayant non seulement mesuré les quantités d'anticorps (ces protéines qui se fixent sur le virus et le désactivent) dans le sang, mais aussi la réponse des cellules immunitaires chargées de garder le «souvenir» d'une infection — et qui permettent au corps de monter une défense efficace beaucoup plus rapidement lors d'une infection subséquente.

Au total, les chercheurs ont analysé le sang de 185 personnes ayant attrapé le coronavirus, dont près de 10 % ont dû être hospitalisées. La majorité des échantillons sanguins ont été prélevés entre 6 jours et 6 mois après l'apparition des symptômes, mais le délai fut de 6 à 8 mois dans une quarantaine de cas.

Résultat : même après 6-8 mois, autour de 90 % avaient encore des anticorps dans le sang, et les concentrations moyennes ne montraient qu'un «modeste déclin» — ce qui signifie que la grande majorité est encore immunisée à la COVID-19 après 6-8 mois. Mais mieux encore, la réponse des cellules immunitaires ne montre presque pas de déclin au bout de 6 mois, ce qui suggère que la «mémoire» de l'infection pourrait être conservée pendant «des années», a indiqué sur Twitter l'auteur principal de l'étude, Shane Crotty, de l'Institut d'immunologie La Jolla.

Cette mémoire n'empêchera pas de réattraper un virus, notons-le, puisque les concentrations d'anticorps finissent immanquablement par diminuer — au point où le même virus peut éventuellement réinfecter l'organisme. Et même que dans le cas de certaines maladies particulièrement foudroyantes, qui peuvent tuer en quelques jours à peine, cette «mémoire» ne sert pas à grand-chose parce que le système immunitaire n'a pas le temps d'aller puiser dans ses «souvenirs» afin de recommencer à fabriquer des anticorps efficaces. Mais la COVID-19 n'est heureusement pas ce genre de maladie, note l'étude : dans les cas mortels, il se passe en moyenne près de trois semaines entre l'apparition des premiers symptômes et le décès, ce qui devrait en principe laisser le temps à la mémoire immunitaire de faire son travail.

Cela suggère donc que les gens qui ont eu la COVID-19 pourraient être en bonne partie protégés contre les formes sévères de la maladie pendant des années — en d'autres termes, cela n'empêcherait pas les réinfections, mais cela préviendrait les hospitalisations et les décès pendant longtemps. Ce qui, si cela se confirme, serait une excellente nouvelle, a commenté en substance Lawrence Young, chercheur à l'Université de Warwick, sur le site du Science Media Centre britannique.

«Nous avons colligé des données sur la mémoire immunitaire, et c'est dans cette direction que pointent les données. Mais il n'y a pas de promesse là-dedans : seul le temps le dira», a cependant nuancé M. Crotty.

Il reste quand même que ces résultats vont dans le même sens que ceux d'une autre étude parue dans Science il y a un peu plus de deux semaines. Elle n'avait porté, celle-là, que sur les anticorps, mais elle avait trouvé des concentrations sanguines «relativement stables» au bout de cinq mois, ce qui laissait entrevoir une immunité qui durerait plus longtemps que les «quelques semaines» que certains redoutaient.

Cela dit, il faudra attendre encore d'autres résultats avant de se réjouir complètement, puisque d'autres études ont suggéré que les concentrations d'anticorps contre la COVID-19 commençaient à diminuer très rapidement — comme cette étude chinoise parue dans Nature l'été dernier qui a observé un déclin après seulement deux mois. Mais il s'agissait, disons-le, d'une petite étude portant essentiellement sur 37 cas asymptomatiques et qui était donc d'une portée moins générale que les deux autres dont je parle ici.

Alors pour l'instant, il y a certainement des raisons de nourrir un certain optimisme.

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