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Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

COVID-19: ça court dans la famille (mais pas tant que ça)

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SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai eu la COVID-19 en janvier dernier avec peu de symptômes qui n’ont pas augmenté durant mon isolement (maux de gorge, écoulements nasaux et petit mal de tête). Mais je me demande maintenant si mon test positif n’était pas erroné car mon conjoint a eu deux tests négatifs au cours de la même période. Est-il fréquent de vivre avec quelqu’un qui a la COVID sans l’attraper?», demande Danielle Pariseau.

Cela peut évidemment varier d’un ménage à l’autre selon les comportements mais, quand quelqu’un ramène la COVID-19 dans sa famille, c’est loin d’être une fatalité que tout le reste de la maisonnée tombe malade. J’ai pu le voir de mes propres yeux l’automne dernier, d’ailleurs, quand ma conjointe (qui avait fait des remplacements en hôpital dans des «zones chaudes») et moi avons contracté la COVID. En principe, nous aurions dû nous isoler chacun dans une pièce pour éviter d’infecter les autres mais, avec quatre enfants d’âge primaire à la maison, c’était tout simplement impensable. Nous avons donc pris certaines précautions (comme mettre un masque pour les «bisous-bonne-nuit») mais autrement, nous avons fait notre quarantaine tous ensemble pendant trois semaines. Malgré cela, aucun de nos enfants n’a eu le virus — et ils ont pourtant tous été testés deux ou trois fois chacun pendant cette période.

La cas de ma famille n’a d’ailleurs rien de bien particulier. Plusieurs études ont observé ce qui se passe quand un membre d’une famille ramène la COVID-19 à la maison : à quelle proportion des autres membres du ménage la contagion s’étend, dans quelles circonstances (nombre de personnes par pièce, par exemple) et quelles sont leurs caractéristiques (âge, statut de parent ou d’enfant, etc.). La règle générale est que ce n’est qu’une minorité qui attrape la COVID-19 — même si la famille est l’endroit le plus «risqué» à cet égard, j’y reviens tout de suite.

«Taux d'infections secondaires»

Par exemple, une étude faite à Winnipeg et publiée dans le Journal canadien de santé publique a suivi 102 personnes ayant eu un test positif et les 279 autres personnes qui vivaient avec eux. Au bout de 14 jours, 41 de ces dernières avaient été infectées, ce qui ne représente que 15 % du total. C’est tout à fait cohérent avec une revue de la littérature scientifique à ce sujet publiée en décembre dernier dans le Journal of the American Medical Association – Network Open, qui a trouvé un «taux d’infections secondaires» (le pourcentage des gens vivant avec un «COVID positif» qui vont attraper le virus) de 16 à 17 %. Il y avait quand même pas mal de variabilité parmi la cinquantaine d’études recensées dans l’article — entre 1 et 45 % d’infections secondaires, possiblement parce que les contacts entre membres d’une même famille varient d’une culture à l’autre —, mais la moyenne était de 16-17 %.

Fait intéressant, cet article a aussi examiné le risque de contagion selon le type de «contact», et a conclu que le taux d’infection secondaire était plus élevé pour les adultes (28 %) que pour les enfants (17 %), et particulièrement élevé pour les époux (38 %). Quand je vous disais que mon cas n’avait rien d’original...
Pour en revenir à la question de Mme Pariseau, tout cela signifie qu’il n’est guère étonnant que son conjoint n’ait pas attrapé le coronavirus, et cela ne veut certainement pas dire que son diagnostic était faux. C’est juste que le risque de contagion au sein d’un même ménage n’est pas aussi élevé qu’on le croit.

Mais cela ne veut pas dire qu’il est «faible», notons-le. En fait, c’est dans les ménages/familles qu’il est le plus élevé, bien évidemment parce que c’est là où les contacts sont les plus fréquents et les plus soutenus. Par comparaison, une méta-analyse (une étude qui rassemble les données de plusieurs autres études) publiée fin 2020 dans le Journal of Infection in Developing Countries a trouvé des taux d’attaques secondaires de 6 % pour les activités sociales et de l’ordre de 1 % pour ceux qui travaillent/étudient ensemble, dans les transports en commun et dans les milieux de soin. Notons cependant que la contagion peut varier énormément pour les «activités sociales», selon les circonstances et le type d’activité. Certaines «activités sociales» n’ont qu’un taux d’attaques secondaire de 1 à 2%, mais on connaît le cas d’un party de chalet en France où 11 des 15 occupants (un taux de 73 %!) ont attrapé la COVID.

Comparé à d’autres virus respiratoires, il semble que la COVID-19 se propage mieux dans les ménages que ses «cousins», le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévères, apparu en 2003) et le MERS (Middle-Eastern Respiratory Syndrom), qui avaient des taux d’infections secondaires de 5 à 7 %. Il est possible que le nouveau coronavirus se répande mieux dans les ménages/familles que l’influenza, puisque j’ai trouvé plusieurs travaux qui plaçaient le taux d’attaques secondaires à 8-10% pour la grippe, mais d’autres concluent que c’est plutôt autour de 16%, donc à peu près autant que la COVID-19. Dans le cas de la grippe, cependant, les enfants sont plus à risque de l’attraper que les adultes, alors que c’est l’inverse pour la COVID.

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