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COVID-19 : l'exercice physique réduit-il vraiment le risque?

Jamie Hartmann-Boyce
Université d'Oxford
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LA SCIENCE DANS SES MOTS / Une nouvelle étude américaine montre que les personnes moins actives physiquement sont plus susceptibles d'être hospitalisées et de mourir de la COVID-19. D'après ces nouvelles statistiques, le fait d'être inactif vous expose à un risque plus élevé de contracter la COVID-19 que tout autre facteur, à l'exception de l'âge et du fait d'avoir subi une transplantation d'organe. Si c'est exact, c'est un gros problème.

Dans le cadre de cette étude, les prestataires de soins de santé ont interrogé les personnes sur le volume d'exercice qu'elles avaient pratiqué au cours des deux années précédant la pandémie. À partir de ces informations, les personnes ont été classées en trois groupes. Le premier groupe, décrit comme «constamment inactif», ne faisait pas plus de 10 minutes d'exercice par semaine. Le deuxième groupe pratiquait une «certaine activité», soit entre 11 et 149 minutes d'exercice par semaine. Le troisième groupe répondait de manière constante aux directives en matière d'activité physique, faisant de l'exercice pendant 150 minutes par semaine ou plus.

L'exercice est défini comme une activité modérée à intense, par exemple une «marche rapide».

Les personnes constamment inactives avaient deux fois plus de risques d'être hospitalisées et de mourir de la COVID-19 que celles qui faisaient de l'exercice pendant au moins 150 minutes par semaine. Elles présentaient également un risque d'hospitalisation et de décès plus élevé que les personnes pratiquant une certaine activité physique.

Il y a de nombreuses raisons d'avoir confiance en cette étude. Elle utilise les données de près de 50 000 personnes qui ont eu la COVID-19 entre janvier et octobre 2020. Les informations sur l'intensité de l'exercice physique ont été recueillies avant l'apparition de la COVID-19, ce qui signifie que les réponses n'ont pas été affectées par les conséquences de la maladie. Les chercheurs ont également essayé de prendre en compte des éléments susceptibles de fausser le tableau - par exemple, l'âge de la personne et les autres problèmes de santé dont elle souffrait.

Le «facteur de confusion»

Cependant, il y a aussi de nombreuses raisons de se méfier. Tout d'abord, les personnes ont indiqué elles-mêmes le volume d'exercice qu'elles pratiquaient, sans que cela soit évalué de manière objective.

Le plus gros problème, cependant, est le risque de confusion, c'est-à-dire qu'un élément non mesuré fausse le tableau. Cela se produit lorsque l'exposition (dans ce cas, l'exercice) et le résultat (dans ce cas, l'hospitalisation et le décès des suites de la COVID-19) sont également influencés par une autre variable non mesurée, le «facteur de confusion», ou «facteur confondant».

Prenons un exemple classique : le meurtre et la crème glacée. Si vous observez la situation sur quelques années, vous constaterez que les meurtres augmentent et diminuent en fonction des ventes de crème glacée. Personne, cependant, ne pense que la crème glacée cause le meurtre, ou que, après avoir commis un meurtre, on est plus susceptible de manger de la crème glacée.

Le problème ici est la confusion, et c'est la température qui créé cette confusion. Il n'est pas surprenant que les ventes de crème glacée soient plus élevées lorsqu'il fait chaud. Il est intéressant de noter que les meurtres augmentent également lorsque les températures sont élevées.

Lorsque nous réfléchissons à la relation entre les conséquences de contracter la COVID-19 et l'activité physique, les facteurs de confusion possibles sont presque infinis. Les problèmes de santé à long terme comme le diabète augmentent le risque de COVID-19 et peuvent rendre l'exercice physique plus difficile. Le manque d'exercice peut également provoquer ou aggraver certaines affections de longue durée. Bien que les auteurs aient essayé de tenir compte de ces facteurs, il aurait été difficile de les contrôler complètement.

En outre, indépendamment de l'âge, la vulnérabilité est un facteur de risque de développer des complications graves à la COVID-19. Et la vulnérabilité a bien sûr aussi un impact sur l'activité physique. Les facteurs socio-économiques ont également un rôle à jouer. Il est désormais bien connu que les personnes issues de groupes moins favorisés courent un plus grand risque de contracter la COVID-19. Le désavantage est également lié au manque d'opportunités de s'engager dans des activités physiques de loisirs - pour la plupart le type d'exercice mesuré dans cette étude.

En bref, de nombreux facteurs comportementaux et environnementaux sont liés entre eux, notamment l'alimentation, le poids, la consommation d'alcool et de drogues et l'activité physique. Il peut être extrêmement difficile de démêler l'impact des uns et des autres.

Mieux vaut faire de l'exercice

Malgré ces limites, il reste une bonne nouvelle : c'est généralement une bonne idée de faire plus d'exercice, que l'inactivité soit ou non un facteur de risque majeur pour la COVID-19. Être plus actif améliore la santé et le bien-être et réduit le risque de développer des maladies. Chez les personnes souffrant déjà d'une affection de longue durée, cela peut également améliorer la gestion de la maladie et les résultats.

L'Organisation mondiale de la santé nous dit qu'un peu d'activité physique vaut mieux que pas du tout et que plus d'activité physique est encore mieux. Elle souligne également la nécessité de réduire le temps sédentaire, c'est-à-dire le temps passé assis ou allongé.

Ainsi, que l'inactivité double ou non le risque de mourir de la COVID-19, le respect des directives en matière d'activité physique est une suggestion judicieuse. Et ce qui est peut-être le plus intéressant dans cette étude, c'est que contrairement à d'autres facteurs de risque de la COVID-19, l'activité physique est modifiable. Nous ne pouvons pas changer notre âge. Pour la plupart, nos problèmes de santé à long terme sont là pour rester. Mais avec un soutien adéquat, la plupart d'entre nous peuvent être plus actifs.

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

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