Chris Hadfield à Québec : leçons ramenées de l'espace

L'ex-astronaute Chris Hadfield était de passage à Québec, mercredi, pour célébrer les 25 ans de l'Institut national de l'optique et partager son expérience de l'espace. Et apparemment, vues de là haut, dit-il, beaucoup de choses que nous tenons pour acquises semblent soudainement bien fragiles.
<p>«Parler de l'espace avec les enfants, c'est ce qu'il y a de plus important. Parce que les adultes, eux, sont persuadés qu'ils ne voyageront jamais dans l'espace. Mais pour les jeunes, c'est encore un choix, donc leurs questions sont plus honnêtes, plus directes», a dit le 22 janvier Chris Hadfield. L'astronaute a d'ailleurs joint la parole aux actes et a rencontré des élèves de l'école Les Bocages qui ont un intérêt pour des carrières scientifiques.</p>
M. Hadfield a participé à trois missions dans l'espace, dont la dernière s'est terminée en mai. Il avait alors passé près de six mois sur la Station spatiale internationale, dont il a d'ailleurs été commandant pendant la seconde moitié de son séjour à bord. Dans l'allocution qu'il a prononcée mercredi, au Château Frontenac, il a décrit plusieurs aspects du métier d'astronaute (voir les citations ci-dessous), mais il est aussi souvent revenu sur la différence que cela peut faire de regarder notre planète à 300 kilomètres d'altitude.
«Nous étions quelque part au-dessus de Boston, je voyais la Nouvelle-Écosse d'un côté, les États-Unis de l'autre. Je me suis tourné, et j'ai vu les Grands Lacs, dont j'ai pris une photo. Et c'était intéressant parce que c'est une perspective différente. On voyait sur cette photo 20 % de toute l'eau potable de toute la planète. Sur Terre, c'est comme le fleuve Saint-Laurent ici, ça nous semble énorme. Mais avec la perspective de l'espace, on voit mieux la fragilité de cette ressource», a relaté M. Hadfield.
De la même façon, a-t-il dit, «l'atmosphère est incroyablement mince [vu de l'espace]. Nous ne pouvons vivre que dans les cinq premiers kilomètres de cette atmosphère. [...] C'est tout l'air dont nous disposons. Alors nous vivons en sandwich entre le milieu toxique qu'est le vide spatial et la chaleur insupportable du centre de la Terre. Et nous pensons que c'est un milieu de vie permanent!»
Hormis ces considérations de nature environnementale, a-t-il ajouté par la suite lors d'un point de presse, son dernier voyage dans l'espace a également changé sa façon de voir l'humanité.
«Ce sont des changements qui sont difficiles à mesurer», a-t-il répondu à la question d'une journaliste. «C'est comme dans un miroir. J'ai voyagé dans l'espace trois fois, mais les deux premières, c'était juste pour quelques semaines. La troisième fois fut différente parce que j'ai été dans l'espace pendant près de six mois. J'avais un sens du "nous" et du "eux" quand j'ai commencé la mission, mais après quelque mois en orbite, ça a changé. Un jour, j'ai pris une photo de Karachi [ville du Pakistan] et, sans y penser, j'y ai référé en disant "nous". C'est un changement philosophique, une sensation de former un tout, et j'ai essayé de montrer ça dans les photos que j'ai prises et mises sur Twitter.»
<p> «Parler de l'espace avec les enfants, c'est ce qu'il y a de plus important. Parce que les adultes, eux, sont persuadés qu'ils ne voyageront jamais dans l'espace. Mais pour les jeunes, c'est encore un choix, donc leurs questions sont plus honnêtes, plus directes», a dit mercredi Chris Hadfield. L'astronaute a d'ailleurs joint la parole aux actes et a rencontré les élèves de la région qui ont un intérêt pour des carrières scientifiques.</p>
CITATIONS
Sur son premier vol spatial
«C'était assez difficile, il fallait ramper pour se rendre jusqu'à l'habitacle de la navette. Il y avait un autre astronaute qui restait là et qui m'a donné un petit mot de ma femme, ça disait quelque chose comme "Je t'aime, essaye de ne pas mourir". Et l'astronaute m'a dit que ma femme lui avait aussi donné un bec pour moi. Alors, je me suis : Eh ben, le dernier souvenir que je vais avoir avant de quitter la Terre sera un baiser sur le front d'un gars avec une moustache...»
Sur l'épreuve que sont les longs séjours en apesanteur
«Il y a des effets physiques à ça, il faut faire des exercices environ deux heures chaque jour sur un tapis roulant et sur une sorte de bicyclette - mais c'est une bicyclette sans selle, parce qu'on ne s'assoit pas dessus. On a aussi l'équivalent d'altères. Mais ce n'est pas la même chose que d'être sur Terre. C'est très dur pour le corps. [... Lors de ma dernière mission] même avec tout cet équipement, j'ai perdu environ 8 % de ma masse osseuse. Et on a eu deux astronautes qui, dans les six mois après la mission, sont tombés et se sont fracturé la hanche.»
Sur le retour sur Terre...
«Quand on tombe dans l'atmosphère, la température à l'extérieur de la capsule [M. Hadfield parle ici d'une capsule russe Soyouz, pas de la navette] atteint environ 3000 °C, et l'accélération exercée sur les astronautes est d'environ quatre à cinq fois la gravité terrestre. Ça nous écrase sur les sièges, et après avoir passé cinq mois en apesanteur, c'est franchement injuste de revenir sur Terre comme ça! [...] Ensuite, juste avant de toucher terre, des rétrofusées s'allument sous la capsule. Les Russes appellent ça des «fusées d'atterrissage en douceur», un peu comme s'ils essayaient de nous en vendre. Et vous percutez le sol avec une vitesse verticale d'environ 32 km/h...»