Encore bon pied bon oeil à 88 ans, le scientifique Louis-Edmond Hamelin - dont le bateau acquis par le Centre d'études nordiques porte le nom - a rappelé le dur chemin ayant mené à la fondation du Centre.

Centre d'études nordiques: un petit navire de recherche pas banal

C'est un petit bateau en apparence banal qui abrite pourtant «la plateforme de recherche la mieux équipée au Canada». Avec le Louis-Edmond Hamelin, le Centre d'études nordiques (CEN) ouvrira de nouveaux horizons, géographiques et scientifiques.
Lancé officiellement mardi à Lévis, le bateau de 26 pieds est équipé à la fine pointe pour cartographier les fonds marins côtiers. À la différence des bateaux nordiques plus imposants comme l'Amundsen, con­çus pour la haute mer, le Louis-Edmond Hamelin pourra naviguer avec moins de deux mètres d'eau sous la coque, expliquait fièrement Patrick Lajeunesse, professeur au CEN et artisan de ce projet. En outre, il a l'avantage de pouvoir être déplacé par voie terrestre, et donc d'accéder aux mers intérieures que sont les lacs et les réservoirs.
Or, à l'image des terres du Nord il y a un demi-siècle à peine, les eaux côtières de ces régions sont encore très peu connues. Ce nouveau champ d'exploration permettra entre autres de mieux comprendre la dynamique de l'érosion des côtes et de mieux prévoir certains cataclysmes comme les séismes.
L'invité d'honneur de cet événement était le réputé géographe de la nordicité Louis-Edmond Hamelin, fier de voir le nouvel outil de recherche porter son nom. Encore bon pied bon oeil à 88 ans, le scientifique a rappelé avec malice le dur chemin ayant mené à la fondation du centre il y a tout juste 50 ans, le 2 août 1961, avec l'adoption d'un décret par le conseil des ministres dirigé par Jean Lesage.
Quelques années plus tôt, le jeune chercheur avait eu l'occasion d'entendre Maurice Duplessis déclarer son manque d'intérêt pour les «choses futiles»... C'est le ministre René Lévesque qui avait rédigé avec M. Hamelin l'arrêté ouvrant la porte à la recherche scientifique «d'expression française» en ces terres encore si peu explorées.
Une idée du Nord
Celui qui a mis dans le dictionnai­re le terme «nordique» tel qu'on l'utilise aujourd'hui dit avoir été toujours guidé par «une certaine idée du Nord». Souvent déçu par l'attitude de certains chercheurs qui limitaient leur curiosité à leur propre objet de recherche, il l'a abordé dans sa globalité, territoire et humains compris. Et la perspective de voir s'ouvrir maintenant ces vastes côtes grâce à la nouvelle acquisition du CEN a allumé une petite brillance au fond de son oeil...
En lui-même, le bateau financé notamment par la Fondation canadienne pour l'innovation et par le ministère québécois de l'Éducation, du Loisir et du Sport vaut environ 125 000 $. Avec son équipement, son coût approche le million de dollars.
Regroupant plus de 200 chercheurs de nombreuses institutions, le CEN est basé à l'Université Laval et comptait déjà neuf stations de recherche dans le nord québécois et le Grand Nord canadien. Selon son directeur Warwick Vincent (un Néo-Zélandais spécialiste de... l'Antarctique!), ce nouvel équipement devrait aussi attirer des chercheurs de toute la zone circumpolaire.
Une petite mission est prévue pour dans un mois, et un premier grand voyage devrait avoir lieu l'été prochain dans la baie d'Hudson.
Pour en savoir plus sur le CEN, voir www.cen.ulaval.ca.