Caca : à la manière des chats et des chiens

LA SCIENCE DANS SES MOTS / S’il y a un sujet qui provoque des disputes entre voisins, c’est bien le moufa de chien. Heureusement, aujourd’hui, la plupart des propriétaires de cabots se promènent avec un petit sac à la main pour ramasser leurs marques territoriales.

Un jour, j’ai aperçu de mon balcon un adolescent branché promenant son chien en laisse. En vérité, à la démarche de l’ado, on voyait clairement que c’était le chien qui décidait de l’itinéraire. Disons donc, pour pré- ciser, que j’ai vu un chien qui tenait un adolescent en laisse. Arrivé devant ma maison, voilà le chien qui décide, comme tous les cabots qui passent par là, de forniquer avec la borne d’incendie installée juste devant chez moi pendant que l’ado pitonne sur son téléphone. Lorsqu’il m’a vu, l’ado m’a rassuré : «Inquiétez-vous pas, monsieur, mon chien fait juste prendre ses courriels!» Comme la séance de reniflage s’étirait, j’ai pensé qu’il profitait aussi de l’occasion pour visiter sa page Facebook. Après son départ, je me suis rendu à son poste de travail pour y découvrir un dégât. J’ai alors interpellé l’ado: «Excuse-moi, mon gars, mais ton chien a finalement laissé un message avec une grosse pièce jointe et il faudrait le déposer dans la corbeille.»

Les chiens et les chats sont d’excellents modèles pour nous faire comprendre la diversité des comportements animaliers en matière de... matière fécale ! On a souvent tendance à considérer le chat comme un animal propre en raison de cette habitude innée qu’il a de recouvrir ses excréments dans la litière pour les mettre à l’abri de notre regard. Dans les faits, le chat ne nous cache pas son moufa. Ce gentil félin, qui a déjà été sauvage et qui a conservé ses instincts d’antan, recouvre ses excréments pour ne pas attirer ses propres prédateurs.

Quand j’étais étudiant à Rimouski, je partageais un appartement avec deux camarades de classe, dont un propriétaire de chat. Un jour, François, qui avait une envie pressante d’aller à la salle de bain, se retrouva devant une porte close. C’est que Pierre, le troisième locataire, faisait une cérémonieuse offrande au dieu Moufa. Incapable d’attendre à cause d’une vessie au seuil de l’éclatement, François se soulagea directement dans la litière de son chat, un spectacle que le matou semblait regarder avec beaucoup d’interrogation. Peut-être se demandait-il pourquoi cette espèce animale, qui se nourrit principalement de café fort et de bière froide, violait son territoire et, surtout, pourquoi ce grand singe blanc ne recouvrait pas ce qu’il venait de laisser sur place.

Au contraire du chat, le chien – qui descend du loup – expose ses crottes pour marquer son territoire. Il les place à des endroits stratégiques pour dire à ses potentiels compétiteurs que ces lieux lui appartiennent. Pour s’assurer qu’on capte son message, il gratte autour de sa crotte. Beaucoup interprètent à tort ce geste comme une façon malhabile de vouloir enterrer son tas comme le font les chats. Ces coups de patte frénétiques ont pour fonction de disséminer les phéromones sécrétées par des glandes sises dans les coussinets. Ce faisant, il laisse des courriels qui deviennent facilement lisibles pour les autres canidés qui oseront s’aventurer dans les parages. Cette stratégie était inutile à mon ami Pierre, qui parvenait sans phéromones à dissuader les plus intrépides d’aller aux toilettes après son passage! De nous trois, c’était assurément le plus fort pour marquer son territoire. Ces agissements, hérités du loup, ne peuvent être déprogrammés en criant lapin. En somme, les chiens et les chats ont un rapport différent avec les excréments parce que leur histoire évolutive n’est pas semblable.

Ce texte est un extrait du livre de Boucar Diouf «Apprendre sur le tas. La biologie des bouses et autres résidus de digestion», paru aux éditions La Presse. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.